Actualités :: Lotissements, Rood Woko, prostitution,...Simon Compaoré distille ses (...)

Le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, n’est pas de
l’avis de "ceux qui critiquent négativement les opérations de lotissement à Ouagadougou". Ils "contribuent à nous peindre en noir alors que nous sommes blancs", dit-il. En clair, pour le bourgmestre, le dispositif de la transparence est en branle dans l’attribution des parcelles.

Dans cet entretien, il ausculte aussi la problématique question de la réhabilitation du grand marché incendié de Ouaga. Le "Sherif de la ville" ne manque pas non plus d’emprunter les ruelles du projet ZACA et de la lutte contre la prostitution.

Pays" : Avez-vous vraiment l’assurance que les opérations de
lotissement à Ouagadougou se déroulent de façon transparente
 ?

Simon Compaoré : Suite à l’audit réalisé par le cabinet
Comboïgo, le conseil municipal a demandé aux maires
d’arrondissement de mettre en oeuvre un certain nombre de
mesures. Conformément aux recommandations de l’audit, nous
avons créé de nouvelles commissions en remplacement des
anciennes. Pour cela, nous avons tenu compte des critères
d’honnêteté de leurs membres. Mais souvent, certains d’entre
eux mènent des pratiques malsaines, à l’insu des présidents de
commission.

La transparence réside d’abord dans le fait que nous ayions
accepté de prendre en compte les propositions du cabinet
d’audit. Nous avons ainsi intégré aux commissions, des
représentants de la société civile. Des journalistes y sont aussi,
afin de rendre compte régulièrement de la situation.
Evidemment, les présidents de commissions convoquent,
eux aussi, régulièrement des assemblées générales, gages de
transparence.

A cela s’ajoute le fait que les fonds consécutifs aux
lotissements ne sont pas gérés au hasard. Ils sont placés dans
des banques et les procédures de décaissement se font de
façon transparente. Celles des passations de marchés le sont
tout aussi. Aujourd’hui, aucun maire ne peut appeler une
entreprise et lui dire "fais ceci ou cela, voici l’argent". D’ailleurs, à
ce sujet, le ministère des Infrastructures a adressé aux
responsables municipaux, des circulaires sur les étapes à
suivre en matière de lotissement.

Cependant, même si les éléments de la transparence existent,
nous sommes conscients que des individus ou des groupes
d’individus s’adonnent à de mauvaises pratiques. Ainsi, à
Zongo, dans l’arrondissement de Boulmiougou, malgré les
efforts de la commission, il y a eu des fraudes. Nous avons
donc annulé les recensements et mené des opérations de
vérifications pour plus de transparence. Certains se sont
opposés à cela mais le maire a résisté. Sa position était claire :
où on refait les vérifications ou on annule les lotissements. C’est
cela, la volonté de bien faire.

Il y a pourtant des plaintes à chaque opération de lotissement.
Cela signifie qu’il y a de sérieux problèmes...

En matière de lotissement, il y aura toujours des plaintes, que
ce soit au Burkina ou dans d’autres pays du monde. Même
dans les Etats où les opérations sont informatisées, il y a des
problèmes résiduels. Au Burkina, la question foncière est
extrêmement délicate. Le développement de la ville a favorisé
celui d’une race de malfrats qui vivent des opérations de
lotissement. On les appelle communément des démarcheurs.
Ils vendent des numéros de parcelles, font des trafics
d’influence, de fausses cartes d’identité et d’autres papiers.

C’est eux qui compliquent le travail des communes. Il y a aussi
ceux qui contribuent à nous peindre en noir alors que nous
sommes blancs. Ils nous critiquent alors qu’ils ne sont pas, eux,
exempts de tout reproche.

Mais nous tentons de minimiser au maximum ce genre de
pratiques. Nous ferons en sorte que les grosses erreurs
prennent fin. Il faut que la justice soit faite à ceux qui postulent
honnêtement pour des parcelles dans la ville de Ouagadougou.

