Actualités :: Burkina : Un contexte favorable à Blaise Compaoré

Le Burkina Faso a l’image d’un pays stable, épargné par les difficultés politiques régionales. Les affaires qui ont assombri son aura appartiennent désormais au passé. Depuis deux ans, il profite de son statut de victime dans la crise qui frappe la Côte d’Ivoire. Cette année, le dossier coton aura été un véritable marchepied diplomatique pour son président.

La crise ivoirienne a tout balayé sur son passage. Oubliées sont les accusations de l’Onu contre le Burkina Faso soupçonné d’être une plaque tournante du trafic d’armes et de diamants sur le continent africain. Enterrées les affaires Norbert Zongo et David Ouedraogo qui avaient considérablement ternie l’image de la République et celle de son président. Sans parler de la mort de Thomas Sankara, dont les fidèles héritiers célèbrent toujours l’assassinat chaque 15 octobre. La colère de la rue de la fin des années 90 s’est muée aujourd’hui en un très large soutien -du moins en apparence- au chef de l’Etat et à l’action de son gouvernement. Le jour du retour de Blaise Compaoré de Marcoussis, une foule compacte s’était rassemblée dans la capitale pour célébrer celui qui a dit "non" aux exactions commises contre son peuple.

La gestion de la crise ivoirienne par le parti au pouvoir a été efficace. Dès le mois de novembre, le gouvernement s’est porté au secours de ses ressortissants expatriés en Côte d’Ivoire. L’opération "Bayiri" ou "retour au pays" a permis à des dizaines de milliers de Burkinabè de fuir ce pays et principalement la zone d’Abidjan. Très populaire et très médiatisée, elle a prouvé au peuple que l’Etat ne laissait pas tomber ses ressortissants.

Une façon aussi d’étouffer les dissensions internes. Dans un sens, cette crise ivoirienne tombe à pic. L’ennemi est désormais hors du pays, ce qui a le double avantage de rassembler l’opinion publique et le pouvoir autour d’un objectif commun et de bâillonner l’opposition. Celle-ci n’a d’autre choix que de se taire si elle ne veut pas être taxée d’antipatriotisme.

Le principal leader de l’opposition, Hermann Yaméogo, président de l’Alliance pour la démocratie et la fédération-Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA), deuxième force politique du Burkina Faso, a choisi la pire des solutions. En voulant à tout prix prendre le contre-pied de l’action gouvernementale, il rend visite, au plus fort de la crise, à Laurent Gbagbo et à Gnassingbé Eyadema, les deux principaux ennemis de M. Compaoré. Personne ne lui pardonnera, pas même dans ses rangs. Manœuvrés, il est vrai, par le pouvoir, les membres de l’ADF-RDA le poussent vers la sortie le 12 juillet dernier. Dans la foulée, il créé un nouveau parti, l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD).

Une opposition divisée

Les Burkinabè ont l’habitude de le dire : "Nous avons l’opposition la plus mauvaise de la région". Un problème majeur de leadership se pose. Le vagabondage politique a eu raison de la crédibilité de la plupart des chefs de file des grands partis. Les résultats des élections législatives de mai 2002 doivent être interprétés avec prudence. Si le CDP a perdu près de la moitié de ses sièges à l’Assemblée nationale, passant de 101 à 57, il le doit au changement du mode de scrutin et pas vraiment à une victoire de l’opposition. Le gouvernement se félicite même de cette situation.

Trente partis politiques ont présenté des membres pour cette troisième législature de la IVe République. La campagne s’est effectuée sur fond de lutte fratricide au sein des partis. Finalement, 5 groupes parlementaires se sont constitués à l’issue du scrutin. Le CDP vient en tête avec 57 sièges. Le président de l’Assemblée nationale, l’ancien Premier ministre Roch Marc Christian Kaboré, est issu de ses rangs. Elu à son poste par 87 voix sur 111, il fait l’unanimité autour de sa personne aussi bien du côté de la majorité que de l’opposition. Il est récemment devenu président du CDP, poste convoité par Salif Diallo, l’actuel ministre de l’Agriculture et conseiller spécial de la Présidence.

Les 15 députés du groupe Justice et démocratie représentent l’opposition la plus radicale. Ce groupe n’est pas très soudé, ses membres venant d’horizons assez différents qui sont parfois politiquement contradictoires. On y retrouve trois partis sankaristes qui ont la fâcheuse habitude de n’être jamais d’accord entre eux. Stanislas Bénéwendé Sankara est le président de ce groupe. Personnalité montante, cet avocat revendique toute la lumière sur les grands dossiers.

