Actualités :: Salif Ouédraogo(UNDD) : "Les gaffes de Simon nous sont profitables"

Après les événements des 12 et 13 février 2004 qui ont vu des échauffourées entre forces de l’ordre et ex-commerçants de Rood-Woko, le maire de la ville Simon Compaoré n’avait pas hésité à pointer un doigt accusateur sur les partis de l’opposition et particulièrement l’UNDD.

Evidemment celui-ci ne pouvait rester sans réagir. Et cela est venu de son secrétaire général, le député Salif Ouédraogo, qui donne une lecture des "gaffes de Simon" et bien d’autres sujets d’actualité.

Des doigts accusateurs indexent l’UNDD et son président comme non étrangers aux troubles du 13 Février. Que répondez-vous ?

• Personnellement, en tant que secrétaire général du parti et élu sur la liste du Centre, c’est en me rendant à la BIB (ex-siège près du marché central) le jeudi 12 février à 9 heures pour effectuer une opération bancaire, que j’ai constaté un attroupement au niveau du marché. A la sortie de la banque, après avoir effectué ladite opération, j’ai demandé à un vendeur de montres ce qui s’y passait. Il m’a dit que ce sont les commerçants qui se réunissent pour discuter de leurs problèmes.

J’ai alors répondu "Ah bon", puis j’ai repris mon véhicule pour me rendre à l’Assemblée nationale où j’avais une séance de travail avec mon collègue Salvador Yaméogo. Nous y sommes restés jusqu’à 12h 30. En quittant l’Assemblée vers 12h 45, un agent de l’institution nous a dit de faire attention en rentrant car "ça chauffe en ville". Nous lui avons demandé pourquoi cela ?

Et il nous a répondu que ce sont les commerçants qui sont en train de manifester et de tout casser sur certains axes de la ville. J’ai dit au député Salvador d’être très prudent car il avait un long périple à faire avant d’arriver chez lui (il habite vers Ouaga 2000) et de me téléphoner une fois arrivé à la maison. Habitant non loin de l’Assemblée, je suis rentré chez moi en famille. Je n’en suis ressorti que vers 16h 30 pour aller déposer mon fiston en grande famille à Bilbalogo.

Par la suite, je me suis rendu à Assemblée nationale où, avec le député Yaméogo Salvador, nous avons commenté les événements survenus au marché central et en ville. Le lendemain vendredi 13 février, le président du parti convoque les membres du Bureau exécutif présents à Ouagadougou pour la tenue d’une réunion dont l’unique point à l’ordre du jour était relatif aux événements survenus la veille au marché et en ville.

A l’issue de cette réunion, il a été décidé de publier une déclaration dans laquelle le parti : 1) Condamnait la méthode brutale de résolution des problèmes socio-économiques utilisée par les autorités ; 2) Appelait au règlement des questions de fond qui justifiaient la colère des commerçants. Cette déclaration ainsi rédigée le vendredi dans l’après-midi a été immédiatement transmise aux organes de presse. C’est la diffusion de cette déclaration par les radios FM le jour même et sa publication dans la presse écrite le lundi 16 qui ont déchaîné la réaction que vous savez du CDP et des autorités communales vis-à-vis de la direction de l’UNDD et principalement de son président.

Des accusations infondées ont été proférées contre le parti sans la moindre preuve. Nous attendons toujours avec sérénité les preuves concrètes de ces allégations. Moi-même, en tant qu’élu de la région du Centre, on a dit que j’ai contacté des commerçants et que j’ai eu avec eux une série de rencontres. Je défie quiconque d’apporter la moindre preuve de ces contacts et aucun responsable d’association de commerçants ne peut dire qu’il a eu des concertations avec moi.

Dans un Etat de droit, lorsqu’on accuse, on produit les preuves ou des faits irréfutables, sinon, ce sont des accusations gratuites, infondées et dangereuses car pouvant susciter des réactions incontrôlées, imprévisibles, aux conséquences incalculables. Mais pour nous défendre, nous avons l’opinion, le bon sens, le droit, la force de la vérité. D’ailleurs, je ne pense même pas qu’il soit besoin pour nous de nous appesantir dans des défenses puisque les accusations n’en finissent pas de choquer par leur ridicule. Ce dont il s’agit en réalité, tout le monde l’aura remarqué, c’est une volonté de diabolisation du parti et de son Président pour les raisons que l’on sait.

