Actualités :: Médecine traditionnelle : Jean-Paul Koudougou Nikièma, tradipraticien ou (...)

Sa cour ne désemplit pas. Il aurait le don de guérir, forger les destins et procurer le bonheur. De partout, on accourt chez lui à Kogtingha, un village situé à 7 km de Saponé, un département de la province du Bazèga.

Pour ceux qui sont hors du Burkina, le cellulaire fait la jonction avec Jean-Paul Koudougou Nikièma, un tradipraticien atypique. Nous l’avons rencontré, samedi 14 mai dernier, dans son champ. Cet homme, discret jusque-là, a accepté lever un coin du voile sur ses activités.

Il était environ 12 h 00 quand nous sommes arrivés au domicile de Jean-Paul comme on l’appelle à Kogtingha. Quelques engins (des voitures et des motocyclettes) sont en stationnement sous les arbres. Les lieux d’habitude grouillant de monde paraissent abandonnés. Un tour des concessions et nous voilà sous l’arbre où Jean-Paul officie en général. Là aussi, les chaises, la table et surtout le baldaquin semblent attendre le monde. Mais où sont-ils passés ?

Renseignements pris à la villa de Jean-Paul, nous apprendrons que le tradipraticien est parti au champ à quelque 2 km du village. Notre interlocuteur se propose de nous y accompagner puisque lui-même devait s’y rendre pour remettre des produits "fraîchement" préparés à Jean-Paul.

Après une dizaine de minutes de cheminement à travers un sentier sinueux, difficile, nous débouchons sur un bas-fond aménagé avec même des vannes en béton munies de dispositifs en fer pour réguler le cours de l’eau.

D’imposants cordons pierreux s’étendent à perte de vue. A l’ombre des arbres, disséminés à travers le bas-fond, on distingue plusieurs groupes de personnes, des femmes et des hommes de tous âges attendant de "voir" Jean-Paul. Un tracteur laboure le périmètre tandis qu’une bonne vingtaine de personnes procèdent aux semis. Là aussi, il y a un bon lot de véhicules (2 et 4 roues). Certains partent. D’autres arrivent. Introduits par notre guide, Jean-Paul nous installe à l’écart sous un arbre où nous serons rapidement réjoints par d’autres personnes.

Plus d’une centaine de consultations par jour

C’est en allant à la poursuite des criquets pèlerins que nous sommes tombés par hasard sur le campement de Jean-Paul. Il y avait plus de monde ce jour-là que samedi passé. Malheureusement, le tradipraticien était à une rencontre avec le haut-commissaire du Bazèga à Saponé. Nous en étions donc à notre première rencontre.

La cinquantaine environ, Jean-Paul est d’un abord simple même si avons-nous constaté, il jouit d’un grand respect dans le village. Alors que nous en étions aux échanges de civilité, une femme vint nous interrompre. "C’est le chef de terre qui m’a envoyée avec sa fille pour te saluer. Elle doit bientôt rejoindre son mari", confie-t-elle à Jean-Paul. Le message est certes voilé mais Jean-Paul a tout compris. Il les invite à prendre place sous un arbre situé à quelques mètres de nous puis déclare : "Je verrai quel jour elle peut rejoindre son foyer sans problème et en tirer le maximum de bonheur". Cette interruption nous plongea directement dans le bain du sujet. Jean-Paul commença par nous situer l’origine de son activité. D’après lui, il faut remonter à son enfance pour bien comprendre le travail qu’il exerce. Il avait, dit-il, des révélations" qui lui permettaient de "voir" les problèmes de ses proches et surtout les aider à s’en sortir. Mais il lui faudra attendre l’âge adulte pour prendre la mesure de ce don qui serait, pour lui, d’origine divine.

"Dieu, en créant le monde, a établi également des voies d’accès aux choses et aux différentes étapes de la vie. Selon le chemin choisi, on y arrive avec ou sans tracas. C’est ainsi que la vérité s’oppose au mensonge, le bien au mal", indique Jean-Paul. Il ajoute, "Dieu m’a également révélé que la vie de l’homme dépend de l’arbre. Aussi ai-je mis en défens la forêt de mon village. J’y tire les substances nécessaires à la guérison des malades". Il dit avoir effectué des voyages d’études dans la région du Centre - Nord, précisément à Kaya, Barsalgho, Foulgtoega pour mieux appréhender l’importance de la préservation de l’environnement.

