Actualités :: PROCÈS : Un pyrrhonien nommé Halidou

Après le week-end pascal, le procès des présumés putschistes a repris hier mardi. Le tribunal, présidé par Sibila Franck Compaoré, a poursuivi l’audition des témoins, parmi lesquels Halidou Ouédraogo, président du Collectif.

Une semaine jour pour jour après son début, le procès des présumés putschistes devant le tribunal militaire se poursuit. Hier, une vingtaine de témoins militaires et civils se sont succédé à la barre, convoqués tantôt par le ministère public, tantôt par l’un ou l’autre des accusés.

Parmi eux, le lieutenant-colonel Atogodan Adinali, chef de corps du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) où servaient, avant de tomber en disgrâce, une bonne partie des putschistes présumés. Interrogé par les avocats de la défense, Ato, comme l’appellent ses intimes, a déclaré que ni lui, ni ses services n’avaient été à aucun moment informés qu’un coup de force se préparait. Et à la question de savoir si selon lui ces 11 militaires et les 2 civils mis en cause pouvaient tactiquement réaliser un tel projet, le colonel Atogodan a répondu que ce n’était pas une question d’effectif, mais de moyens.

Quant au commandant Zampaligré Harouna, chef de la Division information à l’état-major de l’armée de terre, questionné par le président Franck Compaoré, il a déclaré avoir appris la nouvelle du complot par... la presse. Cependant, ajoutera le témoin, peu de temps après l’annonce du présumé putsch, il a reçu du commandant Kambou Sié Rémi, alors en stage au Mali, un appel l’informant d’une causerie durant laquelle le capitaine Bayoulou avait parlé de ses projets. Selon le témoin, son interlocuteur, aujourd’hui dans le box des accusés, n’avait pas pris la chose au sérieux.

Un autre militaire, qui, lui aussi, aurait pu être sur le banc des accusés, l’adjudant Bassolet Bébou de la Division matériel, qui a passé 38 jours à la gendarmerie parce que son nom figurait sur l’agenda du capitaine Ouali, sera appelé. Pourtant, ce témoin affirme n’avoir jamais eu le moindre contact avec l’un ou l’autre des présumés conjurés. Ce qui fera dire à Me Farama que les informations contenues dans ce document doivent être considérées avec beaucoup de prudence.

C’est ensuite le sergent Toé Norbert de la Garde nationale qui s’est présenté devant le tribunal. Il a rencontré le capitaine Ouali au cours d’une séance de prière. Après la lecture d’un passage biblique (1Thimothée 2), expliquera le témoin, le capitaine Ouali s’est opposé à ce qu’une prière soit dite pour nos dirigeants. Sortant un livret de la poche de son treillis, il lut le passage qui exhorte les croyants à faire des prières « pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité afin que nous menions une vie paisible et tranquille en toute piété et honnêteté ».

Selon le sergent Toé, le capitaine lui aurait expliqué quelques jours plus tard les griefs qu’il avait contre le régime, ajoutant, après lecture de certains passages de la Bible, que Dieu inspirerait un groupe pour « punir nos autorités ». « Pouvez-vous nous dire, demandera alors Me Farama, s’il existe des passages de la Bible qui parlent de coup d’Etat ? ». Non, répondra le témoin.

"Il faut se méfier des aveux"

Un des témoins attendus à ce procès était Halidou Ouédraogo, le président du MBDHP, de l’UIDH et du Collectif contre l’impunité. A la question du parquet de savoir si les militaires participaient aux marches du Collectif, le président du "Pays réel" a répondu qu’il ne peut le savoir, car "Pour les marches, je fais appel à tous nos compatriotes". Puis il a expliqué la structuration et le fonctionnement du mouvement "Trop, c’est trop" ainsi que la manière dont les manifestations sont organisées.

Halidou, pour qui "Il faut se méfier des aveux" , a déclaré au tribunal qu’il restait "sceptique" quant à la véracité de ce présumé putsch. On ne peut pas trouver plus pyrrhonien, c’est-à-dire disciple du philosophe grec Pyrrhon dont la philosophie, le "scepticisme", se fonde sur les arguments des sophistes qui estiment qu’on ne peut rien connaître avec exactitude, et, de ce fait, refusent toute affirmation dogmatique. Et Halidou de rappeler qu’il a, lui aussi, été brimé et accusé par le passé d’intelligence avec les présidents togolais et ivoirien pour déstabiliser le Faso.

Après, ce fut le tour des sergents-chefs Patrice Kini, Issa Nébié, et du capitaine Coulibaly Céleste (de la sécurité rapprochée du président du Faso), tous cités par les accusés Zalla ainsi que Konfé, de se présenter à la barre. Kini et Coulibaly ont confirmé que les accusés étaient effectivement présents à l’enterrement du sergent-chef Pooda, un ancien du RSP.