C’est aussi de décourager tous ceux qui sont derrière Me Yaméogo ou qui sont tentés de le rejoindre ; c’est plus généralement de l’antagoniser avec les autres leaders de l’opposition pour saper les bases de la dynamique des retrouvailles de l’opposition. Nous savons que cela va continuer, peut mener loin car l’ambiance qui prévaut en ce moment n’est pas loin de celle qui prévalait avant Sapouy, et c’est pourquoi, nous n’avons de cesse de prévenir nos militants, nos responsables, et de les appeler à se préparer à un minimum de sacrifice car si l’alternance est inscrite dans l’ordre des choses, elle ne sera pas donnée.

Votre président serait depuis quelque temps l’objet d’une surveillance pour ne pas dire d’une assignation à domicile. Pouvez-vous nous dire depuis quand cela date et ce que vous en pensez ?

• Selon le président du parti, Me Hermann Yaméogo, les choses ont commencé un peu avant les événements du marché et se sont précisées le 13 février dernier avec un dispositif de surveillance visible aux abords de son domicile. Nous avons signalé cela à la presse et un jour même, le président est allé vers 2 heures du matin dire aux éléments commis à cette surveillance d’informer leurs supérieurs qu’ils ne devraient s’en prendre qu’à eux-mêmes car c’est eux qui ont laissé en plan les commerçants après l’incendie du marché, qui n’ont pas su prendre les dispositions pour que la réunion du 12 n’ait pas lieu et qui ont donné l’ordre de tirer sur les commerçants ; enfin, il leur a dit d’aller dire à leurs chefs que si on lui en voulait à lui, qu’on vienne le chercher au lieu d’arrêter des innocents.

D’aucuns reprochent à l’UNDD et à son président des sorties dans la presse aussitôt que survient un événement. Ne pensez-vous pas que vous en faites effectivement trop ?

• Je n’ai jamais entendu soutenir, comme certains le font ici (et pour cause) que dans un véritable régime de démocratie, le fait pour un parti politique d’opposition de critiquer régulièrement et promptement l’action d’un gouvernement, surtout lorsque cette action est anti-sociale et antidémocratique, soit excessif, inopportun. C’est le contraire qui devrait attirer les blâmes.

Je pense que nous devrions être plutôt encouragés, félicités surtout que certains médias ont souvent reproché à l’opposition son manque de pugnacité et ses faiblesses de propositions. Plus Ies responsables du CDP tentent de brandir notre déclaration suite aux événements du marché comme la pièce à conviction de l’acte d’accusation dans cette affaire, plus ils se discrédibisent et plus ils grandissent l’UNDD car, comme je vous le disais, le rôle d’une opposition, c’est de pister la majorité, d’analyser et de réagir le plus rapidement possible aux décisions qu’elle prend.

Plus la réaction sera rapide et pertinente, et plus elle témoignera de la vitalité du parti et c’est ce que, prenant notre rue au sérieux, nous nous efforçons de faire depuis. Rappelez-vous, après les élections de 2002, on a dit que la majorité doit gouverner et l’opposition doit s’opposer ; pourquoi alors vouloir fermer la bouche à l’opposition ?

Mais ce n’est pas nouveau, on se rappelle qu’en 1998, au lendemain de Sapouy, la prompte réaction de Me Yaméogo au quadruple assassinat lui avait valu d’être accusé d’assassin, pas moins que cela, parce qu’il avait fait confectionner des tee-shirts à l’effigie de son parent Norbert frappés de la formule devenue historique "Trop c’est Trop". Vous ne pensez pas qu’aujourd’hui il croupirait en prison si c’était lui l’assassin ?

