Actualités :: Tentative de putsch : il faut crever l’abcès

Voilà bientôt deux mois que la tentative de coup d’Etat déjouée a
été officiellement annoncée. Le 7 octobre dernier et les jours
suivants, le Procureur général a tenu en haleine les Burkinabè,
les informant régulièrement du déroulement de l’enquête
préliminaire. Puis l’instruction judiciaire prit le relais, avec ce
qu’elle comporte comme secret, rigueur et sérénité.

La plupart
des observateurs ont, du reste, salué le professionnalisme du
juge en charge du dossier. C’est une seconde marque de
confiance, après que tous les acteurs de la vie nationale se sont
soumis à la légalité républicaine, en acceptant que la justice
traite de l’affaire.

Mais ce consensus pour un règlement judiciaire de la tentative
présumée de putsch autorise-t-il une lenteur excessive de la
procédure ? Certes, en matière de jugement, la notion de temps
est relative. Chacun apprécie le déroulement d’une procédure
en fonction de ses intérêts. Mais pour les plus sages, la justice
doit se hâter lentement. Qu’est-ce à dire ?

Dans le cas qui nous
intéresse, le problème n’est pas tant la lenteur de la procédure
elle-même que les dégâts collatéraux qu’elle peut provoquer. Il
n’est un secret pour personne que le climat actuel, fait surtout de
suspicion, voire d’opprobe, est malsain. Les présumés
putschistes, dont certains nient les accusations dont ils sont
l’objet, attendent sans doute impatiemment leur procès. Ils
veulent prouver leur innocence et restaurer leur honneur terni.

Norbert Tiendrébéogo par exemple, en ce qu’il est chef d’un parti
politique légalement constitué, a un devoir d’explication vis-à-vis
du peuple. A-t-il oui ou non trempé dans une tentative de prise
du pouvoir par la force ? Réponse très attendue, quand on sait
que l’argumentaire de la classe politique s’est concentré sur les
conditions de l’alternance dans un Etat de droit.

A travers le président du FFS, toute l’opposition burkinabè se
trouve accusée de velléités putschistes, si l’on s’en tient aux
échanges souvent peu amènes entre majorité et opposition. La
crise de confiance perpétuelle entre ces deux camps politiques
s’est accrue d’un cran depuis l’arrestation de Norbert
Tiendrébéogo. Alors que le CDP accuse certains opposants de
vouloir emprunter des raccourcis pour accéder au pouvoir,
l’opposition, elle, crie à une tentative d’intimidation, notamment
en prélude à l’élection présidentielle de 2005. Et pendant ce
temps, certaines réformes politiques et institutionnelles
souhaitées par l’opposition attendent toujours dans les tiroirs.

L’UNDD ne réclame-t-elle pas avec insistance l’informatisation
du fichier électoral, la publication des listes électorales sur
Internet et leur affichage dans les bureaux de vote au moins un
mois avant les scrutins, la mise en place de cartes d’identité
infalsifiables, etc ? On peut ajouter à cette liste la question des
candidatures indépendantes. Ce champ démocratique, on le
voit, est toujours en friche. Mais on n’en parle pas. Comme
toujours au Burkina, c’est à la veille des élections que l’agitation
commence.

De toute façon, le climat actuel ne se prête pas à une réflexion
sereine sur des questions aussi importantes. Raison de plus
pour évacuer, dans des délais raisonnables, cette affaire de
putsch déjoué. D’autant que le malaise touche aussi les rangs
du pouvoir et de l’armée. Un véritable climat de délation s’est
installé au "Pays des hommes intègres" et des noms sont jetés,
de temps à autre, en pâture. C’est un jeu dangereux qui peut
porter atteinte à la paix sociale. Outre le fait que les personnes
mises à l’indexe se trouvent dans une situation inconfortable, on
peut craindre des dérives de toutes sortes. Sans compter
qu’aucun investisseur ne viendra mettre son argent dans un
pays où planent de tels doutes.

Mais un fait porte à l’optimisme : l’acceptation, par tous, de la
voie judiciaire. L’opposition, qui aurait pu s’indigner et rejeter
toute forme de mise en cause d’un de ses membres, s’est
toutefois pliée à la loi. C’est un pas en avant, qui prouve, s’il en
était besoin, qu’elle respecte la légalité républicaine.

Le Pays

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