On accuse aussi certaines autorités municipales d’être
complices de ce genre de pratiques...

Si vous êtes au courant de cela, envoyez-moi les éléments
nécessaires afin que le dossier soit traité immédiatement. Nous
avons déjà fait déployer la force publique contre un maire dans
l’arrondissement de Bogodogo. Il a été arrêté et conduit en
prison. Cela a été possible grâce à la dénonciation.

En effet ,
quelqu’un m’a apporté des éléments précis que j’ai transmis à
la gendarmerie. Suite au rapport des gendarmes, j’ai convoqué
une assemblée générale. A l’issue de cette démarche, les
fautifs ont été arrêtés.

D’autres l’ont été dans certains
arrondissements de Ouaga. Plusieurs d’entre eux croupissent
en prison. Il y aura des sanctions en plus, car d’autres dossiers
sont actuellement en examen.
Des personnes sont venues me voir pour que je "coupe" la tête
de certains maires. Je leur ai dit de m’apporter d’abord les
preuves. On ne peut pas prendre mon bras, comme un marteau,
pour taper la tête d’autrui. Ecoutez, j’ai 52 ans ; je ne peux pas me
laisser instrumentaliser par quelqu’un. Je suis le maire ;
j’assume mes responsabilités. Mais je ne ferai pas de
règlements de compte parce que je suis le premier
responsable de la commune. La Justice est au service de tous
et nous allons y recourir en cas de besoin. Nous ne sommes
pas dans une jungle. Les dénonciations calomnieuses relèvent
de la lâcheté.

Un autre sujet qui a défrayé la chronique, c’est l’incendie au
marché central de Ouaga. Où en est-on avec l’enquête
demandée par le président du Faso ?

Je n’ai pas les résultats de l’enquête. Je suis trop petit pour
aller demander au président de me fournir les résultats des
investigations. On sait seulement que quelqu’un a provoqué cet
incendie en voulant mettre en marche un groupe électrogène.

A
ce sujet, la police a mené des investigations. Je fais confiance
à la justice pour le traitement de cette affaire.
Ce n’est pas le Conseil municipal qui a demandé au président
du Faso d’ordonner une enquête. C’est lui-même qui, au regard
de l’importance du marché, a décidé de donner ces
instructions. Nous avons évidemment applaudi cette initiative.

Avec les ministères du Commerce et des Infrastructures, nous
nous attelons à ce que les commerçants soient bien logés dans
leurs nouveaux sites.

Nous prévoyons une rencontre vers le 15 janvier au sujet du
marché "Rood-Woko". Je voudrais aussi démentir une rumeur
qui vise à déstabiliser certaines personnes. Si on vous dit qu’on
veut retirer le marché afin de l’attribuer à une catégorie de
commerçants ou d’opérateurs économiques, sachez que c’est
faux. Ce sont des plaisanteries de mauvais goût. J’ai lu dans un
journal qu’on veut couper l’herbe sous les pieds d’une personne
qui voudrait y construire un supermarché. Cela n’est pas vrai.
La presse devrait davantage oeuvrer à l’éducation des citoyens
parce qu’il y a des gens qui jouent avec la démocratie et la
liberté. Ce sont pourtant des valeurs chères à notre pays.

Y a-t-il une échéance pour la réhabilitation du marché ?

Je ne peux pas vous donner une échéance. Même les ministres
des Infrastructures et des Finances ne peuvent pas vous donner
une date quelconque. On ne peut pas oser le faire parce que
les infrastructures endommagées étaient en béton.
Heureusement, nous n’avons pas perdu de vie humaine
pendant l’incendie. Ailleurs, des stades se sont écroulés et ont
tué beaucoup de gens. Voulez-vous que cela arrive au Burkina ?

Les techniciens sont obligés de faire des études approfondies
avant la réhabilitation de Rood-Woko. Certes, cela prend du
temps mais il convient de se hâter lentement pour ne pas être
un criminel par la suite. Ensemble, évitons donc d’être des
criminels.