Quant à Nébié, il a assuré que les deux mis en cause sont venus lui présenter leurs condoléances, car il venait de perdre sa mère.

Ces témoins ont été cités par Zalla et Konfé tout simplement pour attester que "Nous avons payé notre transport pour venir à Ouaga, mais c’était pour assister à l’enterrement de la mère de Pooda et non pour une quelconque réunion ou rencontre".

L’adjudant Seydou Zou de la brigade de recherches de la gendarmerie nationale n’est pas près d’oublier son audition par le tribunal. Konfé a affirmé que c’est ce dernier qui lui a expressément demandé de dessiner un croquis du Conseil, qui pourrait servir de plan d’attaque. Les accusés sont aujourd’hui étonnés que cette pièce soit versée au dossier. Si l’avocat de Konfé, Me Franceline Toé, a fait noter par le tribunal que ce croquis n’était pas préétabli, le conseil de Ouali, Me Adrien Nion, s’est lui demandé pourquoi l’adjudant Zou a éprouvé le besoin de dessiner un plan d’attaque d’autant plus qu’on savait qu’il n’en existait pas. Et Me Farama de douter de la façon dont l’enquête a été menée.

Diendéré a assisté aux interrogatoires

Sur ces entrefaits, l’accusé Norbert Tiendrébéogo est intervenu, et, par les réponses aux questions qu’il a posées au témoin, il a montré au tribunal que "Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, le colonel Gilbert Diendéré a pris part activement aux enquêtes préliminaires menées par la gendarmerie. C’est dans le coffre de son véhicule que le capitaine Bayoulou a été transporté. Ce n’est pas une voiture qui appartient à la gendarmerie".

Sy Chérif et Brice Yogo du Front des forces sociales (FFS) tous deux cités comme témoins par Norbert Tiendrébéogo soutiendront qu’il n’a jamais été question d’une marche du FFS que des militaires devraient infiltrer, ni de la perpétration d’un putsch.

Quant au colonel Badaye Fayama, ancien chef d’état-major général des armées et ex-ministre de la Défense, il n’a pas du tout donné satisfaction à l’accusé Pooda Bernardin, qui l’a cité comme témoin. Visiblement fatigué, le colonel a affirmé n’être pas au courant des menaces qui pesaient sur Pooda et ne pas se rappeler lui avoir déjà confié une mission (la vérification des comptes de l’USFA).

Par contre, le lieutenant témoin Tégawendé Yaméogo mettra du baume au cœur du commandant Pooda en affirmant que ce dernier ne lui a jamais demandé de l’argent, et que les armes qui se trouvent à l’Organisme central de l’administration et de la comptabilité des forces armées (OCAC) appartiennent bel et bien à ce service.

Et Pooda de conclure que "C’est la preuve que je n’ai pas pris de l’argent de l’OCAC ni des armes pour faire un coup d’Etat". Après, ce fut le tour de l’adjudant Aloïse Bationo de témoigner. Il a déclaré au tribunal qu’il ne voyait pas pourquoi il respecterait le commandant Pooda comme un chef militaire. C’est alors que le commandant interviendra pour préciser que "C’est lui, l’adjudant Bationo, qui soldait les militaires décédés".

L’adjudant Bationo, a-t-on appris au tribunal, de la bouche du lieutenant-colonel Moïse Minoungou, avait été radié pour des indélicatesses comptables découvertes par le commandant Bernardin Pooda. Mais en 2000, l’adjudant a été réhabilité.

A la fin de son audition, l’adjudant a insulté le commandant, et le tribunal a dû l’obliger à lui présenter des excuses. L’armée n’est plus vraiment ce qu’elle était. L’audience en cette matinée d’hier a pris fin vers 13 heures après l’audition des témoins Désiré Ouoba et le lieutenant Mamadou Zerbo. Elle a repris après 17h, et au moment où nous bouclions la présente édition, le tribunal siégeait toujours. Nous y reviendrons.

Le général n’est pas passé encore

A la reprise à 17 heures, le public, les avocats et les accusés s’attendaient à ce que d’un instant à l’autre, Franck Compaoré prononce la phase désormais consacrée, "Faites entrer le général Kouamé Lougué" ! Ce sera probablement pour aujourd’hui. Néanmoins dans cet après-midi du 13 avril, plusieurs autres témoins ont défilé devant le tribunal.

Certains n’ont pris que 2 à 3 minutes pour témoigner. Ainsi, Camara Kassoum, garagiste de son état, expliquera qu’il a bien été au Ghana pour chercher des blocs de moteur de véhicules, avec d’autres personnes. C’est à son garage qu’il a été interpellé par la gendarmerie. Le colonel Oumarou Salou dit ne rien savoir de ce présumé putsch, tandis que Souaibou Mariam, présidente de l’Association "Ne pêche pas" , se dit aussi étonnée et n’y "croit pas".

