Actualités :: Mort tragique d’une femme enceinte à Yéguéresso

Triste réalité que celle qu’à vécue samedi dernier dans l’après- midi, Dame Sanou Minata, qui portait une grossesse de neuf mois : faute d’ambulance et victime de la négligence de son mari, elle a finalement succombé aux douleurs de l’enfantement au bord de la route, et devant une foule qui a assisté, impuissante, à son calvaire jusqu’à son dernier soupire.

Comme bon nombre de femmes rurales dans les zones les plus reculées du Burkina, c’est dans des conditions extrêmement difficiles (accrochée derrière une mobylette et sur une route accidentée) qu’elle a tenté de rejoindre la maternité du Centre hospitalier universitaire de Bobo . Mais en vain. Pourtant, Sanou Minata et cet enfant, pour qui elle se battait pour lui donner la vie, auraient pu être sauvés si...

Le problème de santé se pose toujours avec acuité au Burkina, où les conditions sanitaires laissent véritablement à désirer dans certaines localités.

Si dans la plupart des centres urbains on arrive tant bien que mal à faire face à des situations d’urgence, il n’en est pas de même dans des départements où les services de santé sont complètement démunis : même pas le strict minimum pour permettre au personnel soignant d’offrir aux patients des prestations dignes de ce nom.

Combien sont-ils au Burkina à mourir chaque jour par manque d’infrastructure sanitaire ou de soins adéquats ? Combien sont-ils encore à demeurer pendant des heures voire même des jours dans l’agonie, faute d’ambulance pour leur évacuation, et sous le regard impuissant de leur accompagnateur et même des infirmiers ?

Ce qui est sûr, la question de la santé se pose chaque jour avec acuité dans notre pays, où bon nombre de nos populations éprouvent encore d’énormes difficultés à accéder aux soins. Car en plus de l’inexistence des infrastructures ou de l’insuffisance de médicaments en de nombreux endroits, le manque de moyens financiers a toujours été un obstacle majeur pour de nombreux patients démunis, qui ne sont pas en mesure de supporter les frais médicaux.

Dans l’impossibilité alors de se rendre dans les services de santé relevant de leur zone de résidence, les patients sont soumis à toutes sortes de pratiques de charlatanisme au village, qui le plus souvent débouchent sur des complications. L’exemple le plus édifiant en pareil circonstances est sans conteste ce drame survenu le week-end dernier à Yéguéresso, et qui a plongé tout le village dans la colère et l’indignation.

Un voyage d’enfer

Nombreux sont les habitants de Yéguéresso qui garderont pendant bien longtemps en mémoire les tristes événements vécus en ce samedi après- midi. Eux qui ont assisté impuissants au calvaire de cette femme enceinte, jusqu’à ce qu’elle rende l’âme, sous leurs yeux.

Minata Sanou, qui était à sa 9e grossesse, courait de nombreux risques génésiques comme le lui avait signifié l’accoucheuse du CSPS de Matourkou durant ses consultations prénatales.

Cela avait d’ailleurs été mentionné sur son carne de santé, où on pouvait lire : "Grossesse à haut risque". Ce qui suppose que toutes les dispositions devaient être prises par son mari pour que l’accouchement se fasse dans un centre hospitalier et non dans un CSPS ( Centre de soins et de promotion sociale).

Et pour cela, il fallait, dès les premiers signes avant-coureurs de l’accouchement, l’évacuer à Bobo-Dioulasso. Ce que son mari aurait refusé de faire, pour éviter, selon des témoignages, d’en supporter les charges. Et malgré les consignes médicales, Minata Sanou, qui était à terme, traînera dans sa maison jusqu’à ce vendredi 07 janvier lorsqu’elle commença à sentir les premières douleurs.

On fit alors appel à l’accoucheuse du village, qui n’y pouvait rien. On croyait néanmoins que la situation allait se débloquer probablement par la grâce de Dieu, jusqu’au lendemain samedi 8 janvier lorsque la pauvre dame commençait à présenter des signes évidents de fatigue et même d’incapacité à fournir l’effort nécessaire pour expulser le fœtus. C’est alors que son mari se décida enfin à l’évacuer à mobylette vers le CSPS de Soumousso, distant de 25 km.

Parti du village de Missidougou, ils y arrivèrent après environ une heure de route dans des conditions très difficiles. « J’ai reçu la dame complètement épuisée vers 15 heures, et après l’avoir consultée, j’ai demandé à son mari de l’amener le plus tôt possible à l’hôpital de Bobo.

Je craignais vraiment pour cette femme, qui pouvait être victime d’une prérupture utérine », nous a confié madame Sylla, accoucheuse à Soumousso.

Le village ne disposant pas d’ambulance, le mari, selon des témoignages que nous avons recueillis sur place à Soumousso, aurait fait appel par téléphone aux sapeurs-pompiers de Bobo et ensuite à Burkina Secours sans que personne ne daigne se déplacer pour secourir la pauvre dame, qui, malheureusement, n’était toujours pas au bout de ses peines.

C’est pratiquement à bout de souffle qu’elle sera de nouveau contrainte d’embarquer derrière cette mobylette pour, cette fois-ci, rallier Bobo, distant de 35 km, et toujours sur une voie presqu’impraticable. On imagine alors le calvaire de Minata Sanou, qui, n’en pouvant plus après 20 km de route, demandera un arrêt à l’entrée de Yéguéresso.

Et c’est sous un arbre qu’elle s’étalera en gémissant avant de rendre l’âme quelques instants plus tard sans que madame Bénédicte Coulibaly, cette autre accoucheuse de Yéguéresso, qui avait elle aussi été appelée à la rescousse, ne puisse faire quoi que ce soit face à une situation déjà compromise : « Je n’ai jamais vécu pareille scène.

J’avais presque les larmes aux yeux quand je suis arrivée et ai trouvé cette femme dans cet état et en pleine nature. Il lui fallait obligatoirement une intervention chirurgicale », nous a-t-elle confié. Agée de 38 ans, Minata Sanou, comme bien d’autres femmes rurales au Burkina, est donc morte, par manque de soins, en voulant donner la vie.

Vite, une ambulance pour Soumousso

Le cas Minata Sanou est avant tout un exemple parmi tant d’autres. Elle aurait pu avoir la vie sauve si le CSPS de Soumousso disposait d’une ambulance pour les évacuations d’urgence. Le besoin, au dire de la population, a été mille fois exprimé aux responsables sanitaires de la région, qui n’y ont toujours pas réagi.

Mais pendant combien de temps durera cette attente quand on sait que le centre de santé de Soumousso ne désemplit pas ? Selon le major du CSPS, le centre reçoit en moyenne 700 patients dans le mois avec bien entendu des cas d’urgence nécessitant des évacuations.

« Nous sollicitons toujours l’aide des transporteurs pour faire les évacuations. Cela est surtout possible quand c’est la nuit parce que tous les chauffeurs sont de retour ; ils reprennent la route le lendemain matin pour ne revenir que le soir.

Ce qui fait qu’il n’est pas toujours évident d’avoir un véhicule en plein jour », nous a confié le major du CSPS de Soumousso. Alors, vite, une ambulance pour Soumousso afin que plus jamais, on n’assiste à des situations malheureuses comme celle vécue par Minata Sanou.

Jonas Appolinaire Kaboré
L’Observateur Paalga

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