Pourquoi la commune de Ouaga est-elle si silencieuse à
propos du projet ZACA ?

L’Etat nous a saisi au début du projet. Nous avons alors
convoqué une session du Conseil municipal. La ministre des
Infrastructures et le ministre délégué à l’Habitat ainsi que leur
staff ont fait un exposé exhaustif sur la question. Nous avons
alors émis des inquiétudes et fait des propositions. A l’issue de
cela, on nous a permis d’être dans la commission chargé du
projet ZACA.

Quand les troubles ont éclaté, nous avons, à notre manière,
contribué à ramener le consensus. Nous nous sommes aussi
assuré qu’il y aura des infrastructures publiques sur le site,
notamment une école, des dispensaires, un centre de
formation, un forage, etc.

Actuellement, le site du projet ZACA est une zone d’insécurité .
Qu’attend la mairie pour pallier ce problème ?

L’insécurité est un problème général. Même dans les quartiers
déjà lotis, elle est une réalité. Nous nous employons donc, avec
l’aide des populations, à trouver des solutions. Il sera certes
difficile d’arriver à une situation d’insécurité zéro, mais il faut
oeuvrer à minimiser ce phénomène.

Pour cela, l’Etat central, la
commune et les citoyens en général doivent jouer leurs rôles. Si
vous pouvez donner des informations pour aider les services de
sécurité et que vous ne le faites pas, vous desservez la ville. Il
faut avoir une attitude citoyenne dans la lutte contre l’insécurité.
Nous avons besoin de la contribution de chaque citoyen pour
faire de notre ville, une cité paisible.

A quand la grande offensive contre la prostitution à Ouaga ?

Très honnêtement, je reconnais que j’ai commis une erreur en
allant très vite en besogne lors de mon premier mandat. Je
pensais qu’avec un coup de marteau, on pouvait résoudre ce
problème. Mais chemin faisant, j’ai su que c’était un phénomène
de société aussi vieux que le monde. Et qu’on ne pouvait pas
l’éradiquer d’un coup de bâton magique.

Cette fois, nous avons défini des dispositions stratégiques que
nous mettrons en oeuvre au cours de l’année 2004.
Mais qu’on soit clair : je n’ai jamais dit que Simon Compaoré et
le Conseil municipal ont pris l’engagement d’éradiquer, pendant
leur mandat, la prostitution dans la ville de Ouagadougou.

Même
l’Etat ne peut prendre un tel engagement parce que c’est un
phénomène de société qui date de la Rome antique. Mais ce
n’est pas parce qu’il s’agit d’un vieux phénomène de société que
nous devons croiser les bras. Ce serait le chaos.
Il y a des lois qui balisent le terrain de la lutte. Les prostituées
propagent le virus du Sida et cela est extrêmement dangereux
pour la santé publique.
Certains individus aussi construisent des bordels sur les
parcelles afin d’amasser de fortes sommes d’argent. Nous
refusons qu’on transforme ces lieux d’habitation en des endroits
de débauche. Le service de l’Action sociale de la mairie oeuvre
dans ce cadre, à la réinsertion socio-économique des
prostituées.

Dans la dynamique des actions de la commune , comment
imaginez-vous la ville de Ouaga en 2010 ?

Je souhaite d’abord être en vie en 2010. J’espère que Dieu
m’aidera à réaliser ce voeu. A l’horizon 2010, la population
ouagalaise connaîtra un boom. Certains prospectivistes
affirment qu’en 2025, les 3/4 de l’humanité vivront dans les
villes. Il y aura donc une croissance exponentielle dans les
années 2010 à Ouagadougou. Nous devons par conséquent
savoir anticiper afin de gérer ces flux et définir concrètement
notre vision du développement. Généralement, nous
consacrons notre temps à gérer les projets à court terme. Nous
devons donc corriger nos erreurs afin d’être utiles aux
générations futures.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK
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