Actualités :: Affaire Juvénal Hien/Moussa Camara : La version du colonel

Que s’est-il réellement passé le 5 juin 2003 pour que le colonel Moussa Camara en vienne à infliger une gifle à l’agent de police Juvénal Hien ? Après la version que l’avocat du policier, Me Proper Farama, a donnée des faits dans notre édition n° 6182 du lundi 12 juillet dernier, voici celle de l’officier supérieur, présentée par son conseil, Me Mamadou Traoré. "Le devoir de réserve, l’exigence de vérité", telle est le titre originel de cet écrit.

Le colonel Camara Moussa, dont je suis le conseil, actuellement en stage et absent du pays, se trouve aujourd’hui obligé de sortir de sa réserve et du silence que lui impose son statut pour donner la relation exacte de l’incident survenu le 05 juin 2003, il y a de cela plus d’un an, entre lui-même et un agent de la Police nationale.

Ces explications, il les doit avant tout aux citoyens de son pays et aux nombreux lecteurs des organes de presse, qui ont pu être qui choqués, qui abusés par une relation des faits dont était absente de manière singulière la version du principal intéressé.

I - La relation des faits

Le 05 juin 2003, alors qu’il était en circulation à bord de son véhicule en compagnie de son épouse et de ses trois enfants, il s’est trouvé bloqué à une intersection. Un agent de la sécurité, un policier en service, bloquait la circulation sans aucun événement imminent ou apparent en vue (accident, cortège, course cycliste, etc.). La voiture du colonel était environ à une vingtaine de mètres de l’agent.

Tout naturellement, il descendit sa vitre pour interpeller l’agent : « Colonel Camara, est-ce que je peux traverser ? ». Sans aucune réponse de l’agent, il crut que celui-ci n’avait pas entendu ses propos.

Il avança suffisamment à hauteur de l’agent pour lui répéter : « colonel Camara, est-ce que je peux passer » ? « C’est pour ça que vous allez m’écraser le pied ? Et puis, colonel ça veut dire quoi » ? En balançant sa main dans un mouvement d’énervement, le policier tourna dos au colonel Camara et s’en alla. Le colonel Camara éteignit son moteur et sortit de sa voiture. Il rejoignit l’agent et lui demanda de répéter ce qu’il venait de dire.

C’est en ce moment que la gifle partit. L’épouse du colonel sortit et demanda à son mari de laisser tomber. Celui-ci tança l’agent :

« Vous savez comment moi j’ai eu mes galons ? Ce n’est pas parce que tu es en service que tu peux tout te permettre » !

Tout confus et confondu, le policier se tenait coi. Immédiatement après l’incident, le colonel, deux cents (200) mètres plus loin, appela de son portable le Directeur général de la Police nationale pour lui relater l’incident survenu entre lui et son agent. Pour lui l’incident était clos.

Les forces de sécurité de façon générale et l’armée de façon spécifique sont des corps structurés, hiérarchisés, fonctionnant sur la discipline et le respect de la hiérarchie.

Il ne s’est agi à aucun moment d’une brimade d’un officier sur un agent en fonction. La voie publique est le dernier endroit où un officier supérieur de l’armée puisse se donner en spectacle.

Après s’être présenté comme d’usage en toute circonstance, d’autant plus qu’il était en civil, le colonel Camara attendait une réponse affirmative ou négative sur la possibilité de passer.

Un policier, en service ou non, doit, quelles que soient les exigences de sa mission, respect à tous les citoyens. Il doit en toute circonstance agir avec tact.

Comment en tant qu’officier, le colonel Camara peut-il comprendre un seul instant qu’un agent puisse, au mépris de toute règle élémentaire de courtoisie, insulter froidement un gradé au motif qu’il est en service ? Ne pas réagir et ne pas rendre compte à la hiérarchie du corps de l’intéressé eussent été manqué à son devoir d’officier.

Que l’incident soit déplorable, cela est évident, mais l’exploitation irrationnelle l’est tout autant. C’est la raison de cet éclairage.

II - La presse

Lorsqu’il a pris connaissance du premier article sur la question quelques temps plus tard, le colonel s’est rapproché de la hiérarchie de l’agent.

Sa hiérarchie, contrairement à ce qui a été parfois écrit, a protégé l’agent et a indiqué qu’il ne saurait être l’auteur de l’article.

Le colonel Camara s’est alors directement rapproché du policier et lui a demandé les raisons de cet article. Pour le policier, c’était pour faire face à différents frais dont ceux de son avocat. Il s’est alors engagé amiablement à régler ces frais.

Le lendemain, en voyant paraître un autre article dans un autre journal, le colonel a compris que le policier, contrairement à ses affirmations, voulait une exploitation à « fond » de l’incident. Il n’a plus jamais tenté de le joindre et n’a jamais été approché ni par l’agent, ni par son conseil jusqu’au mois de novembre 2003, soit cinq (05) mois après les faits.

III - La sommation interpellative

Au mois de novembre 2003, le colonel Camara reçut, d’un huissier, une sommation interpellative de l’agent. Naturellement, cette sommation, qui n’est ni une convocation judiciaire ni une convocation officielle, n’appelle de sa part aucun commentaire et rien ne l’oblige à y obtempérer. Le procédé paraît paradoxal et curieux.

1° - Si l’agent, par l’entremise de son avocat, veut engager une procédure judiciaire ou autre, cela est de son droit de citoyen - sous réserve des exigences de son statut - mais il n’avait, dans cette hypothèse, qu’à signifier une assignation ou une citation à comparaître devant tel magistrat.

2° - Si l’intention de l’agent était un règlement amiable par l’entremise de son avocat, il n’avait pas non plus à sommer ; il aurait pu, par écrit ou tout autre moyen à sa convenance, le saisir directement. Manifestement les intentions étaient ailleurs. La suite l’a amplement démontré.

En guise de conclusion

Le colonel estime devoir une explication aux citoyens de ce pays dont certains, choqués, n’ont pas hésité à écrire en réaction à une narration un peu spécieuse et partisane des faits.

Bien que s’étant délibérément affranchi des règles de discipline, qui fondent le fonctionnement des corps militaires et paramilitaires, le colonel Camara demeure disposé au « règlement amiable » si tel est l’intention recherchée.

Le fonctionnement harmonieux de notre société impose que nous acceptions de faire nôtres certaines valeurs cardinales essentielles.

Ce n’est pas parce que l’enfant a des droits qu’il doit bafouer le respect dû aux parents ou à son enseignant ! Sans discipline et obéissance il n’y a pas d’armée.

Maître Mamadou Traoré Avocat à la cour
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