Actualités :: Me B. Stanislas Sankara : "Eviter les démocraties bananières"

Elu membre du Parlement panafricain au titre du groupe
parlementaire "Justice et démocratique", Me Bénéwendé
Stanislas Sankara livre les leçons qu’il tire de la session
inaugurale de cette nouvelle institution africaine, commente
quelques questions d’intérêt national et se prononce sur les
derniers développements de la crise ivoirienne.

Pays" : Que retenez-vous de votre participation à la session
inaugurale du Parlement panafricain tenu du 18 au 20 mars
dernier à Addis-Abeba en Ethiopie ?

Me Bénéwendé Sankara :
arlement panafricain tel que créé
par l’Union africaine, est un parlement qui se veut le creuset d’un
décollage véritable de la démocratie en Afrique, mais surtout le
gage d’une unité réelle des peuples africains à travers leurs
représentants. Comme le président de la commission de
l’Union africaine, Alpha Omar Konaré l’a rappelé à l’ouverture de
la session inaugurale, le Parlement panafricain est la
réalisation d’un rêve de grands Africains que sont les pères
fondateurs de l’OUA (Organisation de l’unité africaine).

Considérant la quarantaine d’Etats africains qui souscrivent aux
instruments de ce Parlement, je peux dire qu’il y a une volonté à
la base et à travers les représentants des pays, d’en faire un
véritable ciment de la démocratie en Afrique. Ceci à partir des
expériences multiformes et diversifiées des démocraties afin
que l’Afrique se retrouve dans son entièreté avec un programme,
un projet de société qui rétablisse et revalorise l’Africain dans ce
qu’il est, ce qu’il doit être. C’est à ce prix que le Millénaire sera
celui de l’Afrique.

Que peut vraiment ce Parlement, quand on sait que la
démocratie est en panne dans beaucoup de pays du Continent ?

C’est vrai que l’expérience démocratique africaine connaît de
sérieuses difficultés. Pour cela, le Parlement panafricain ne doit
pas être une roue de secours, mais un moyen pour redémarrer
la démocratie dans les pays où elle est en panne et la
consolider là où elle se porte bien. Il s’agira de créer une
solidarité africaine qui permette aux pays qui sont à la croisée
des chemins de retrouver de bons repères.

Le cadre juridique
existe pour cela et ne demande qu’à être appliqué pour la
promotion de la démocratie, la bonne gouvernance et l’Etat de
droit. Ce sont là des valeurs qui exigent des engagements
personnels du parlement panafricain. Car, c’est cela qui fera de
lui, un avocat au service de toute l’Afrique. La création du
Parlement panafricain répond à une nécessité et nous devons
travailler à lui donner beaucoup plus d’attributions pour qu’il
puisse un jour quitter son cadre consultatif pour devenir
véritablement un organe législatif aux côtés de l’Exécutif. Ainsi,
ça ne sera plus une utopie que de parler des Etats -unis
d’Afrique.

Sur quoi fondez-vous cet optimisme ?

C’est une question de volonté politique et de pragmatisme. Je
suis sankariste. Thomas Sankara avait dit que l’union africaine
n’est pas un mythe. L’Union africaine est bel et bien réalisable
par les Africains. Aussi, je pense que la mise en place d’un
Parlement panafricain constitue la seule occasion qui s’offre aux
populations à travers des députés qui ont prêté le serment de
travailler à réaliser cette unité. C’est un sacerdoce pour nous. Si
nous restons fidèles à notre sacerdoce, à notre engagement, à
notre serment, je pense qu’avec les aspirations profondes des
peuples africains, on peut créer à partir du Parlement
panafricain, un creuset véritable de l’unité africaine. Mais si nous
cédons à la politique divisionniste, à la politique égoïste et aux
ambitions personnifiées de certains dirigeants africains qui
voudraient utiliser leurs peuples pour leurs propres intérêts, ce
serait un leurre.

Voilà pourquoi il faut mettre au devant cette
volonté politique, ce dynamisme insufflé par des hommes et
des femmes qui ont pris aujourd’hui conscience des aspirations
de nos peuples.

A votre avis, qu’est-ce qu’un pays comme le Burkina peut-il
attendre de ce Parlement ?

Le Burkina Faso attendra beaucoup du Parlement panafricain
d’abord par ce que nous y donnerons. Nous avons, à travers
notre délégation de 5 députés, souscrit à l’ensemble des
documents qui régissent ce parlement. Nous avons affirmé la
panafricanité du Burkina. A partir de là, notre apport ne repose
plus sur des individualités, sur des considérations subjectives
ou partisanes.

