Actualités :: Hermann Yameogo, un "héritier", joue la déstabilisation du Burkina (...)
Hermann Yaméogo

En 1978, Hermann Yaméogo a 30 ans. Il a passé son enfance et son adolescence essentiellement au palais présidentiel, à Ouagadougou (il a été élevé quelques années en France, entre 11 et 15 ans). Puis quelques années en prison (où il obtiendra son baccalauréat) à la suite de sa tentative avortée de coup d’Etat pour faire libérer son père.

Ironie de l’Histoire : Hermann Yaméogo était alors installé en Côte d’Ivoire, sous la protection de Félix Houphouët-Boigny, s’engageant dans l’armée ivoirienne en vue d’obtenir une formation militaire. L’ancien chef de l’Etat et son fils ont mis en place un outil pour la reconquête du pouvoir : l’UNDD. Ils ratent la présidentielle de 1978 où leur candidat-représentant, le banquier Macaire Ouédraogo met en ballotage le sortant, Sangoulé Lamizana.

Mais Hermann est élu député ; l’UNDD est devenue la deuxième formation politique du pays. La Révolution de 1983 va mettre en veilleuse les activités des partis politiques. Et c’est Blaise Compaoré qui va sauver la tête de "Monsieur Maurice ", dans le colimateur des révolutionnaires les plus radicaux (cf LDD Burkina Faso 045/Mardi J 2 octobre 2004). Le 5 août 1984, Maurice Yaméogo, qui était détenu à Pô, va être libéré et pourra se réinstaller à Koudougou, son fief provincial.

Quand à partir de 1988, Blaise Compaoré va mettre en oeuvre une politique de
"rectification ", il apparaît que l’activité des partis va reprendre de plus belle. Compaoré entreprend d’élargir la base politique du gouvernement de transition. "Monsieur Maurice" a été rétabli dans tous ses droits et ses biens lui ont été restitués.

Le 26 juillet 1991, Hermann Yaméogo, avocat (il a obtenu une maîtrise en droit en 1975 à Nice et a soutenu une thèse de troisième cycle ayant pour sujet "La IIème République en Haute-Volta" :) est nommé ministre de l’Agriculture et de l’Elevage. Mais il claquera la porte quelques semaines plus tard, en août, à la suite de dissensions sur l’organisation des élections. Il reviendra très vite au sein de l’équipe gouvernementale. Le 26 février 1992, il est nommé ministre d’Etat sans portefeuille.

Hermann est, politiquement, mal à l’aise. Il participe au gouvernement mais entend être solidaire de la Coordination des forces démocratiques (CFD) qui regroupe des formations de l’opposition. Il a appelé à voter "oui" au référendum constitutionnel de juin 1991 mais réclame aussitôt une réduction du mandat présidentiel. Il appellera à boycotter la présidentielle de décembre 1991 mais participera aux législatives de mai 1992. Il prône le retour des civils au pouvoir mais estime que "les esprits ne sont pas suffisamment préparés" pour cela. Il soutient Blaise Compaoré "depuis le 15 octobre 1987" (mort de Thomas Sankara) parce que "l’essentiel était de soutenir le président Blaise Compaoré qui avait fait appel à tous les Burkinabè sans discrimination pour construire une véritable démocratie" mais parle de "malentendus" et même de "divorce" entre eux alors qu’il siège au gouvernement. Il ne voulait pas de conférence nationale pour éviter les "déballages politiques et les règlements de comptes" et va se rallier à l’idée d’un forum de réconciliation nationale. Il affirme que sa formation politique, l’Alliance
pour la démocratie et la fédération (ADF) qui a pris la suite du MDP qui lui avait permis de rejoindre le Front populaire, et dont les deux mots d’ordre sont "intégration" et "fédération", est "révolutionnaire" et "anti-impérialiste", etc... Un journaliste burkinabè qui l’interroge en mars 1992 lui posera la question : "N’êtes-vous pas en contradiction avec vous-même ? ".

Hermann Yaméogo va rester ministre d’Etat sans portefeuille jusqu’à la formation du premier gouvernement de Marc-Christian Roch Kaboré (qui a pris la suite de Youssouf Ouédraogo au poste de Premier ministre) le 22 mars 1994.