Le lieutenant-colonel Zagré Pingrenoma, lui, a plutôt évoqué ce que le capitaine Ouali aurait un jour laissé entendre :"Qu’il a eu des révélations divines qui annonçaient des événements graves que le pays allait connaître. Il m’a prédit en septembre 1985 des choses qui se sont réalisées en décembre 1985". Invité par le parquet à dire cette révélation réalisée en 1985, Zagré a affirmé qu’il ne sait pas s’il doit le dire, car c’est sensible. Le tribunal lui a dit alors qu’il pouvait ne pas le dire. Ce qu’il a fait.

Lui succédant, "une intercesseuse" du temple du pasteur Israël Paré, du nom de Marceline Kaboré, dira que Ouali lui a rendu visite un jour et l’a informée d’un voyage à Lomé. "J’ai prié pourqu’il revienne en bonne santé". Marceline Kaboré, dont le témoignage confinait à la prédication, a même avoué que pas plus tard que le samedi dernier, Dieu lui a remis un message pour le tribunal... "Lire l’encadré "Les bondieuseries du procès". Après lui, des témoins tels Guiré Servais, Zoundi Yobi, Rouamba Yacouba, Kéré Alima, Nyampa Isaïe viendront pour quelque minutes donner leur témoignage. Ensuite le commandant Maldi Diacouma viendra dire qu’il rencontrait Ouali Diapagri pour le conseiller (bien que Ouali soit son aîné de 3 ans), car il semblait être un "meneur" et se réferait trop à la Bible... Je trouve que Ouali n’est pas méchant, mais esclave de la religion". Ensuite, le témoin Sogli P. Mohamed viendra donner son témoignage devant le tribunal et en profitera pour dire sa vérité sur l’histoire du retrait de la carte professionnelle de l’OPJ par ses services : (Lire Le coup de gueule de Sogli)

Enfin, Sam Joël, un évangéliste qui a rencontré le colonel Kodjo Lougué, viendra dire qu’il n’a fait que parler de religion avec Kodjo Lougué, lequel soutiendra : "Il (Joël) m’a dit qu’il y a de graves dangers sur le Burkina, ensuite il m’a annoncé la naissance d’un bébé... Puis, il voulait connaître chez moi... Après ses dires sur les problèmes nationaux, j’ai mis fin à nos relations". Le tribunal suspendit alors l’audience, qui sera reprise ce matin à 9 heures.

H. Marie Ouédraogo
San Evariste Barro
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
K. Issa Barry

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Les bondieuseries du procès

Bergson disait que son siècle serait empreint de religiosité en parlant du XXe. Depuis le 6 avril, début du procès, Dieu est toujours présent dans le prétoire. Normal, direz-vous, avec la présence de l’accusé le pasteur Israël Paré. Oui, mais il y a plus.

Le film des témoignages montre que nombreux sont les témoins dont le discours est émaillé de bondieuseries. Tenez, le colonel Diendéré a reconnu lors de son passage que le pasteur Paré, alors qu’il était venu lui remettre une carte pour la conférence de la paix, lui a imposé les mains et a prié... Le commandant Pooda faisait des prêches au camp, a affirmé le colonel Badaye Fayama.

Ce qui, soit dit en passant, lui a valu un rappel à l’ordre. Kodjo Lougué, Zagré Pingrenoma, tous avouent qu’ils ont eu des contacts avec des hommes de Dieu, le premier avec l’évangéliste Sam Joël, le second avec Ouali, pour parler religion. Marceline Kaboré a livré au tribunal son message divin, ponctué de citations bibliques et a remis in fine le Nouveau Testament à la cour.

Dieu est vraiment présent à ce procès. Pourvu qu’il éclaire tous les acteurs afin que le droit soit dit, et la justice, rendue !


Le coup de gueule de Sogli

Pourquoi avez-vous retiré sa carte à l’OPJ qui était venu vous remettre un pli ? demanda le tribunal. Visiblement remonté contre ceux qui distillent cette affirmation, le richissime Sogli P. Mohamed fera la genèse de cette affaire : "Un jour vers 14 heures, dira-t-il, on m’a informé qu’un gendarme tentait de me voir, mais refusait de laisser sa carte aux vigiles... De guerre lasse, il le recevra. Ce dernier demandera à le "voir dans un coin du bureau" . Réponse de Sogli à l’intéressé :"Ici, tout m’appartient, je te recois où je veux... J’étais étonné de lire dans le journal l’Evénement que j’ai retiré la carte d’un gendarme... Je lui ai dit seulement de suivre les règles. On tue maintenant des gens dans leur bureau... Alors je prends mes précautions... On ne peut pas m’intimider, car j’ai la conscience tranquille".

L’Observateur

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