Actualités :: Assises criminelles de Ouaga : peine de mort pour un policier (...)

Ouvertes le 15 février dernier, les assises criminelles continuent leur bonhomme de chemin. Vendredi 17 et samedi 18, deux accusés étaient face aux juges : le premier, Zabsonré Paul, pour le détournement d’une somme de sept millions cinq cent milles francs (7 500 000) et le second, Ouattara Soungalo, pour assassinat.

Si le premier s’en est tiré à bon compte avec un sursis, il n’en est pas de même pour Ouattara Soungalo, qui a été condamné à mort. M. Zabsonré, né en 1949, était chef de gare de la Société des chemins de fer du Burkina (SCFB) à Koudougou.

A ce titre, il avait également la caisse en charge. Son ami, conducteur de train, dont les affaires périclitaient, est allé d’abord lui demander une somme d’ un million deux cent mille francs (1 200 000). Naturellement, ayant la caisse à portée de main, M. Zabsonré y fit un trou, d’autant plus que son ami et ses acolytes lui faisaient miroiter une très grosse somme en retour. Et le trou atteindra sept millions et demi.

Avec le temps, il s’est rendu compte qu’il était dans un engrenage. « C’étaient de supposés multiplicateurs d’argent, mais mon ami Karambiri Moussa m’a toujours assuré de ne rien craindre et que ç’allait marcher ». Le pot aux roses fut découvert par les contrôleurs, ce qui valut à ce travailleur indélicat d’abord une affectation et ensuite le licenciement avec poursuites judiciaires.

L’attitude de M. Zabsonré était surprenante, lui qui avait un casier judiciaire vierge et qui, au dire de son avocat, Me Farama Prosper, en 17 ans de service n’a pas détourné un seul rond. « Vous n’avez pas de résultat et vous continuez à vider la caisse ! », lui fera remarquer la présidente du tribunal, Mme Sita Bamba. « Ça fait honte d’en parler aujourd’hui. Ça parait ridicule. Ils m’avaient promis beaucoup, pas moins de 100 millions », répondra l’accusé, gêné. Le procureur, quant à lui, précisera que le détournement est bien établi, mais reconnaîtra à l’accusé des circonstances atténuantes. D’abord du fait de la naïveté et de l’ignorance de l’accusé. Ensuite l’acolyte était un ami et collègue à qui il a voulu rendre service et qui a abusé de sa confiance.

Pour cela, le substitut du procureur a requis une peine de trois ans avec sursis. L’avocat de l’accusé abondera dans le même sens. Il précisera d’ailleurs que son client n’a jamais nié le détournement. Mais le motif et les circonstances du forfait doivent être pris en compte. « Quand vous tombez dans ce genre de situation, vous avez l’air idiot. Pourtant c’est propre à la condition humaine ».

D’ailleurs, Me Farama confessera qu’il était surpris par l’attitude de son client, qui était curieusement pressé d’être jugé et condamné. « Je suis le seul à porter le fardeau moral. Je ne voudrais pas que ce fardeau me suive après ma mort », aimait-il d’ailleurs répéter à son avocat. Dans son verdict, le tribunal a reconnu la culpabilité de Zabsonré Paul, mais l’a assortie de circonstances atténuantes. Une peine de trois ans avec sursis a été prononcée à son encontre. A la fin du jugement, son avocat, visiblement satisfait, dira que le verdict à l’endroit de son client a été juste et proportionnel.

Après Saul, un 2e condamné à mort

Premier fait : le 18 janvier 1997, le jeune Traoré Daouda quitte son domicile et ne réapparaît plus. Jusqu’aujourd’hui, sa famille ne sait pas ce qu’il est devenu. La dernière personne avec qui on l’a vu est Ouattara Soungalo. 2e fait : le 27 juillet de la même année, le corps d’un homme est retrouvé au cimetière de Gounghin. Il s’agissait de celui d’Hassan Ben Abdoulaye, vendeur de batiks. Des témoins affirmeront l’avoir vu pour la dernière fois en compagnie de ...Ouattara Soungalo. La victime est morte par strangulation et son abdomen était tailladé au couteau.

