Actualités :: Insécurité au Burkina : « Si la France est un problème pour ce pays, il faut (...)

Après avoir pris part aux assises nationales du vendredi 14 octobre 2022 qui ont désigné officiellement le capitaine Ibrahim Traoré comme président de la transition, Karim Tapsoba, chef trésorier du mouvement M30 Naaba Wobgo, nous fait le point des travaux. Pour cet acteur de la société civile burkinabè, les participants ont subi la pression des manifestants postés hors de la salle. Pour la lutte contre l’insécurité au Burkina, ce défenseur du panafricanisme pense que la France a échoué. Il souhaite des accords plus approfondis avec la Russie.

Lefaso.net : Dans quelle ambiance se sont tenues les assises nationales du 14 octobre 2022 ?

Karim Tapsoba : Nous avons participé aux assises nationales au nom du M30 naba wobgo ou le panafricanisme en général. A un certain moment il y a eu une pression dehors. Ça n’a pas été facile. On a du sauter certains articles pour revenir à d’autres pour pouvoir calmer le jeu. Du côté de ces manifestants, je peux dire qu’ils sont des nôtres. Ce sont peut-être des partisans du panafricanisme et des membres de la société civile. Maintenant, pourquoi ces jeunes sont excités à ce point, il faudrait vraiment chercher à trouver la réponse.

Quelle appréciation faites-vous du choix des 300 participants à ces assises ?

Franchement ce choix pose problème. Depuis la nuit des temps, quand on dit forces vives de la nation, on choisit deux à trois personnes de la société civile, quelques agriculteurs, etc. Personnellement, je pense que ça ne couvre pas tout le domaine social au Burkina Faso. Nous même pour participer, il a fallu recourir à certaines choses. On ne devait pas participer. La société civile n’avait que deux représentants qui avaient été choisis. De notre côté, c’était une seule personne qui avait été choisie. On ne pouvait pas parler des sociétés civiles des régions.

On a eu recours à d’autres badges du MPSR pour pouvoir participer et exprimer notre point de vue sur la situation. Comme je vous l’ai dit, c’est toujours la même chose. On n’arrive pas vraiment à exprimer notre choix et notre point de vue sur ce qui est écrit, vu les pressions et les interruptions des modérateurs. Ça a toujours été comme ça. Il y a toujours quelque chose qui a déjà été défini. Même si vous êtes un radical comme moi qui veut des choses de façon révolutionnaire, vous aurez des partis politiques et autres associations qui ne sont pas représentés mais qui sont présents dans la salle et qui ont leur volonté à part. Par exemple du côté de l’ALT, il y a ceux-là qui étaient d’accord pour sa suppression ; il y a ceux qui étaient pour sa gratuité. Il y a ceux qui voulaient qu’on augmente le nombre de membres pour représenter la population en général. J’ai trouvé que c’était trop pour la situation que nous vivons actuellement.

Sur une proposition de 51 personnes, vous avez adopté finalement 71 pour l’ALT. Qu’est-ce qui a pu justifier ce choix ?

Cette augmentation ne me surprend pas. Au temps de Damiba, c’était la même chose. Il y a un nombre de postes qui avait été proposé et finalement, on s’est retrouvé à 71. Personnellement, j’étais pour sa suppression. Le nombre qui a été augmenté est dû à des organisations politiques ou de la société civile. Mais moi, j’étais pour sa suppression, parce que quand vous êtes dans une structure ou vous ne pouvez pas vous exprimer ou même quand vous voyez le train déraper vous ne pouvez pas parler, je ne suis pas pour cet organe. Mais s’il y a une occasion pour moi d’aller à l’ALT, je le ferai parce que je veux peser sur le débat.

