Actualités :: Putsch manqué en Mauritanie : Le Burkina de nouveau à l’index

Encore le Burkina Faso ? ne manqueront certainement pas de se demander l’opinion internationale et les Burkinabè après les accusations graves des autorités mauritaniennes proférées le jeudi dernier, faisant état de l’implication du Burkina dans une tentative de coup d’Etat en Mauritanie courant juin passé, le nième putsch manqué dans ce pays.

Le 10 août 2004, le président mauritanien Ahmed Ould Taya annule son voyage à Toulon où il devait participer, avec une quinzaine de chefs d’Etat africains, dont le Burkinabè Blaise Compaoré, au 60e anniversaire (15 août) du débarquement des alliés en Provence. Ses services de renseignements (Le Bed) viennent de lui faire savoir qu’un putsch, le second en cette année 2004, venait d’être déjoué, et qu’une vingtaine de militaires (officiers, sous-officiers et hommes du rang) avaient été arrêtés.

Le 20 août, un émissaire d’Ould Taya, en l’occurrence le ministre de la Défense, Baba Ould Sidi, porteur d’un message mauritanien, était reçu en audience par le chef de l’Etat burkinabè Blaise Compaoré. Et vlan ! Comme un éclair dans un ciel en saison sèche, le 26 août dernier, les Burkinabè, encore endormis, apprenaient dans la torpeur du matin sur RFI que le Burkina et la Libye sont impliqués, selon les autorités de Nouakchott, dans cette tentative de déstabilisation.

Le Burkina Faso est donc de nouveau indexé par un pays comme fauteur de troubles. Une nouvelle qui survient alors que notre pays n’a pas encore soldé ses comptes dans la crise ivoirienne et surtout à peine 48h après le séjour d’une mission onusienne chargée d’enquêter sur la crise ivoirienne. Que ce soit donc dans les salons humbles ou surchargés de canapés, l’annonce a fait l’effet d’une bombe. Le caractère supposé belliqueux du Faso avait-il refait surface ?

En tout cas, le président du Faso lors de son face-à-face avec la presse le 5 août dernier avait presque laissé entendre à demi-mots que la page de ce bellicisme était tournée pour de bon. On voudrait bien le croire, mais le fait est là que notre pays est de nouveau sous les feux de la rampe. La gravité de la situation commandait en tout cas une prompte réaction, et le ministre de la Sécurité, Djibril Bassolet, a convoqué la presse dès vendredi dans la matinée pour se fendre d’un démenti catégorique : "Notre étonnement est au comble ; lorsque, comme vous, nous avons appris sur la voix des ondes les accusations sans fondement que les autorités mauritaniennes ont proférées au cours d’une conférence de presse", a-t-il affirmé.

Mais les dénégations du ministre de la Sécurité n’auraient pas suscité de commentaire si auparavant le conférencier n’avait pas dévoilé l’autre partie de l’iceberg dans cette désormais affaire mauritano-burkinabè. On restera en effet pantois quand il évoquera les allers-retours entre Nouakchott et Ouaga de responsables de la sécurité des deux pays : en janvier 2004, le même Djibril Bassolet s’est rendu en Mauritanie ; le patron de la sûreté de ce pays, le commissaire Dadae, est également venu au Burkina Faso... Le mystère s’est épaissi lorsque le conférencier ajouta que le 20 août passé, l’envoyé du président Ould Taya a eu une séance de travail (sur instructions du président du Faso) avec le colonel Gilbert Diendéré et lui-même.

En fait de séance de travail, l’envoyé spécial exigeait surtout que le Burkina remette à son pays des putschistes fuyards qui se seraient réfugiés à Ouaga. Il s’agit des 3 officiers que sont les commandants Mohamed Ould Checkna, Saleh Ould Hanena et le capitaine Abderahamane Ould Mini, plus 7 autres personnes. Et ce n’était pas tout : le ministre de la Sécurité lâchera aussi qu’en janvier dernier, "La direction générale de la police du Burkina interpellait 3 Mauritaniens farouchement hostiles au régime mauritanien à Faramana, porteurs de pièces d’identités maliennes, lesquels interpellés ont été reconduits à la frontière et remis par le Mali à la Mauritanie".

Voulaient-ils traverser le no man’s land malien (nord Mali) pour rejoindre la Libye ? La Mauritanie y croit. Ce pays n’aurait donc pas accusé le Burkina que tous ces faits seraient restés enfouis dans le silence de la raison d’Etat, qui exige, comme l’a laissé entendre Bassolet, discrétion pour ne pas dire opacité dans la communication. Il aurait pourtant pu, pour une affaire si grave, marquer le coup par une simple information, sans entrer dans les détails, car le Burkina aurait voulu prêter le flanc qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Car c’est ce qui arrive quand on travaille dans l’opacité.

Que le Burkina accueille des réfugiés, on veut bien l’admettre. Mais encore faut-il le faire au grand jour dès qu’ils arrivent, au lieu d’attendre que "ça chauffe" pour essayer de convaincre les gens de notre bonne foi. Reste à savoir si l’opinion nationale et internationale, surtout mauritanienne prêteront foi à ce démenti burkinabè. De fâcheux précédents notamment libérien, ivoirien... ne laissent pas place au doute. Et la Mauritanie a persisté et signé dans ses accusations...
Et d’aucuns de se demander, au cas où cette accusation serait fondée, si le Burkina a agi de sa propre initiative ou s’il a été instrumentalisé par la Libye, qui ne fait pas mystère de son aversion pour le régime de Nouakchott ?

Qu’Ould Taya soit une espèce de potentat confronté à des secousses sporadiques d’ordres tribal, politique ou religieux, surtout à l’est de son pays avec les Négro-Mauritaniens, qu’il se soit fait de solides inimitiés avec l’Arabie Saoudite et surtout la Libye en renouant avec Israël peuvent expliquer ce 15e coup d’Etat manqué en 20 ans de pouvoir. Ce qui ne serait pas une excuse absolutoire pour le Burkina s’il s’avérait que Blaise, qui sort à peine du bourbier libérien et qui n’a pas encore fini de résoudre l’équation ivoirienne, s’est piqué de s’immiscer dans les affaires intérieures mauritaniennes.

Le Faso doit montrer patte blanche au risque un jour que le fouet de la communauté internationale ne tombe sur sa tête tel un couperet. Surtout qu’en l’espèce, à moins d’avoir été embobiné par ses liaisons dangereuses, rien ne saurait justifier son éventuelle aventure sur les dunes de sables mauritaniennes. Cela d’autant plus que, de tout temps, notre pays a entretenu des relations cordiales avec la Mauritanie. Faut-il d’ailleurs rappeler que dans les années 60, la Haute-Volta a joué un rôle important dans la reconnaissance et l’acceptation, par la communauté internationale, du pays de Moktar Ould Daddah, chose dont le Maroc, par exemple, ne voulait pas entendre parler ?

L’Observateur Paalga

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