Celui qui était devant la cour en cette matinée du 19 février, Ouattara Soungalo, a une taille au-dessus de la moyenne ; amaigri, il a le visage sombre et affecté par des tics. Il avait un air hagard. Il était policier à l’époque des faits. Pendant l’enquête préliminaire, il reconnaîtra le crime commis sur la personne de Ben Abdoulaye. Après bien des tergiversations, il a été confondu grâce à la découverte de la photocopie du reçu de la mobylette de la victime. Mais il niera les accusations tout au long de l’instruction et pendant le jugement.

M. Soungalo avancera que le regretté lui devait une somme de 320 000 francs et qu’il lui avait demandé un nouveau prêt de 30 000 francs. "Il m’a invité à prendre un pot. J’ai bu 8 ou 9 bières. Je n’étais pas normal. En me déposant, il a dévié de la route et a pris la direction du cimetière. Il y est descendu pour pisser... Quand il est revenu, il a commencé à m’insulter et à me donner des coups de poings. Je me suis défendu". Mais la version du parquet est toute autre : M. Soungalo a invité Ben Abdoulaye à boire et l’a entraîné ensuite au cimetière. Ce dernier, petit et frêle, n’avait aucune intention belliqueuse à l’endroit de ce policier, par ailleurs ceinture noire de judo 1er dan.

Après avoir étranglé et éventré sa victime à l’aide d’un couteau acheté à cet effet, il s’empara de sa mobylette, de ses chaussures et de son porte-monnaie, d’où il soutira la somme de 15 000 francs. "Du reste, ajoutera le substitut du procureur, vous n’avez pas reconnu tout de suite les faits, mais vous avez été confondu par le reçu de l’engin, retrouvé dans vos affaires". Pour le procureur, il y a eu préméditation.

Le corps de Daouda Traoré est resté introuvable

Concernant la disparition de son "ami", Traoré Daouda, dès le début de l’affaire, l’accusé donnera des versions divergentes à la famille du disparu. Il dira tantôt que ce dernier lui avait confié sa mobylette pour effectuer un voyage de quatre jours, tantôt que son ami est allé à la foire de Léo, tantôt qu’il s’est rendu à Niangoloko, ou encore qu’il aurait été interpellé pour une histoire d’arme.

Devant le tribunal, il avancera que « Jusqu’à l’heure où je vous parle, je ne sais pas ce qu’il est devenu ». Cependant, cette situation ne l’a pas empêché de détenir par-devers lui la mobylette du disparu, de juillet à septembre 97. Les enquêtes sur la personnalité de M. Soungalo ne plaident pas en sa faveur : il jouit d’une mauvaise réputation auprès des jeunes de son quartier, boit des quantités immodérées d’alcool et est de caractère nerveux.

Pour les deux cas, le parquet a requis la peine de mort, parce qu’il y a eu préméditations et que l’accusé, policier de son état, était censé protéger les citoyens. L’avocat de la défense, Me Somda Firmin, n’a pas eu la même vision des choses : pour lui, la peine de mort est une décision grave et qui nécessite de prendre en compte tous les contours d’une affaire, d’autant plus que pour la défense, la préméditation n’est pas évidente : "S’il avait prémédité son acte, il allait tout faire pour qu’on ne les voie pas ensemble...Il n’est pas non plus exclu que la victime ait voulu attirer Soungalo dans un piège, surtout qu’elle lui devait de l’argent".

Et l’avocat d’ajouter que si son client a plaidé coupable dans l’affaire Ben Abdoulaye, il n’en est pas de même dans la disparition de Daouda Traoré, dont on peut considérer que l’instruction n’est pas terminée. "Les seuls indices, c’est d’abord la mobylette du disparu, qui était avec mon client, et le fait que mon client est le dernier à avoir vu le disparu. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas dire où se trouve le corps. Et le doute doit profiter à l’accusé".

Avant le verdict, comme cela est de coutume, le dernier mot est revenu à l’accusé : "Je me suis rendu compte que je me suis trompé. Je reconnais avoir donné la mort à Ben Abdoulaye. Quant à Daouda Traoré, jusqu’à l’heure où je vous parle, je ne sais pas ce qu’il est devenu". Le tribunal déclara Ouattara Soungalo coupable de la mort d’Hassane Ben Abdoulaye sans circonstances atténuantes, et non coupable de la disparition de Daouda Traoré. Pour l’assassinat de Ben Abdoulaye, le verdict a été la peine de mort.

Issa K. Barry
L’Observateur

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