Actualités :: Burkina : Le CGD tâte la nouvelle configuration politique, la rupture (...)

Chaque 15 septembre, la communauté internationale célèbre la démocratie. Au Burkina, la date est portée ces dernières années par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) qui a, en différé, commémoré ce mardi 29 décembre 2020, l’édition de 2020, en collaboration avec l’Ambassade du Danemark et l’organisation non-gouvernementale OXFAM.

Pour ce rendez-vous, troisième du genre, le CGD et ses partenaires ont pris place au Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) à travers ce qu’ils ont dénommé « Village de la démocratie », un cadre de réflexions autour des préoccupations liées à la gouvernance démocratique au Burkina. Deux panels ont meublé la journée.

Le premier avait pour thème, « la rupture générationnelle et la participation politique des femmes ». Il a été animé par Dr Sampala Fatimata Balima et Dr Abdoulaye Barro.


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Dans sa communication, Dr Abdoulaye Barro a situé l’importance d’ouvrir le débat sur la relève politique au Burkina Faso, surtout après l’insurrection politique et la transition qui avait été, de son avis, marquée par un rajeunissement de la scène politique. Mais, cela ne s’est pas traduit dans les élections de 2015, remarque-t-il. « Ce qui fait qu’une certaine déception, une frustration, se ressent au sein de la jeunesse burkinabè qui est tentée par certaines violences pour assurer cette relève-là. Une perspective qu’il faut éviter à notre pays. Je pense qu’on peut trouver une meilleure articulation entre l’ancienne classe politique et la nouvelle génération qui veut s’affirmer sur la classe politique », avise Dr Abdoulaye Barro.

Dr Abdoulaye Barro et Dr Sampala Fatimata Balima (extrême droite).

Selon le panéliste, le changement générationnel peut toujours s’opérer dans le cadre du régime démocratique, évitant tout changement anti-constitutionnel. Certains facteurs peuvent favoriser cette relève générationnelle, à savoir que les jeunes doivent se former et accepter de s’engager en politique, notamment à travers les partis politiques, suggère-t-il.

« C’est vrai que les partis politiques ne jouissent pas d’une crédibilité au sein des jeunes, mais néanmoins, c’est par les partis politiques que le jeu démocratique et le jeu politique se déroulent. (…). C’est au sein des partis politiques que se structurent les choix électoraux ainsi que les projets et programmes de société », exhorte Dr Barro.

Dr Sampala Fatimata Balima a, pour sa part, misé sur le volet du genre. « La participation politique des femmes aujourd’hui questionnée par le panel, nous invite à réfléchir sur la manière d’amener les femmes dans l’espace politique. Nous avons une société ‘’coupable’’, pour la simple raison que le corps féminin que nous avons, est le corps féminin que nous produisons (corps féminin entendu ici comme des femmes regroupées en corps social). Le handicap que subissent les femmes aujourd’hui et qui entravent leur entrée en politique commence dès le nid familial et continue, persiste dans l’espace scolaire, ensuite dans l’espace estudiantin pour arriver dans l’espace professionnel. Ce sont des entraves sur lesquelles il faut agir. D’où la sociabilisation nécessaire des femmes, dès le bas-âge, aux questions politiques et quand je dis politiques, ce n’est pas la politique stricto sensu (sens strict), mais aux politiques de manière générale, en produisant un contre-discours sur l’espace politique, un discours beaucoup plus vertueux pour envoyer une image morale, une image vertueuse de la politique qui encouragerait les femmes à s’y engager et non pas une supra-protectrice à laisser leurs filles s’engager dans l’espace politique », a-t-elle détaillé.

De g. à d. David Moyenga, Dr Ousséni Tamboura, Pr Serges Théophile Balima (modérateur) et Luc Adolphe Tiao.

Selon Dr Balima, il faut travailler à débarrasser les femmes de certaines pesanteurs sociales. « Dans nos nids familiaux, ce qui est pesanteur sociale pour la femme devrait ne plus exister, pour la simple raison que quand la femme est en train de laver les assiettes, les jeunes garçons doivent laver les assiettes. Il est moins intéressant aujourd’hui de voir que les femmes sont occupées à des tâches ménagères et les hommes ne font rien. Du coup, que l’on le veuille ou non, ça a une incidence sur la formation de la jeune fille ; puisque cela empiète sur son temps. Mais, il y a nos réalités, il faut travailler à une certaine égalité entre homme et femme dans nos sociétés, c’est un facteur de développement », prône Dr Sampala Fatimata Balima.