Il faut essayer de revoir certaines choses. Et si l’ALT est vraiment faite pour proposer des lois pour un changement dans la république, il y a vraiment beaucoup de choses à changer. Je n’avais pas cru qu’on allait encore appeler à des assises, vu ce que Damiba a fait, ces mêmes assis n’ont rien produit. Il est parti de façon vulgaire. Je pensais que de façon révolutionnaire, ces militaires-là allaient s’assumer, prendre la voix du peuple et travailler. Eux-mêmes sont venus par les armes et la population les a appuyés parce qu’elle voulait un changement. Si ça continue comme ça, on ne sait pas comment les choses vont se terminer. Si aujourd’hui se régime échoue encore et si les intellectuels les orientent sur un mauvais chemin, je me demande ce que la population qui est sortie danser et crier va dire après.

Votre mouvement sort satisfait des travaux de ces assises ?

On peut dire qu’on est satisfait, mais là où la majorité s’affirme, on ne peut qu’accompagner. Sinon, il y avait beaucoup de sujets à évoquer. J’avais une question. Je voulais demander aux hommes politiques : « Vous avez laissé les gens dans la rue qui crient la France dégage, la France fait ceci. Est-ce que c’est vous, les hommes politiques, qui êtes médiocres ou c’est la France ? » Je voulais poser cette question mais malheureusement, ce n’était pas à l’ordre du jour. Mais c’est une question à laquelle les autorités de ce pays doivent répondre pour éviter que ces enfants-là ne détruisent les biens français sous prétexte que c’est la France qui est le problème du Burkina Faso. Si la France est réellement un ennemi ou nuisible à cette nation, il le faut le dire haut et fort, parce que nous sommes au Burkina Faso, nous ne sommes pas à Paris, à New York.

Et si la France aussi n’est pas un problème et que ce sont les hommes politiques qui posent un problème à ce pays, il faut le dire. Il faut vraiment retracer un schéma politique pour les générations à venir. C’est pourquoi depuis Damiba, j’ai dit que si en réalité ces gens étaient venus pour une révolution, les 200 partis politiques devraient être dissouts. Il faut liquider ces biens au profit de l’Etat et en même temps réfléchir sur un schéma politique que nous allons prendre pour nous développer. Actuellement si vous voulez des élections, ce sont des milliards qui sont dépensés. Un candidat qui ne peut même pas obtenir 10 000 voix, vous êtes obligés d’investir beaucoup d’argent sur lui. Et si on avait seulement deux partis politiques dans ce pays ? On voit des pays développés comme le Nigeria et le Ghana ont ce profil politique. Pourquoi nous devons toujours adopter celui de la France.

Chez nous au niveau des panafricanistes, on peut suivre parce qu’on a besoin de changement. Nous croyons que les jeunes qui sont venus, vont prendre le chemin révolutionnaire pour délivrer de cette situation.

De nos jours, nous assistons à deux tendances. Etes-vous pro-russe ou pro-français ?

C’est vrai, nous avons deux tendances. Je peux dire que ce sont les pro-russe qui sont visibles sur le terrain, on ne verra des drapeaux de la France dehors, même s’il y a des pro-France, peut-être qu’ils s’expriment sur les réseaux sociaux et autres.
Parlant d’un pro-russe ou autre, nous avons besoin d’un patriote. Que ce patriote travaille pour le peuple.

Parlant de partenariat, les jeunes que vous voyez manifester, certains vivent la réalité. Généralement, ce sont ceux qui ont quitté les zones à fort défi sécuritaire où à un moment donné, ils voient des militaires blancs dans certaines zones. Les autorités aussi ne cessent de nous dire que nous avons des accords avec les autorités françaises, qui nous servent à lutter contre le terrorisme.

Malheureusement, la population ne voit aucun impact dans ce partenariat. Et à chaque fois, c’est le médecin après la mort : soit ils sont venus nous aider à ramasser nos cadavres, soit ils sont venus aider à soigner les blessés. Où est cette armée française, bien équipée, quatrième au monde qu’on est en train de décrier ? Ces bandits attaquent des convois tout entiers. Pourquoi la France n’escorte pas ces convois avec ses avions ? Il y a un vrai problème. S’il se trouve que ce sont des hommes politiques qui sont médiocres dans ce pays, qu’ils nous le disent. Si la France est un problème pour ce pays, il faut expliquer à cette masse les vérités. Maintenant, nous sommes en train de voir que la France a échoué. Même si nous avons des accords avec la Russie, ce ne sont pas des accords approfondis.

