Actualités :: Fatin Tiébo (FFS) : "Quand on a échoué, on démissionne !"

La classe politique nationale va aborder cette année l’élection présidentielle. Déjà sur le terrain, les partis politiques développent des stratégies pour la victoire finale. Dans l’entretien qui suit, Fatin Tiébo, coordonnateur régional du Front des forces sociales (FFS) de la boucle du Mouhoun jette un regard critique sur l’actualité socio-politique de notre pays.

"Le Pays" : Depuis votre dernier congrès et après l’épisode du putsch, comment se porte le FFS dans la boucle du Mouhoun ?

Fatin Tiébo : Au sortir de notre dernier congrès, nous nous sommes attelés à mettre en place les structures du parti conformément aux recommandations de cette instance. C’est dire qu’aujourd’hui, le parti fonctionne sur la base de ces nouvelles structures que sont : la Coordination régionale, les sections fédérales et les sections départementales. Le FFS se porte bien dans la région. Pour revenir à la question du putsch, il faut dire que cet épisode de la vie de notre parti nous a apporté beaucoup d’enseignements. L’accusation portée contre notre président nous a beaucoup peinés parce que nous savions qu’il était incapable de poser un tel acte. Nous n’avons jamais douté de son innocence. On ne comprenait pas pourquoi le pouvoir s’acharnait avec une telle virulence sur Norbert Tiendrébéogo.

Mais enfin ! Cette affaire a raffermi l’esprit de militantisme et de combativité de nos militants. Les camarades ont compris que notre parti est dans la ligne de mire du pouvoir du fait de ses choix politiques, mais également du fait de l’intégrité de notre président qui refuse de se laisser acheter. Bref dans la boucle du Mouhoun, notre parti se porte bien. Il ne s’est pas laissé divertir par les sombres machinations orchestrées par nos adversaires. Le FFS, dans notre région, s’est engagé fermement pour le combat de l’alternance, seul gage d’avenir pour notre région. Nous sommes un parti d’avenir.

Quelle est votre analyse de la situation nationale sur les plans politique et social ?

Notre pays est marqué par une grave crise politique et sociale qui perdure depuis le drame de Sapouy. Vous savez que dès le lendemain du drame, les uns et les autres ont été révoltés. Les gens se sont donc organisés à travers le Collectif, pour dire non à l’arbitraire et à l’injustice et pour exiger la lumière sur l’assassinat de Norbert Zongo. Mais nous constatons aujourd’hui qu’après 7 ans de lutte, le pouvoir refuse d’entendre raison. Les pratiques qui avaient cours avant le 13 décembre 1998 et que Norbert Zongo dénonçait semblent revenir : la corruption, la malgouvernance, etc. Les institutions sont accaparées par le seul parti, qui refuse de faire des concessions sur le plan politique.

Ce pouvoir s’apprête à investir Blaise Compaoré comme son candidat pour la présidentielle de cette année, alors qu’après plus de 17 ans de pouvoir, il n’a plus rien à proposer. Cette candidature se fera en contradiction avec la Constitution qui limite le nombre de mandats à ne pas dépasser à deux, soit dix (10) ans au pouvoir. Pourtant, il a déjà fait 17 ans au pouvoir. S’il est démocrate et républicain, il doit se retenir. Cette année 2005 est aussi marquée par la mise en place des régions, avec la prise de fonction des gouverneurs. Nous attendons de voir avant de juger.

Sur le plan social, le pays baigne dans la paupérisation généralisée. Le pouvoir d’achat des travailleurs a considérablement baissé. Il y a une flambée des prix des produits de première nécessité. Toutes choses qui ont amené les travailleurs à organiser la marche du 18 janvier 2005 et la grève du 04 février dernier. On peut noter également que le gouvernement n’a pas tiré leçon de tous ces mécontentements, en fermant l’Institut des Sciences et en renvoyant 500 élèves policiers de l’ENP (Ecole nationale de Police, ndlr). Ces mesures nous paraissent disproportionnées par rapport aux actes posés par les élèves. Quand on a échoué, on démissionne, on ne s’acharne pas sur les pauvres citoyens.

Bientôt les échéances électorales : quel est votre commentaire ?

Effectivement 2005 est une année hautement électorale. Il devrait y avoir les municipales d’abord et la présidentielle ensuite. Mais le fait d’organiser la présidentielle avant les municipales ne nous paraît pas justifié. C’est encore une tactique du pouvoir, comme il sait le faire. Il faut dire également qu’on observe un certain attentisme chez les partis politiques. C’est vrai qu’il y a quelques leaders de l’opposition qui se sont fait investir par leur parti. Il y a également quelques groupuscules çà et là, qui suscitent la candidature de Blaise Compaoré.

Mais également, il n’y a pas encore une stratégie clairement affichée dans les différents états majors politiques. Dans tous les cas, nous souhaitons que ces élections se déroulent dans la transparence et l’équité, afin que le peuple puisse se décider en toute souveraineté. Cela nous préservera des lendemains incertains. Nous souhaitons également que les citoyens s’inscrivent massivement sur les listes électorales, le moment venu.

Votre parti va-t-il présenter un candidat à la présidentielle ?

Il faut dire que le comité directeur de notre parti, qui est également la conférence des cadres, s’est réuni le 11 décembre 2004. A l’issue de cette réunion, il a été décidé que nous présentions un candidat, en l’occurrence notre président à ces élections. Comme nous sommes membres de Alternance 2005 (aux dernières nouvelles, le FFS aurait suspendu sa participation à Alternance 2005, ndlr), nous allons au moment opportun, soumettre notre candidature à la sanction de cette coalition. Et on verra. Mais d’ores et déjà, nous pensons que notre candidat peut passer pour plusieurs raisons.

La première est que le FFS est présent dans 43 provinces sur les 45 que compte notre pays. Deuxièmement, il fonctionne sur des bases démocratiques. Et nous sommes parmi les rares partis à réunir régulièrement nos instances. Outre cela, il y a la personnalité de Norbert Tiendrébéogo. Ce n’est pas pour rien qu’on l’a embastillé injustement. C’est un homme qui fait preuve de constance dans son action politique. Il n’a jamais trahi l’idéal sankariste pour quelque raison que ce soit. Au contraire, il a des problèmes avec ce régime à cause de son intégrité. Il faut le dire : Norbert est un homme intègre, un patriote convaincu. C’est également un républicain. Souvenez-vous que dans l’affaire du putsch, c’est lui-même qui s’est rendu à la Gendarmerie suite à sa convocation. Il n’a pas été cueilli quelque part. Il n’a jamais cherché à se soustraire à la justice de son pays, même si elle est décriée.

Il est souhaitable que tout le monde fasse comme lui, surtout ceux du pouvoir. Qu’ils se livrent à la justice pour se faire blanchir s’il y a lieu ! Norbert incarne enfin, l’aspiration et l’espoir de la jeunesse burkinabè. C’est pourquoi, nous nous battrons pour qu’il se présente à cette présidentielle.

Propos recueillis par Serge COULIBALY
Le Pays

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