Actualités :: Fronde policière : des sanctions après la manif ?

Ils étaient dans les rues de Ouaga, le 18 février, pour revendiquer leurs droits. Ils ont voulu remettre, dépourvus de leurs armes, une plate-forme revendicative à leurs autorités de tutelle. Mais ils ont été dispersés par d’autres agents de sécurité. Aujourd’hui, une épée de Damoclès plane sur la tête des policiers frondeurs.

L’Ecole nationale de police (ENP) a été fermée " jusqu’à nouvel ordre". Cinq policiers, interpellés la veille de la manifestation, n’ont pas encore été libérés. Une liste d’environ 40 personnes, susceptibles d’être sanctionnées, aurait été établie, selon des sources policières : 34 à la Compagnie républicaine de sécurité (CRS), 6 au commissariat central et 2 à la direction générale de la police nationale.

Déjà, à la CRS, certains ont vu "leurs outils de travail retirés" et ont "été priés d’aller chez eux et de rester à l’écoute". Des sanctions en perspective ? Hier, nous avons tenté en vain d’avoir le son de cloche des autorités chargées de la sécurité. Contactés plusieurs fois, nos interlocuteurs ont affirmé que les personnes habilitées à parler étaient en réunion.

Toutefois, de nombreux policiers affirment qu’il pourrait y avoir des "affectations arbitraires". "Il y en a eu de par le passé ; de même que des blâmes". Et puis, il y a "la redoutable arme du licenciement". Dans tous les cas, les policiers frondeurs affirment être "toujours prêts à servir la nation". "Nous voulons qu’il y ait un minimum de justice pour que nous puissions exceller dans notre travail quotidien". Ils demandent aussi la libération de leurs collègues arrêtés. Et ce n’ est pas tout : "Il faut que notre plate-forme revendicative soit transmise au président du Faso et que des mesures adéquates soient prises pour la satisfaction de nos préoccupations".

Trop de problèmes

La manifestation du 18 février devait en principe avoir lieu le lundi 21. Mais du fait des interpellations du jeudi 17, la date initiale a été chamboulée. Et les policiers entendent durcir davantage le ton "si rien n’est fait pour satisfaire" leurs revendications. "Nous luttons au nom de tous les fonctionnaires du Burkina", affirme l’un d’entre eux.

En fait, les policiers revendiquent de bonnes conditions de vie et de travail. 1000 F CFA pour l’indemnité journalière au lieu de 300 F CFA actuellement. Un policier a même fait une petite caricature pour expliquer sa galère : "On nous donne 100 F le matin, 100 F à midi et 100 F le soir. Comment on peut mener une bonne garde dans de telles conditions ? Nous essayons de faire notre travail comme il se doit. Mais il y a trop de problèmes. Souvent, nous sommes obligés d’attendre pendant plus d’un trimestre pour entrer en possession d’une partie de notre dû".

Il y a aussi l’indemnité de risque. Les policiers frondeurs ont en mémoire la mort de certains de leurs collègues (souvent en missions commandées) par attaques à main armée, à Koupèla, Banfora, Gourcy, Bobo Dioulasso... Ils égrènent même des noms : l’assistant de police Innocent Ouédraogo, le commissaire Dramane Coulibaly, l’assistant Issa Ouédraogo, le brigadier Cyprien Ouédraogo, les agents de police Francis Poda et Sansan Da.

Il est aussi impérieux, disent-ils, "que le policier dispose de moyens adéquats" pour mener à bien sa mission. "On nous dit souvent qu’on n’arrive pas à faire face à l’insécurité grandissante. Mais le vrai problème, c’est que la plupart des policiers n’ont pas de pistolet automatique, de menottes, d’aérosol, de sifflet...", confient-ils.

"Un air de revanche"

A ce chapelet de revendications, se greffent "la construction d’un internat à l’Ecole nationale de police, l’exigence
d’indemnités pour les agents qui usent de leurs propres moyens de locomotion pour traquer des délinquants ou assurer leur déferrement". Il est aussi nécessaire, selon eux, de hausser le niveau de recrutement à la base et d’initier les agents de sécurité à l’anglais et aux Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).

Deux autres revendications défraient actuellement la chronique : un statut propre à la police nationale et le droit d’être syndiqué. "Si l’Etat ne peut pas satisfaire ce dernier point, qu’il nous octroie des indemnités en conséquence", recommande un flic. De toutes les façons, les policiers estiment que l’heure est venue d’instaurer un dialogue entre les agents de terrain et les autorités chargées de la sécurité nationale. "Nous l’avons souhaité depuis longtemps mais on nous a toujours minimisés", déplorent-ils. Aujourd’hui, une question revient comme un leitmotiv : mettra-t-on en avant les vertus du dialogue ou va-t-on durcir le ton ?

La "liste noire" des personnes susceptibles d’être sanctionnées "laisse entrevoir un air de revanche". Selon les manifestants, il y aurait sur cette liste, "des gens qui n’étaient pas à la manifestation. D’autres par contre y étaient mais n’ont pas leurs noms sur le papier". Les policiers frondeurs lancent par ailleurs un avertissement aux autorités : "Nous ne voulons pas que cette affaire soit politisée". En clair, il faut crever l’abcès, sans revanche, pour l’intérêt supérieur de l’’Etat.

Par Hervé D’AFRICK
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