La forêt villageoise est estimée à 57 hectares et sa mise en défens a été soutenue par le Programme de gestion des ressources naturelles (PGRN-B) du Bazèga. Un appui qui a permis à Jean-Paul de réintroduire les essences disparues dans la forêt villageoise et de délimiter l’aire avec 6 000 pieds d’eucalyptus et 20 000 épineux. Aujourd’hui, il estime disposer d’un réservoir important de plantes médicinales à même de soigner plusieurs maladies.

Entre autres pathologies, Jean-Paul dit traiter une gamme fournie allant des maux de dos aux maux de pieds, en passant par les problèmes de stérilité et de fatigue. Il affirme recevoir en consultation plus d’une centaine de patients par jour quoique reconnaît-il, "mon action est plus efficace les samedi, dimanche, mardi et jeudi". Ce serait ces jours que la présence de Dieu lui assure une plus grande efficacité dans la prise en charge des patients.

Mais Jean-Paul ne soigne pas que seulement le corps physique. Il affirme pouvoir influer sur le destin humain, le changer pour le plus grand bonheur de ceux qui lui font confiance. C’est ainsi qu’il consulte pour raison d’études, de commerce.

Ainsi avons-nous trouvé sur place des élèves en classe d’examen venus solliciter son aide pour réussir. A ces candidats, il remet un produit emballé dans un papier avec juste trois cercles gravés dessus.

Le produit, à base de plante, est masséré avec du miel dans un morceau de canari avant d’être ingéré avec le doigt le plus long de la main (le majeur) à raison de trois (03) doses pour les garçons et quatre (04) doses pour les filles. On ignore si le produit est efficace même sans un travail scolaire conséquent mais ce qui est sûr l’effet psychologique peut bien provoquer des miracles.

Un ministère divin ?

Jean-Paul est, lui, convaincu que Dieu se manifeste à travers son "ministère" puisqu’il dit être chrétien.

"Dieu agit à travers ma modeste personne. Par moi-même, je ne suis rien. C’est Dieu qui détient le pouvoir de guérir, de soulager et de rendre heureux. J’en ai eu les preuves depuis que j’exerce ce travail, il y a maintenant plus de 20 ans. Jusqu’à cette date du 14 mai 2005, aucun malade n’est décédé sur mon site. Et pourtant, j’en ai reçu des malades parfois en état critique. Mieux, malgré tout le monde qui défile ici, je n’ai pas souvenance que même un scorpion a piqué quelqu’un. Or certaines personnes y passent la nuit à la belle étoile, sous les arbres... C’est l’œuvre de Dieu", soutient Jean-Paul.

C’est pourquoi, il officierait gratuitement, ne prenant ni bien, ni argent. "C’est Dieu qui m’a donné le pouvoir. Je n’ai rien payé pour cela", argue-t-il en affirmant que "Dieu le récompense".

"Dieu pourvoit à mes besoins, mon élevage prospère et mes champs produisent", avance Jean-Paul qui révèle que la saison hivernale a démarré le 14 mai dans sa zone. Il était en train de semer et disait que ceux qui feraient comme lui récolteraient en abondance.

Là aussi, Dieu lui aurait révélé la bonne date pour entreprendre son activité champêtre. Ce qui est sûr, il est réputé gros travailleur. Il exploite ainsi un champ de 100 hectares dans le Ziro et serait parmi les plus grands producteurs du Bazèga. L’an passé, il a récolté 8 tonnes de coton, plus d’une centaine de sacs de maïs et autant en riz. Ce qui, en plus de l’élevage (son cheptel est important) lui procure de quoi vivre décemment.

Voiture, villa, télé, cellulaires... Jean-Paul n’a rien à envier à ceux de la ville. Son ardeur au travail a été saluée par les autorités de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage. Il a aussi obtenu des prix au plan national et en Suisse.

Une corne, un bol d’eau

C’est avec une corne d’animal et un bol en terre contenant de l’eau que Jean-Paul officie. Avec la corne, il remue l’eau, prononce le nom du patient et sort quelques instants après son diagnostic. S’il faut recourir au système de santé moderne, il renvoie le patient. Dans le cas où le remède est à sa portée, il prescrit les produits à base de plantes prélevées dans la forêt villageoise. Samedi, il a ainsi renvoyé un patient qui aurait du liquide dans la tête dû à un dysfonctionnement de contraception.