Alors, je demande à ces hommes du pouvoir, tous complices de la situation, un peu de retenue, et je leur demande de faire ce que le peuple veut qu’il fasse : trouver les auteurs, complices et donneurs d’ordres des principaux crimes de sang, Ies juger, principalement ceux de Norbert et de ses compagnons !

Revenons à notre affaire du marché. Aujourd’hui, vous n’êtes donc pas du tout d’accord avec les propos de Simon Compaoré ?

• Vous savez, à l’UNDD, nous nous accommodons fort bien de Simon Compaoré dont les gaffes profitent à l’opposition. Qu’il continue donc à nous accabler de tous les péchés d’Israël, à présenter les homme du pourvoir dont lui-même comme des parangons de vertu ; l’opinion saura faire la part des choses. Les anti-démocrates, les anti-républicains qui s’enrichissent de la politique, qui n’y a pas longtemps roulaient leurs bosses à Ouagadougou et qui aujourd’hui carrosse, mènent la vie de château, le peuple les connaît. Mais au fond, cette politique de diabolisation systématique de l’UNDD et de son président a au moins l’avantage d’identifier aux yeux de l’opinion nationale et internationale ceux qu’on considère comme les empêcheurs de tourner et qu’on voudrait neutraliser, mater avant les échéances de 2005,

Pour avoir réagi sur le vif à la déclaration du chef de l’Etat dans le Parisien avant son départ pour Kléber, le président du parti a été traité d’apatride et accusé d’être le complice de Laurent Gbagbo dans les exactions contre les Burkinabè...

• Ce n’est pas étonnant, on le voit bien. Aujourd’hui, non content de le dépeindre comme le diable, comme le guérillero urbain, on l’assimile à un voyant qui devance les événements et on affirme sans aucune preuve qu’il est à la base des casses du 13 février. On oublie que cette déclaration est parue dans les journaux en même temps que celles du CDP, du parti de Ram, du Mouvement de la Paix, même si les Radios FM en ont fait état plus tôt. Mais nulle réponse sur ce type d’accusations (d’apatride en particulier) ne vaudra celle donnée par Nama Germain dans l’ Evénement n°38 du 25 février dernier auquel je vous y renvoie.

Changeons un peu de sujet, si vous voulez bien. Votre parti dénonce souvent la non-implication du gouvernement dans la mise en œuvre de l’Accord de Marcoussis. Qu’entendez-vous par là ?

• Nous stigmatisons effectivement cette "bouderie" du gouvernement par rapport à la mise en œuvre des Accords. Certaines des dispositions de cet Accord, lesquelles vous vous en souvenez nous avons beaucoup travaillé, intéressent les pays de la sous-région ; ces dispositions concernent notamment l’appui aux politiques de gestion des flux migratoires, l’émergence de pôles de développement, le désarmement, la démobilisation, la réinsertion (DDR)...

Nous pensons qu’en raison de la régionalisation de phénomènes négatifs tels que les trafics d’armes, de mercenaires, de stupéfiants, d’or, de bois, de café, de coton.., des multiples ingérences régionales dans le conflit armé ivoirien, il ne saurait y avoir de DDR véritable qui n’implique les Etats de la sous-région particulièrement le Liberia, le Burkina Faso, le Mali.

Nous sommes heureux que ce point, que nous nous efforçons depuis de les partager par l’opinion mais aussi par chancelleries auxquelles nous rendons visite depuis plus d’un mois, ait été pris en considération par la dernière résolution du Conseil de sécurité sur l’envoi de troupes en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, nous affirmons qu’il ne saurait y avoir de pacification réelle et durable de la Côte d’Ivoire et de la sous-région sans l’aménagement de l’espace territorial sous-régional, en vue de promouvoir un développement solidaire qui favorise, par le développement prioritaire, des régions et des Etats en léthargie ou en crise, en empruntant notamment à l’idée européenne des fonds structurels.

Il se trouve justement que l’Accord de Marcoussis a envisagé cette question à travers l’idée des pôles de développement. Nous ne comprenons donc pas que le régime qui se vante de tenir prochainement sur l’emploi, ne s’implique pas sincèrement et de façon concrète dans le processus de mise en oeuvre de cet Accord particulièrement dans son volet économique, qui justement sera source d’emplois. Même s’il a des choses à se reprocher, ce ne sont pas ses états d’âme qui importent, c’est l’avenir du Burkina Faso a sous-région qui devrait prévaloir.

