Actualités :: Décentralisation au Burkina : " Deux pas en avant, un pas en arrière"

L’ancien président de la Commission nationale de la décentralisation (CND), Raogo Antoine Sawadogo, est un fin connaisseur des processus de décentralisation, tant au Burkina que dans le monde.

A la tête de l’Association Construisons ensemble /Laboratoire de recherche sur les citoyennetés en transformation (ACE/RECIT), il continue de mettre son expérience au service , entre autres de la gouvernance locale, à l’instar du colloque que son institution organise du 9 au 10 février, en partenariat avec d’autres structures.

"Le Pays" : Quel regard jetez-vous sur la décentralisation telle qu’elle se mène au Burkina ?

Raogo Antoine Sawadogo : Généralement, je refuse de répondre aux questions concernant la décentralisation au Burkina. Mais comme j’ai le dos au mur, j’accepte. Il faut savoir qu’après avoir quitté la CND, je suis allé voir en Afrique et dans le monde les expériences de décentralisation que j’ai consignées dans un livre intitulé "Etats africains face à la décentralisation". Je prépare un autre ouvrage sur la citoyenneté et le bien public. Ceci dit, je retiens qu’il y a à peu près trois grandes dynamiques en matière de décentralisation en Afrique de l’Ouest francophone. Il y a une première dynamique que je schématise comme étant de "deux pas en avant et un pas en arrière". Elle concerne les pays qui avancent lentement mais sûrement. La deuxième catégorie de pays fait deux pas en avant, deux pas en arrière. Ces pays font du surplace. Troisième type de pays : ceux qui avancent d’un pas et reculent de deux pas. Mais tout dépend des domaines : libre administration des collectivités, transfert des compétences et des ressources.
Le Burkina appartient à la première catégorie, c’est-à-dire qu’il avance de deux pas et recule d’un pas. Il se retrouve aussi dans la troisième catégorie quant à certaines conditions d’application de la décentralisation. Je retiens, que malgré tout , la décentralisation burkinabè fait son petit bonhomme de chemin.

Quel objectif visez-vous à travers un colloque sur la gestion communale et la citoyenneté en Afrique ?

L’ambition principale de ACE/RECIT, en organisant ce colloque, est de contribuer à capitaliser toutes les connaissances en matière de gouvernance locale que le monde universitaire, en collaboration avec les édiles municipaux, les gestionnaires des cités, ont produit, pour que le Burkina commence à être le foyer incandescent de la gouvernance locale. Je ne réduis pas ces connaissances uniquement à la décentralisation. Je parle de gouvernance locale en général car l’expérience burkinabè, d’organisation et d’administration du territoire qui distribue les compétences et les ressources entre les niveaux national et local appelée décentralisation, n’est certainement pas la même approche qu’en Amérique Latine ou en Asie. Or les gestionnaires de cité de divers horizons sont invités à Ouagadougou. Nous voulons capitaliser toutes ces expériences de gestion des affaires locales. Voilà les objectifs non affichés du colloque à la sauce de ACE/REDIT.

Jeter un pont entre chercheurs et acteurs politiques, n’est-ce pas un pari fou ?

C’est vrai, les chercheurs ont des difficultés de dialogue avec les acteurs politiques. Pas que les uns ne font pas confiance aux autres mais parce qu’ils ont différents pôles de légitimation. Le chercheur n’a pas besoin de l’électorat ou de la population pour se légitimer. Dès que les résultats de ses travaux sont reconnus par ses pairs ou par la communauté universitaire, le chercheur n’ a de compte à rendre à personne. Alors que l’acteur politique se nourrit d’abord des idées , puis des visions, ensuite des projets de société et enfin de la sanction de l’électorat. L’homme politique a besoin de nourrir ses réflexions de connaissances, d’arguments documentés pour pouvoir agir dans le bon sens. Il s’agit donc , pour nous, de faire en sorte que les uns et les autres dialoguent afin que l’acteur politique soit plus efficace et que le chercheur soit impliqué. En nous donnant la main, nous pouvons obtenir ce qu’on appelle un forum de résonance.

Comment comptez-vous mettre en pratique cette synergie d’actions ?

Nous ne partons pas du néant. Ce dialogue a déjà commencé sur le terrain. Par exemple à Boromo, nous avons installé un laboratoire de recherche axé sur des thématiques qui permettent aux chercheurs de dialoguer avec les communautés de base, les édiles municipaux. Mieux, nous avons publié des ouvrages chez Khartala où on capitalise des recherches faites sur Ziniaré depuis plus de cinq ans. Nous avons commencé ce type de dialogue au niveau de Ouahigouya. L’expérience va s’étendre à la sous-région (Niger, Bénin, Mali) où nous avons un programme d’établissement de dialogue entre la recherche et l’action politique dans les trois années à venir.

Propos recueillis par Mahorou KANAZOE
Le Pays

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