Actualités :: Excision : En plein Ouaga !
Des victimes

Treize personnes étaient à la gendarmerie nationale ce lundi 16 août 2004 aux environs de 12h 45, pour avoir participé, directement ou indirectement, à l’excision de 16 fillettes, transportées d’urgence à la clinique El Fateh-Suka. Nous avons rencontré l’exciseuse, Adama Barry, une récidiviste qui a déjà fait quatre fois la taule pour les mêmes faits, ainsi que « ses douze apôtres », pour ne pas dire ses 12 complices. Quant aux jeunes victimes, elles ont été examinées et soignées le même jour par le professeur Michel Akotionga.

L’intervention des hommes du lieutenant Issa Kabré et des responsables du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE) n’a pas pu arrêter à temps les lames de la vieille Adama Barry. A la gendarmerie, où nous sommes arrivé à 14h30, quelque temps après les différentes interpellations, nous avons trouvé l’exciseuse en compagnie d’un gendarme, tandis que ses complices étaient assises dans une autre salle.

Il s’agit d’Aoua Sanfo, de Fatoumata Zoungrana, de Zalissa Bougouma, de Mariam Nikiéma, de Rasmata Sawadogo, de Rasmata Nikiéma, de Fati Tapsoba, de Mariam Tiendrébéogo, de Sétou Tiendrébéogo, d’Ami Tiendrébéogo, d’Asseta Tiendrébéogo et d’une autre Mariam Tiendrébéogo. La vieille Adama Barry, qui nous a confié avoir été écrouée à quatre reprises pour les mêmes faits, à notre grand étonnement, paraissait sereine après son forfait, à Koulweghin, un quartier de Tanghin. Et lorsque nous avons voulu connaître les raisons qui l’ont poussé à commettre encore un tel acte, elle nous a rétorqué : « Je ne suis pas coupable ; c’est Aoua Sanfo et les autres qui m’ont forcé la main. Je leur ai dit que j’ai déjà fait la prison et que la pratique de l’excision est interdite.

On m’a assuré que je n’aurais pas de problèmes. Je souffre de la tension et je ne veux plus d’histoires avec quelqu’un. Aoua m’a dit le dimanche 15 août 2004 que c’était une enfant qui devait être excisée, et à ma grande surprise, je constate, le lendemain, que les enfants étaient nombreux. Sur insistance, j’ai donc excisé 12 fillettes, et pour chaque enfant, on devait me donner 500 FCFA. J’ai refusé ; j’ai seulement demandé 250 FCFA par personne. Je devais récupérer mon argent demain (NDLR : hier mardi) ».

« Je n’ai plus de matériel, ce sont les parents eux-mêmes qui achètent les lames »

Pouvez-vous nous expliquer comment vous procédez pour mutiler vos victimes ? lui avons-nous demandé. « Je n’ai plus de matériel, c’est aux parents d’acheter eux-mêmes les lames. Avec ces outils, je coupe un peu seulement en haut et je laisse le reste. J’ai appris ça de ma tante », nous répond cette récidiviste de 55 ans, en ajoutant qu’elle ignore le nom de l’organe mutilée. Mais cette exciseuse est-elle consciente qu’elle est en route encore une fois pour la prison ? A cette idée, elle hocha la tête et répéta qu’elle avait pourtant bien prévenu Aoua et les autres des risques que l’excision des petites filles pouvait entraîner.

De la brigade territoriale de la gendarmerie nationale, notre prochaine étape a été la clinique El Fateh-Suka, où les enfants ont été conduites pour être examinées. Sur place, nous avons compté, au même titre que la gendarmerie, 16 fillettes excisées, contrairement au nombre avancé auparavant par Adama Barry. Plusieurs personnes étaient au chevet des enfants, parmi lesquelles la secrétaire permanente du CNLPE, Mme Hortense Palm, Antoine Sanou de la même structure, notre consœur Hortense Zida, quelques parents ainsi que le lieutenant Issa Kabré et ses hommes. Le professeur Akotionga, lui, était en train d’examiner tour à tour les enfants. Une ordonnance fut rapidement prescrite, que le SP/CNLPE remit aux parents présents afin qu’ils aillent eux-mêmes acheter les produits.

Pendant ce temps, Antoine Sanou du SP/CNLPE nous expliqua que lorsque sa structure a été alertée à travers le numéro 50311571 (SOS Excision) vers 9 heures, les fillettes, dont l’âge est compris entre 2 et 10 ans, étaient déjà excisées. Peu de temps après, nous échangions avec la petite Aïcha Tapsoba, qui venait d’être examinée. Elève en classe de CP2 à l’école Dapoya et âgée de 7 ans, elle nous rapporta qu’elle a été conduite par un homme qu’elle ne connaissait pas à Koulweghin, où l’intervention a eu lieu. Une mère, dont le pagne était tacheté de sang, attendait aussi avec son enfant. Elle confessa que c’est sur insistance de sa mère que sa fillette a été excisée.

Des sanctions exemplaires pour les parents

Lorsque les 16 enfants furent toutes examinées, le Pr Michel Akotionga nous informa qu’aucun cas grave nécessitant une hospitalisation n’avait été décelé. « C’est le clitoris seulement qui a été sectionné, il n’y a pas d’hémorragie pouvant conduire à la mort. Cependant, il y a la douleur et des risques d’infection. C’est pourquoi j’ai prescrit du sérum et du vaccin antitétaniques », ajouta le professeur agrégé en gynéco-obstétrique. A la clinique, les supputations et les commentaires allaient bon train et on pouvait entendre des propos du genre : « Ce sont les parents les premiers coupables » ; « Il faut maintenant une sanction exemplaire pour cette vieille » ; « Ce n’est pas possible, on continue d’exciser en plein Ouagadougou ? ». Dans tous les cas, cette fois-ci, il faut sanctionner « pour l’exemple », avait laché une avocate. De coutume, ce sont les exciseuses qui paient, il va falloir que, désormais, des parents, complices, écopent également de peines d’emprisonnement pour que cela serve enfin d’exemple.

A ce propos, l’article 380 du code pénal prescrit : « Est puni d’un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d’une amende de 150 000 à 900 000 FCFA ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque porte ou tente de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital de la femme par ablation totale, par excision, par infibulation, par insensibilisation ou par tout autre moyen. Si la mort en est résultée la peine est un emprisonnement de 5 à 10 ans ». Plus loin, il est stipulé dans l’article 382 : « Est puni d’une amende de 50 000 à 100 000 FCFA, toute personne qui, ayant connaissance des faits prévus à l’article 380, n’en avertit pas les autorités compétentes ». A bon entendeur, salut !

Cyr Payim Ouédraogo
L’Observateur Paalga

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