Que pensez-vous de l’idée de la force africaine d’intervention qui a figuré au menudu dernier Sommet de Syrte ?

• Engagé de longue date dans le combat de l’unité africaine, nous avons toujours prôné une défense commune mais il ne saurait y avoir d’intégration digne de ce nom (et encore moins de défense commune) sans la volonté politique qui permette les indispensables transferts de compétences afin de gérer les intérêts contraires. Il ne saurait y avoir de force africaine d’intervention crédible sans avancées significatives de la démocratie dans nos Etats, sans le respect strict des droits de l’homme et des textes fondamentaux élaborés de manière consensuelle (tels les Constitutions).

Il ne faudrait pas mettre la charrue avant les boeufs ; en constituant sans ce préalable des brigades, une armée africaine, soit on débouchera sur l’anarchie, soit sur des structures à la solde de quelques chefs d’Etat influents.

Après la démocratie consensuelle, voilà la co-gouvernance responsabilisée. Qu’est-ce que c’est que cette nouvelle trouvaille ?

• La co-gouvernance responsabilisée, dans la mesure où elle pose le problème de partage du pouvoir et des richesses, de la participation qui intègre nécessairement le consensus, il n’y a pas de rupture dans notre vision de la gouvernance mais une continuité. C’est un concept que le président Hermann a lancé, que nous partageons avec lui, mais sur lequel les cadres du parti reviendront pour en préciser certains aspects insuffisamment abordés comme la trançabilité de l’aide, le contrôle sur les partenaires extérieurs, qui ont leur part de responsabilité dans les échecs des politiques publiques en Afrique, en recourant par exemple à la mise en œuvre d’un Observatoire de l’aide.

Vous avez à chaque fois dénoncé le fait que les Burkinabè de l’étranger ne peuvent pas voter. Quel est votre entendement sur le sujet ?

• Depuis les années 90, nous avons demandé que les Burkinabè de l’extérieur aient les mêmes droits que ceux de l’intérieur notamment en matière politique. La Constitution ne faisant heureusement aucune part à la catégorisation des Burkinabè selon qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Depuis, d’autres pays ont atteint cet objectif. Nous pensons, à l’UNDD, que compte tenu du nombre de Burkinabè qui sont à l’étranger (on va parfois même jusqu’à dire qu’ils sont plus nombreux qu’à l’intérieur !), la légitimité de nos institutions et du pouvoir, d’une manière générale, a besoin du suffrage de ceux qui sont à l’extérieur surtout qu’ils participent grandement au développement du pays.

Pensez-vous que le fait d’ouvrir les urnes aux Burkinabè de l’étranger aura un impact sur les résultats des consultations ?

• Tout à fait. Et c’est, pensons-nous, la raison pour laquelle le pouvoir fait tout pour ne pas permettre qu’ils puissent voter. Ce qu’il peut faire pour intimider, acheter les électeurs au pays pour casser des partis politiques, pour manipuler les résultats, il ne le peut pas à l’étranger ou en tout cas dans une très faible mesure. Nous entendons, en tout cas pour ce qui nous concerne, nous mobiliser davantage. Nous avons demandé le concours des partenaires pour cela et nous nous apprêtons à nous rendre dans des pays à forte émigration burkinabè pour recueillir le sentiment de nos ressortissants et dans des pays qui ont réussi à faire voter leurs ressortissants de l’étranger, pour nous enrichir de leur expérience.

Pour ce qui concerne nos ressortissants en Côte-d’Ivoire en particulier, nous n’avons de cesse de dire qu’il faut profiter de l’implication des Nations Unies dans le processus électoral ivoirien pour que du recensement qui sera fait, on connaisse les électeurs burkinabè potentiels dans ce pays. On ferait ainsi d’une pierre deux coups.

Entretien réalisé par O. Sidpawalerndé
Observateur Paalga

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