Le risque d’une démocratie au rabais ?

Le deuxième panel, qui s’est tenu dans le même décor studieux, a porté sur « la reconfiguration politique à l’issue des élections couplées du 22 novembre 2020 ». Il a été ausculté par Dr Luc Marius Ibriga, contrôleur général d’Etat ; Dr Ousséni Tamboura, ancien député MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir) et David Moyenga, ancien député du Conseil national de la transition (CNT).
Dans une présentation générale du thème, l’enseignant Luc Marius Ibriga a, après définitions de mots et notions-clés, ficelé son exposé en deux grandes parties que sont la nécessaire rationalisation du paysage partisan et le nécessaire encadrement du financement des partis politiques avant d’aboutir à la conclusion qu’il faut asseoir une culture du refus de la corruption.


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Ce qui implique, indique-t-il, la mise en place d’une infrastructure éthique, c’est-à-dire une gamme d’instruments et de processus qui réglementent les comportements indésirables et incitent à la bonne conduite ; un réaménagement éthique fondé sur les valeurs d’intégrité et de responsabilité. Il y voit en outre la nécessité de développer et d’enraciner dans le corps social une culture de refus de la corruption (seul gage d’un développement durable dans une société pacifiée et sécurisée) et l’établissement d’un sens élevé de l’Etat et du bien commun.

A sa suite, Dr Ousséni Tamboura qui a campé son décor en scrutant les résultats des élections du 22 novembre 2020, faisant ressortir entre autres que le MPP est sorti encore renforcé de ces joutes démocratiques. Il observe également que le CDP fait son retour avec son candidat à la présidentielle qui arrive en deuxième position. Le parti arrive aussi deuxième aux législatives ; occupant de ce fait le chef de file de l’opposition politique.

Luc Marius Ibriga, présentant le thème du deuxième panel.

Il note également l’arrivée de Kadré Désiré Ouédraogo, quatrième position à la présidentielle, alors qu’il est considéré comme ‘’novice’’ en politique, devant des candidats habitués de la scène politique et son parti (Agir Ensemble pour le Burkina Faso) qui s’arrache deux députés. Plusieurs autres partis politiques ont également émietté des voix, d’autres ont stagné tandis qu’une autre catégorie a régressé (l’UPC, la NAFA, le PAREN…).

Pour Ousséni Tamboura, la situation actuelle pourrait donner comme perspective, une configuration de la classe politique semblable à celle de 2014 ; c’est-à-dire que l’opposition de 2014 pourrait devenir la majorité de 2020 à 2025 et vice-versa.
David Moyenga estime, pour sa part, qu’il n’y a pas une reconfiguration majeure, en ce sens que les partis classiques CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès, ancien parti au pouvoir) et le MPP sortent renforcés (ces deux partis étant animés par les mêmes qui ont régné sur la scène depuis des décennies maintenant). Même les partis comme Agir Ensemble pour le Burkina Faso, le RPI, le NTD sont des ‘’appendices’’ du CDP ou du MPP. « Ce sont les mêmes acteurs politiques qui se repositionnent », analyse-t-il.

Par ailleurs, des forces politiques, à l’image du MPS, l’APP/Burkindi, le Mouvement SENS, le PUR, le MCR…, ont tenté, mais n’ont pas pu décoller, du fait de plusieurs facteurs, dont ceux liés aux questions économiques, justifie M. Moyenga. Selon lui, le changement tant attendu reste mitigé. « Il y a une reproduction du système », constate le panéliste, pour qui, aucune nouvelle vision politique ne s’est dégagée à travers les élections du 22 novembre 2020.

Tout comme le premier, ce panel a suscité de nombreuses réactions au sein des participants. Parmi les intervenants, certains ont déploré « l’incivisme » des partis politiques dans ces élections du 22 novembre et « l’indécence financière » qui s’y est donné à voir. Certains ont également suggéré à la classe politique d’œuvrer de sorte à ne pas donner des ingrédients à l’Armée d’entrer dans le jeu politique.

Avec la reconfiguration politique qui conforte le MPP et ses alliés, des intervenants ont émis l’inquiétude d’une majorité écrasante qui conduirait à une démocratie au rabais. Bien plus, ils se demandent si cette assise ne va pas conduire certains du pouvoir à considérer que ce mandat 2020-2025 (deuxième et dernier mandat de Roch Kaboré) est le premier de la Ve République (si la nouvelle Constitution est adoptée sous ce mandat).

O.L.O
Lefaso.net

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