Actualités :: Faisons mousser Chérif Moumina Sy : Ancien soldat de la liberté d’expression, (...)

Un homme, c’est connu à plusieurs vies. Il ne faut pas être un adepte de la métempsychose ou des spiritualités asiatiques pour le savoir. Les conditions physiques déterminent les pensées. C’est ce que Marx dit : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience ». Les hommes changent et ce qu’ils ont aimé hier, ils peuvent le détester aujourd’hui dès lors que leurs conditions d’existence ont changé.

Notre ministre d’État, ministre de la défense et des anciens combattants, était en tournée pour « conforter le moral des troupes » en lutte contre les groupes terroristes. Dans ces tournées VIP avec les grands moyens : hélicoptère, journalistes embarqués, et les cérémonies obligées de présentation des honneurs, notre ministre qui sait s’y faire avec la démarche martiale, l’air sérieux, le pas lent de celui qui en a vu d’autres, et à qui on ne le fait pas, passe en revue les troupes devant le drapeau national. Et, content de sa prestation, parle à ses soldats de la communication de la guerre et des vrais soldats qu’il a envoyés au front et dont il est fier du patriotisme.

C’est ainsi qu’il nous apprend une nouvelle très importante dans la lutte qu’il mène contre les terroristes : « ça fait très mal d’entendre des gens qui se moussent devant leur bière dire que les militaires ne font rien. À ceux-là, nous avons toujours dit que quiconque est prêt à s’engager, nous sommes prêts à le former et à l’envoyer ici (ndlr au front), parce que c’est trop facile de mépriser l’engagement patriotique des militaires. »

A-t-on le droit de critiquer la situation du pays face aux groupes terroristes ?

En filigrane de la déclaration du ministre de la Défense, il y a le droit d’opiner sur la mauvaise passe dans laquelle le pays est, qui est remis en cause. Il y a un double refus réel qu’on exprime notre indignation et notre révolte et celui de nous dire la vérité. Même les représentants du peuple à l’Assemblée n’ont rien appris avec le discours du premier ministre sur l’état de la Nation. Rien sur la situation réelle dans les régions les plus impactées par le terrorisme : Sahel, Est, Centre nord, Nord, Boucle du Mouhoun. Quelles parties de ces régions sont sécurisées, et ne sont plus en rouge, M. le ministre ?

Mieux, en plus de ces régions, les régions du Sud-ouest et les Cascades ont subi des attaques, et on devrait la fermer et regarder le ministre de la Défense parader tout de blanc vêtu ? Mais que signifie cette symbolique du blanc sur des champs de bataille ? Lui qui accuse les autres de manquer de patriotisme, est ce qu’il agite le drapeau blanc ?

L’option de négocier qui se dessine sous nos yeux et qui n’est pas clairement affichée est lourde de conséquences puisque l’État se cache toujours et laisse les communautés accorder ce que les terroristes réclament. M. le ministre de la Défense, avez-vous autorisé des maires et des chefs de village à négocier avec les terroristes ?

Dans les quartiers de Ouagadougou, nous vivons chaque jour avec cette guerre. Nous sommes interpellés par le regard triste d’une maman accompagnée d’un enfant à qui les portes de l’instruction sont fermées. Des femmes qui cherchent des petits boulots et des piécettes qui, rassemblées, feront un repas. Ces personnes, ce sont celles que vous appelez « personnes déplacées internes ». Pour vous ce sont des statistiques, vous ne les croiserez pas en tête à tête pour voir le désespoir dans lequel elles vivent après avoir été chassées de chez elles en perdant maris et frères. À cause d’elles et pour elles, nous sommes en droit de dire que ça ne va pas. Quand est-ce qu’elles retrouveront leur dignité perdue et regagneront leur village, leur maison, où elles vivaient sans tendre la main ?

Des groupes terroristes qui nous attaquent, lesquels avez-vous chassés du territoire national ? Pourquoi M. le ministre n’êtes-vous pas capable de nous dire qui nous attaque ? On est lassé des communiqués parlant d’hommes armés non identifiés. Pendant cinq ans on ne connaît pas notre ennemi, comment allons-nous le battre, puisque on n’ose pas le nommer, le désigner, l’identifier. Avons-nous à faire à des fantômes, est-ce des esprits qui surgissent tuent les populations et s’en vont ?

M. le ministre, vos propos montrent les déficiences de notre appareil sécuritaire, nous ne gagnerons pas cette guerre par plus de chair à canon comme vous le pensez, en envoyant au front des volontaires et tous ceux qui vous critiquent pendant que vous les visiterez par avion. Il nous faut de l’intelligence. De l’intelligence tactique et stratégique, c’est ce qu’il nous faut. Et vous ne perdez rien en écoutant ceux qui se moussent devant leur bière. Vous devrez les remercier, car ce sont leurs plaintes et critiques qui vous ont permis d’être là où vous êtes, de succéder à votre prédécesseur.

Vous aimez voir la poutre dans les yeux des autres comme quand vous reprochez à l’Afrique du Sud de ne pas aider notre pays. Nous sommes un pays indépendant et c’est à nous de gagner cette guerre qui nous est imposée. Ce ne sont pas la France, l’Afrique du Sud ou la Russie qui nous libèreront, c’est à nous de nous battre tous ensemble, de mettre nos intelligences en commun pour comprendre les problèmes auxquels nous faisons face et rechercher les solutions ensemble.

Le fondateur de Bendré a abandonné la défense de la liberté d’opinion depuis qu’il est sous les ors de la République, sinon il ne s’attaquerait pas à ceux qui « se moussent devant leur bière ». Comme il est un connaisseur des boissons mousseuses, on ne lui apprend rien en lui disant que le champagne est un vin mousseux et qu’en matière de bulles, il en possède plus que la bière. Les amateurs de champagne seraient-ils plus patriotes que les buveurs de bière (kèmè kèmè) ?

En 2015, Moumina Cherif Sy disait que si c’était à la place de la révolution que l’on choisissait le président de la transition, il aurait été préféré à Michel Kafando. Il a beaucoup changé depuis. Il semble en panne d’énergie, d’idées. Peut-être a-t-il surestimé ses capacités, on n’est pas chef de guerre parce que son papa était général. Si on perd ses capacités d’écoute, on fait le petit enfant qui croît que l’essentiel est dans le paraître et la parade. Et on essaie d’opposer les gens du peuple aux soldats qui se font tuer.

Les critiques sont adressées aux responsables, ceux qui sont à la tête du pays et de l’armée. Si on ne supporte pas la critique, le devoir de redevabilité, on évite les fonctions publiques. Parce, qu’est-ce qu’un ministre ? Il est un serviteur du peuple à qui il doit sa place et ses honneurs.

Sana Guy
Lefaso.net

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