Le troisième groupe est celui de l’ADF/RDA, dont le parti est désormais dirigé par Gilbert Ouédraogo. Il compte 11 députés dans ses rangs. A égalité en nombre de députés, le Parti pour la démocratie et le progrès/Parti socialiste (PDP/PS) est toujours dirigé par le Professeur Joseph Ki-Zerbo. Grande figure intellectuelle du pays (voir MTM du 5 décembre, p. 2502), il revendique le statut de chef de file de l’opposition. Il ne s’est jamais fourvoyé avec le pouvoir, refusant systématiquement que son parti entre au gouvernement. Il a récemment déclaré que sa participation aux élections présidentielles n’était pas exclue, malgré ses 82 ans.

Le dernier groupe parlementaire, la Convention des forces républicaines (CFR), est fort de 10 députés. Il rassemble des partis de la mouvance présidentielle. Enfin, 8 députés, dont Hermann Yaméogo, sont membres de l’UNDD. Ils ne sont apparentés à aucun groupe parlementaire, la loi stipulant qu’un nombre minimum de 10 députés doit être nécessaire pour la constitution d’un groupe.

En accédant aux bancs du Parlement, l’opposition radicale qui s’exprimait dans des manifestations violemment réprimées par l’armée, s’est essoufflée. Le Collectif contre l’impunité, créé au lendemain de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et regroupant des syndicats, des partis politiques et des associations, marque le pas. Son leader, Halidou Ouédraogo, par ailleurs président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme (MBDHP) et de l’Union interafricaine des droits de l’homme (UIDH), en convient. "Le Collectif est passé partout et reste présent partout. Ce qui a changé c’est effectivement la grande mobilisation de la foule à Ouagadougou, à Ouahigouya, à Fada, un peu partout, il faut le reconnaître. Nous avons redimensionné nos activités à la hauteur de nos possibilités", déclarait-il récemment dans la presse. D’autres parts, certains partis politiques constituant le Collectif se sont présentés aux législatives sans sa bénédiction, ce qui l’a quelque peu ébranlé.

La carte diplomatique du coton

Sur le plan international, le président du Faso a profité d’un autre dossier pour redorer son blason et celui de son pays : le coton. Prenant la tête de l’initiative coton mise en place par le Bénin, le Mali, le Tchad et le Burkina Faso, il s’est rendu en juin dernier à Genève pour plaider la cause du coton africain devant le Comité des négociations commerciales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Un exercice qu’il réitère quelques jours après Cancùn, devant l’Assemblée générale des Nations Unies puis à Tokyo lors de la 3ème TICAD. Clamant haut et fort une cause que tout le monde considère comme juste, il réussit le tour de force de contenter à la fois son opinion publique, l’opinion publique africaine et internationale.

Ce "coup" politico-médiatique lui vaut d’être applaudi de tous, sauf des Américains, ce qui n’est pas pour déplaire à ce grand ami du "guide" de la révolution libyenne. Comme le dit un diplomate étranger : "Sur le coton, Blaise Compaoré a donné l’impression d’être le porte-parole des quatre pays. Il s’est porté candidat car il avait besoin d’une meilleure crédibilité vis-à-vis des autres pays africains. Il ne faut pas oublier que le Burkina Faso est plombé depuis un an par la crise ivoirienne et égratigné depuis 3 ans par les affaires angolaises et libériennes. Il faut aussi voir cela comme le début de la campagne présidentielle de 2005. Cela lui donne du répondant par rapport aux grands électeurs. Dans ce pays rural, le coton est une locomotive. Il a intérêt à caresser les producteurs dans le sens du poil". Une stratégie qui semble avoir été la bonne : François Traoré, le président de l’Union nationale des producteurs de coton (UNPCB) se félicite de l’appui présidentiel à la cause. "Ce n’est pas une récupération de sa part, mais cela correspond à tout une logique. Un décideur politique doit soutenir sa société quand elle a des problèmes", estime-t-il.

L’horizon 2005 semble dégagé

De l’avis de tous, les élections présidentielles s’annoncent comme un large boulevard pour le président sortant. Il devrait se succéder à lui-même pour la troisième fois consécutive. La période sombre semble loin derrière. L’actualité lui permet de défendre l’honneur de la Nation, à museler l’opposition et donc à se mettre l’opinion publique dans la poche.

Enfin, cerise sur le gâteau, il s’offre un grand rassemblement international à quelques mois du suffrage. La tenue du X/me Sommet de la francophonie dans la capitale burkinabè est une aubaine pour un président en quête de reconnaissance régionale. Si le gouvernement ne fait pas d’impair au niveau de sa communication, son point faible, l’hôte du nouveau palais présidentiel de la zone Ouaga 2000 sera le même que celui du boulevard de la Révolution. D’ailleurs, la question de la succession du président âgé de 52 ans n’occupe pas les esprits.

Vincent Joguet
Marchés Tropicaux (www.moreux.fr), spécial Burkina Faso, du 12/12/2003

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