Actualités :: Le gendarme qui s’était fait armurier

Un commandant d’escadron qui fait sortir les armes et munitions de sa caserne pour les vendre à vil prix à des civils. C’est l’histoire rocambolesque qui a eu lieu à l’escadron n° 3 de la gendarmerie nationale de Kaya. Si les faits reprochés au lieutenant Nitiéma Hermann sont avérés (on le saura après procès), le citoyen lambda est en droit de se demander à quelle sécurité se vouer dans ce pays.

On le sait, les armes légalement acquises sont vendues dans les armureries. Pour obtenir le permis d’achat et celui du port d’arme, c’est la croix et la bannière. Surtout, depuis la création d’une certaine structure de lutte contre la prolifération des armes légères, qui dépend du Premier ministère. Le Burkina n’étant pas les Etats-Unis où, semble-t-il, il est plus facile d’obtenir le permis de port d’arme que le permis de conduire.

Au Burkina, c’est une longue pérégrination de service en service, et des enquêtes de moralité en sus. La longue procédure pour cette obtention a rebuté plus d’un postulant, qui préfèrent résoudre leur différend à la machette ou au gourdin. C’est selon.

Ce lieutenant de gendarmerie incriminé semble donc avoir voulu épargner toutes ces souffrances à ses acheteurs d’armes. Commandant de l’escadron n°3 de la gendarmerie de Kaya, il aurait bradé les armes contre espèces sonnantes et trébuchantes, et sans procédure aucune, à Cissé Moussa, garagiste à Ouaga, Séré Issouf, gérant de station, Kafando Boureima, chauffeur-mécanicien, Derra Mohamadi, jardinier, et…un étudiant du CEFIG, âgé de 19 ans.

Ce dernier d’ailleurs aurait acheté deux pistolets à 900 000 FCFA. Que peut bien faire de deux pistolets militaires, un jeune de 19 ans, étudiant de surcroît ? Se défendre ? Braquer ou frimer ? Le jugement de l’affaire au tribunal militaire pourra un jour nous situer.

Le Commissaire du gouvernement, Abdoulaye Barry, qui a connu des vertes et des pas mûres en matière d’affaires judiciaires insolites, semble avoir été interloqué par les agissements de ce lieutenant. Certes, si nous remontons dans les méandres de l’histoire, des armes militaires ont parfois été utilisées à d’autres fins que celles originellement prévues.

Il y a eu cette histoire de poudrière du Bazèga. Dans le village de Basmyam, un braqueur du nom de Nikiéma Philippe avait été abattu par la gendarmerie. Il s’est révélé qu’un militaire l’approvisionnait en armes et grenades. Puis cette autre histoire d’un commandant de brigade de Bittou, qui s’est suicidé.

La dernière, c’est celle de cet élément qui mettait son arme en location pour la somme de 50 000 FCFA par utilisation, on allait dire par nuitée d’opérations. Mais de tous ces faits, il ne s’est agi à aucun moment d’un chef militaire à l’image du lieutenant Nitiéma, qui faisait sortir et écoulait tranquillement des armes de son unité.

Si aujourd’hui, la plupart des armes et des munitions vendues ont pu être récupérées, deux pistolets et une arme non encore identifiée sont toujours dans la nature. Légitimement, l’on peut se demander entre quelles mains elles se trouvent et à quoi elles servent. Mais on craint de connaître la réponse.

Ce qui inquiète le plus est que cet acte provient d’une personne chargée d’assurer la sécurité des citoyens. Qui plus est officier de gendarmerie qui a certainement contribué à ternir l’image des pandores.

Malgré quelques « petits débordements » parfois, il faut reconnaître que dans l’esprit de bien des citoyens, ce corps militaire a toujours imposé le respect parce que c’est un corps légaliste par définition où le moindre maréchal des logis a des bribes de connaissances en droit. A l’image de ce vieux Ladji qui dira à son fils, qui a eu maille à partir avec un jeune gendarme : « ll n’y a pas de petit gendarme ».

Et d’autres d’ajouter qu’"apercevoir le gendarme est le début de la sagesse". Mais quand le pandore se fait armurier et participe à propager le banditisme dans le pays alors qu’il est censé lutter contre l’insécurité, ça donne une petite idée de l’état de déliquescence de certaines institutions de la République, qui devaient être pourtant les ultimes refuges. Ah ! quelle époque !

Issa K. Barry
L’Observateur

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