Hermann y est toujours ministre d’Etat mais se voit confier le portefeuille de ministre de l’intégration et de la solidarité africaine. Il dresse alors un bilan plutôt flatteur de la situation du Burkina Faso : "absence de prisonniers politiques, respect des libertés publiques, assurance à la population d’une relative sécurité collective, paiement régulier des fonctionnaires en fin de mois... On ne devrait pas trop se plaindre".

Mais aux élections législatives du 11 mai 1997, l’ADF n’aura que deux sièges à l’Assemblée, la mise ayant été raflée par le CDP, le parti présidentiel (101 des 111 sièges). Hermann Yaméogo va, du même coup, être écarté du gouvernement.

Après dix années au pouvoir, Blaise Compaoré a réussi son pari. L’ancien capitaine, communiste révolutionnaire, a abandonné le communisme mais révolutionné la société burkinabè. Le pays a changé de physionomie. Au plan international, le Burkina Faso n’est plus l’épouvantail qu’il avait été. Au plan intérieur, les institutions démocratiques sont en place, et fonctionnent.

Du même coup, l’opposition (qui ne peut plus dénoncer le radicalisme politique de l’équipe au pouvoir) cherche des points d’appui pour exprimer sa différence. Pas facile dans une conjoncture internationale qui valorise le travail de l’équipe au pouvoir. Compaoré a présidé l’OUA ; le sommet France-Afrique a été organisé dans la capitale burkinabè ; la Coupe d’Afrique des Nations (Can) y a été disputée. Le 15 novembre 1998, c’est la victoire de Compaoré à la présidentielle. A laquelle l’opposition a refusé de participer.

Quand, au lendemain du 13 décembre 1998, moins d’un mois après une élection incontestable (le taux de participation avait été de plus de 50 % alors que l’opposition espérait une abstention record), éclatera" l’affaire Zongo", ce sera la délivrance pour certains de ses leaders qui voient là un deuxième tour à la présidentielle. Hermann réclamera la démission de Compaoré. Unie contre le chef de l’Etat, l’opposition ne parviendra pas à maintenir son unité dès lors que la perspective de participer au pouvoir est ouverte.

Compaoré sera plus politique que le G-14 (Groupe du 14 février) qui rassemble les partis d’opposition. Il a nommé un comité des sages chargé de formuler des propositions pour une rapide sortie de crise. Hermann devra reconnaître, d’ailleurs, que ce comité des sages "a fait du bon travail".
"L’affaire Zongo" va peser plus lourdement sur la vie diplomatique que sur la vie politique du Burkina Faso (qui va vivre, cependant, pendant de longues années, au rythme des manifestations).

Y améogo, comme les autres leaders de l’opposition, ne parviendra pas à utiliser un dramatique fait divers qui confine au fait politique pour mobiliser la population contre l’action gouvernementale. Les acquis sont là. Le reste, c’est de la politique politicienne qui n’intéresse pas les Burkinabè lassés des interminables palabres des uns et des autres.

Le problème de l’opposition, c’est qu’elle est incapable de se déterminer par rapport à elle-même, son programme d’action ; elle ne cesse de se structurer et de se déstructurer au fur et à mesure du déroulement d’événenements dont elle n’a pas la maîtrise.

En 1998, elle ne fera rien de "l’affaire Zongo". Mais elle va avoir droit à une session de rattrapage : le coup de force contre Gbagbo dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Une aubaine pour dénoncer la main invisible de Compaoré dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire. Hermann Yaméogo s’y prépare. Pas de chance. Le vent tourne. Ouaga va gérer la crise avec une rare sérénité. Sans débordements. Et la population burkinabè va s’associer à ses dirigeants : rigueur certes, mais avant tout comportement responsable et dignité.

Yaméogo va se trouver obligé de jouer le jeu de l’union. Jusqu’à ce que les exactions contre les "étrangers" en Côte d’Ivoire ne fassent plus la une de la presse et que le pourrissement de la situation sur le terrain ivoirien permette à chacun de reprendre ses positions. Marcoussis, Accra etc... Rien ne bouge. Tout est figé. Hermann Yaméogo pense pouvoir relancer son offensive contre le gouvernement. Il va s’y attacher tout particulièrement le mardi 22 juin 2004.

A suivre

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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