Nous partons avec le sentiment que le Burkina
Faso est un pays africain et qui a droit à l’unité africaine. Voilà
pourquoi nous osons espérer que l’Union réalisée fera du
Burkina Faso dont les aspirations se trouveraient assouvies, à
savoir que nous avons toujours été partout où on prône l’unité
de l’Afrique. Du reste, nous avons eu, à la séance inaugurale du
Parlement panafricain de réaffirmer que notre Constitution a
même prévue d’abandonner sa souveraineté au profit d’un Etat
panafricain. Ceci pour dire que l’attachement du Burkina Faso
au panafricanisme est vivifiant, est une réalité.

Nous n’allons
pas au Parlement panafricain pour faire de la figuration, mais
pour être des acteurs, conformément à notre serment à la
réalisation de ce rêve de grands panafricanistes dont fait partie
Thomas Sankara.

Pensez-vous que la constitution actuelle de la délégation des
députés burkinabé qui siègent au Parlement panafricain
représente effectivement l’Assemblée nationale ?

Dans la constitution de la délégation burkinabé, il n’y a pas de
places pour tous les groupes parlementaires. Sinon les
grandes tendances y sont représentées.

Malgré tout, le groupe parlementaire PDP/PS s’est plaint d’une
certaine "marginalisation".

La répartition des sièges s’est faite en fonction des règles de la
majorité. C’est comme dans les commissions générales. Le
parti majoritaire au pouvoir, le CDP se taille toujours la part du
lion, ce qui explique qu’il a 3 trois députés contre 2 pour toute
l’opposition. Ce sont des règles qui existent depuis le début de
la législature et qui sont appliquées dès lors qu’il s’agit de
répartition de postes. Du reste, je ne souscris pas à cette façon
de faire. Il faudrait qu’on retrouve une autre façon de faire en
sorte que la représentation soit plus équilibrée et qu’on tienne
compte de toutes les sensibilités.

A l’ouverture de la session parlementaire en cours, votre groupe
"Justice et démocratie" s’est opposé au projet de révision du
Code électoral par le CDP. Malgré tout, il persiste et signe.
Doit-on considérer que votre combat est perdu d’avance ?

Pour qu’il y ait une unité véritable de l’Afrique, il ne faudrait pas
que les démocraties nationales soient des démocraties
bananières. Si le CDP s’entête à réviser le Code électoral
malgré la levée de boucliers de l’opposition, il en assurera la
responsabilité.

Jeudi dernier, Abidjan a connu une nouvelle escalade de
violence qui prouve que la démocratie est vraiment en panne en
Côte d’Ivoire. Quelle lecture le député burkinabé et panafricain
que vous êtes, faites de la situation de plus en plus inquiétante
de ce pays voisin du Burkina ?

Je dois avouer qu’il faut plutôt avoir une pensée très profonde
pour nos frères et soeurs qui sont aujourd’hui victimes de
l’intransigeance et de l’intolérance de ceux qui nous gouvernent.

La Côte d’Ivoire était un beau pays qui faisait la fierté non
seulement des Ivoiriens mais de tous les Africains. Voir une
telle Côte d’Ivoire en proie à la guerre et au lendemain incertain,
il faut dire que le malheur peuple ivoirien touche toute l’Afrique.
C’est pourquoi, il ne faudrait pas avoir simplement user des
mots pour parler de la Côte d’Ivoire, il faut des remèdes.

En quoi consiste selon vous ces remèdes ?

Il faut une alternance démocratique en Côte d’Ivoire et dans les
autres pays africains où des dirigeants préfèrent nourrir la
guerre au lieu de nourrir les hommes, les femmes et les
enfants qui ont faim et soif. C’est cela qui fait que l’Afrique
présente aujourd’hui un visage pitoyable.

Le cas ivoirien doit
amener à un sursaut nécessaire pour dire "plus jamais ça".
Pour ce faire, il faudrait commencer à faire de la démocratie une
réalité. La recette est très simple : évitons les fraudes
électorales, les violences inutiles, travaillons au bien-être des
populations par la promotion des valeurs d’intégrité, la justice
sociale, la paix. Ce ne sont pas des mots trop forts. Ce ne sont
pas des choses impossibles.

Propos recueillis par Félix Koffi AMETEPE
Le Pays

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