Selon lui, il a recommandé aux parents du malade d’aller faire ponctionner le liquide avant de revenir éventuellement chez lui pour des soins complémentaires. Pourquoi trouble-t-il l’eau avant de se prononcer ? Jean-Paul répond à cette question à mots voilés : "Les morts ne sont pas morts. Ils sont à l’ombre. L’homme ne meurt d’ailleurs pas. Il quitte son corps physique pour une autre situation. L’eau est le premier élément créé par Dieu. Il y a toute la vie. Observez les étangs et les mers. Ils grouillent d’êtres vivants avec parfois des proportions énormes mais, que nous ne voyons pas à l’œil nu. A moins d’aller les y chercher ou encore faut-il que ces êtres sortent d’eux-mêmes. Je ne suis pas un charlatan. Je n’ai pas non plus de wack. L’eau n’est qu’un support pour moi dans ma lecture du passé, dans mon explication du présent et dans ma détermination de l’avenir".

Un travail qui intéresse au-delà des frontières nationales

Il est difficile de bien appréhender les pouvoirs réels ou supposés de Jean-Paul encore moins de comprendre sa logique, son monde. En attendant, son travail intéresse un chercheur de l’ICRAF (une ONG internationale basée Bamako au Mali). Nous avons ainsi rencontré le Dr Steve Maranz samedi dernier à Kogtingha.

Il dit être venu s’inspirer des activités de mise en défens et de l’exploitation des ressources ligneuses par Jean-Paul.

"Nous réalisons une étude sur les arbres dans l’agro-foresterie. Jean-Paul fait un travail intéressant en la matière. Il protège la forêt, combine méthodes agricoles traditionnelles et modernes. C’est ainsi qu’il cultive avec le tracteur mais conserve des arbres dans son champ. Il pratique aussi la jachère et la rotation des cultures. Notre visite consistait à identifier les espèces qu’il conserve dans son champ et de les comparer avec celles existant dans la forêt. Nous avons ainsi constaté qu’il conservait dans son champ des arbres qui ont une certaine valeur et supprimait ceux qui n’en avaient pas ou pouvaient gêner son activité. Il est ainsi en train d’amener les techniques culturales à un autre niveau où on peut utilement préserver l’environnement tout en cultivant et en tirant meilleure partie".

L’ICRAF s’intéresse cependant et surtout au karité notamment au Sénégal, au Mali, au Niger et au Burkina. Dr Maranz estime que le karité n’est pas très présent au Sénégal et au Niger. Aussi opère-t-il surtout au Mali et au Burkina avec une préférence pour ce dernier pays qui aurait plus de contact avec le marché international. "Le Burkina, dit-il est mieux relié aux ports de la Côte-Ouest de l’Afrique que le Mali. Ce qui permet un meilleur écoulement des amandes de karité. En plus, les producteurs burkinabè sont très actifs et bien organisés autour de la filière karité". Mais où se situe le lien avec Jean-Paul ? Au regard de notre instance, Dr Maranz finira par avouer : "Je suis aussi intéressé par la façon dont Jean-Paul sélectionne les plantes pour en faire des remèdes. Je n’ai pas encore eu l’opportunité d’en parler avec lui. Les arbres ne donnent pas seulement de la nourriture et du bois. Ils ont d’autres vertus. Je suis particulièrement intéressé par les arbres qui possèdent des vertus. Jean-Paul les connaît et j’espère qu’il m’aidera un jour à pouvoir les distinguer. Je souhaite en tout cas l’entendre s’exprimer sur ce sujet". Sur cette intervention, Dr Maranz s’en est allé tandis que Jean-Paul retournait à ses consultations. Nous ne savons pas s’il répondra favorablement aux attentes du Dr Maranz. Ce qui est sûr, une grande amitié semble lier les deux hommes puisque c’est un des fils de Jean-Paul qui lui servait de guide et que, avant de se séparer, Jean-Paul a fait don d’un mouton à ses visiteurs.

Au moment où nous quittions Jean-Paul, il consultait pour une personne sur son portable. L’appel provenait des Etats-Unis. Il donne aussi des consultations tous les lundis à Ouagadougou. Mais pourquoi on n’entend point parler de lui ? "Le bouche à oreille suffit pour les bonnes causes", martèle-t-il. N’empêche qu’il ne nous à pas tout dit et vu qu’il opère pratiquement de façon orale, il serait bon que les spécialistes l’approchent pour protéger et vivifier si possible son savoir dans l’intérêt national.

Victorien A. SAWADOGO (visaw@yahoo.fr)
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