Certains pensent que si vous avez un monstre devant vous, il faut aussi avoir un partenaire monstre qui va le contrecarrer. C’est pourquoi certains pensent que si nous avons la Russie à nos côtés, nous aurons des armes avec notre argent. Ça fait sept ans que nous sommes dans cette guerre. Je demande qu’est-ce que la France nous a offert visiblement comme armement pour lutter contre le terrorisme. Ou bien la fin du terrorisme n’arrange pas la France ? Soit la France est avant, soit cette France a un agenda caché et ne veut pas que ce terrorisme finisse. Il va falloir que les nouvelles autorités pensent à trouver une autre alternative à la France parce qu’on ne peut pas avoir de base dans un pays et que ce pays est permanemment attaqué.

Vous prenez un déplacé interne par exemple. Quelqu’un qui a vécu dans une zone d’insécurité et qui voient certaines choses se passer, là où un journaliste ne peut pas arriver, il ne peut pas croire à la France.

Personnellement, je ne dis pas qu’il faut vendre ce pays à la Russie mais nous devons avoir des accords forts, et si possible, arrêter les accords avec la France.

Comment avez-vous accueilli le saccage des emprises diplomatiques françaises ?

Nous n’avons pas été associés parce que ce fut un moment où personne ne contrôlait la foule. On peut dire que c’était la même chose en 2014, même s’il y avait des gens qui ont appelé la population à la rue ou les militaires sont allés dire à la télévision aidez-nous parce que la France est en train de vouloir rétablir Damiba qui est contesté. Nous ne sommes pas impliqués dans ça mais nous dirons que si la France ne change pas de stratégie au Burkina, il y en aura pire. C’est pourquoi je demande aux hommes politiques de parler clairement de la France. Si la France est un ennemi, dites ça aux populations parce que ce sont ces mêmes populations qui doivent décider de qui doit diriger le pays.

Vraiment, nous ne sommes pas associés à ces manifestations contre l’ambassade de France, même si à un moment donné, on leur avait adressé une lettre, mais on n’avait aucune intention de brûler quoi que ce soit. Je crois que le 30 septembre, il y avait une foule incontrôlée qui était dans la rue dû à l’appel des militaires à l’aide, désespérés par le régime de Damiba. Tout le monde est sorti parce qu’on en avait marre. Depuis 1960 à aujourd’hui, on a respecté les accords avec l’ONU, la France, l’Union européenne et ça n’a rien donné. Aujourd’hui, nous sommes à presque 60% du territoire que nous pouvons contrôler et à 200 kilomètres de Ouagadougou, on n’est même pas en sécurité.

Aujourd’hui, il va falloir qu’on change de façon radicale tant sur la politique intérieure et avec les partenaires à l’étranger parce que le chemin que nous avons suivi 60 ans aujourd’hui n’a pas marché. Il faut vraiment changer. C’est pourquoi nous demandons aux autorités de savoir choisir les hommes. Il faut choisir des hommes qui sont soucieux des intérêts du peuple burkinabè. Il ne faut pas choisir des gens qui ont des villas en France, des gens qui ont leurs enfants qui vivent en France ; c’est ce que nous ne voulons pas. Quelqu’un qui a peur de parler, de dire la vérité à la France, on n’a pas besoin de ce type dans le prochain gouvernement. C’est la dernière chance du Burkina Faso. Si aujourd’hui nous échouons, je crois que c’est fini. Je demande aux autorités de prendre le chemin révolutionnaire tracé par Thomas Sankara.

Interview réalisée par Cryspin Laoundiki
Vidéo et montage : Auguste Paré
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