Actualités :: Affaire Norbert Zongo : François Compaoré, le bouc-émissaire

Plus de six ans après le drame de Sapouy, l’énigme sur ce quadruple meurtre demeure.

Les "suspects sérieux" de la Commission d’enquête indépendante (CEI) et l’inculpation de l’adjudant Marcel Kafando dans le cadre de l’instruction de ce dossier continuent néanmoins d’alimenter les spéculations les plus invraisemblables.

Pour les adversaires du pouvoir en place, cet énigme est à la fois une caisse d’épargne et une auberge espagnole. Ils y puisent à satiété ce qu’ils ont eux-mêmes apporté : les scénarii calomnieux les plus illogiques. Objectifs, indigner l’opinion publique nationale et internationale, nier les progrès démocratiques du Burkina.

Le président du Faso, Blaise Compaoré, insidieusement attaqué à travers son frère.

La démocratie burkinabé doit encore surmonter deux écueils. Le premier c’est la propension de la société civile notamment les mouvements des droits de l’Homme à jouer le rôle des partis politiques d’opposition.

On sait pourquoi. Le débat politique que devraient mener à visage découvert certains de leurs promoteurs à travers des partis reconnus, n’irait pas plus loin que les théories surannées ressassées dans les mouvements étudiants, tendance gauchiste. Ils ont alors l’intelligence stratégique et le flair pour trouver des financements en vue de créer des ONG donneuses de leçons de gouvernance démocratique.

De quoi plaire à une certaine "communauté internationale" prompte à voir des démocraties bananières partout en Afrique. Le deuxième écueil sur lequel bute la démocratie burkinabé est la presse à sensation. Faisant de l’à peu près dans le journalisme d’investigation et du trop dans le journalisme d’opinion, certains titres (deux ou trois) sont convaincus de faire œuvre de salut public quand ils roulent à fond la caisse de la presse-poubelle.

M. François Compaoré, bouc-émissaire des "nouvelles révélations".

On ne fera pas de leçons de journalisme à certains confrères qui portent en bandoulière leurs parchemins acquis dans les grandes écoles respectables. Mais hélas, l’habit ne fait pas toujours le moine et le diplôme ne vaut son pesant de formation que par la personnalité du récipiendaire.

Voilà donc la presse burkinabè peuplée de Sherloch Holmes qui ne sont en réalité que des collecteurs de rumeurs. Des “fins limiers”, limités à vendre des titres pantouflards et, comme l’âne de la fable qui portait des reliques, ils sont convaincus que l’opinion publique s’incline devant leur héroïsme. Oui, aujourd’hui l’Indépendant est une relique que porte maladroitement des ouvriers de la 25e heure, ceux ou celui qui se faisait payer grassement par un titre autrement plus nantis et plus accommodant avec le système quand Norbert Zongo trimait seul dans un désert de personnel, de matériel et de finance.

Quand on quitte le Figaro pour servir l’Humanité, on s’essaye dans la rubrique des chiens écrasés. Quand on en arrive à faire des éditoriaux et des enquêtes d’opinion sur meurtre de journaliste c’est qu’on a perdu avec son travail jusqu’à sa substance d’où le risque d’avoir une plume revancharde et le destin de la feuille morte, agitée aux gré des vents.

Mais venons-en à l’affaire, feuilleton interminable depuis six ans, visiblement la seule raison d’exister de certains confrères. Pourquoi ces "nouvelles révélations" sur le drame de Sapouy ? Pourquoi François Compaoré est-il dans le collimateur de nos collecteurs de rumeurs ?

Contestataires cherchent talon d’Achille

2005 est une année électorale au Burkina. Le septennat du président Blaise Compaoré qui expire est globalement positif. La croissance économique est au rendez-vous, +5% en moyenne. La pauvreté recule dans les villes et dans les campagnes, la paix sociale est réelle, la stabilité institutionnelle se renforce, le Burkina est une voix diplomatique qui compte de plus en plus en Afrique et dans le monde, le parti présidentiel, malgré des bisbilles internes reste électoralement fort et dominant, l’opposition peine à trouver le pôle fédérateur de ses ambitions d’alternance. Blaise Compaoré a donc comme un boulevard pour se faire réélire.

Aussi les contempteurs de son pouvoir pensent avoir trouvé dans les crimes non élucidés de Sapouy et les relations difficiles avec la Côte d’Ivoire, le talon d’Achille du régime actuel. Si Hermann Yaméogo joue à fond la carte Gbagbo contre Blaise Compaoré, l’Indépendant est le porte-étendard logique de cette autre partie de l’opposition qui pense trouver dans ce dossier en justice son cheval de Troie.

En outre, prenant prétexte de la hausse du cours mondial du pétrole, nos opposants cherchent une jonction de la contestation avec les syndicats. Côte d’Ivoire, drame de Sapouy, vie chère, voici les trois armes que l’opposition espère fatales pour le pouvoir en place.

On comprend mieux "les nouvelles révélations" brusquement exhibées depuis le 10 décembre et la cabale médiatique actuelle pour une inculpation de François Compaoré dans le dossier “meurtres de Sapouy”. Nos Sherlock Holmes ne sont pas prêts à baisser pavillon même quand ils refusent, pour donner de la consistance à leurs accusations de se référer au juge d’instruction ou à un cabinet d’avocat avec les preuves matérielles ou des témoins de ce qu’ils avancent.

Au demeurant, si les juges d’instruction devraient se baser sur les enquêtes journalistiques pour boucler des dossiers de crimes, beaucoup d’affaires dans les pays qu’on cite pour des exemples d’indépendance de leur système judiciaire auraient été jugées autrement.

Mais l’instruction judiciaire dans un Etat de droit est telle que le juge instruit à charge et à décharge, la preuve de la culpabilité appartient à celui qui accuse, tout accusé est présumé innocent avant le verdict et la présomption de culpabilité n’entraîne pas ipso facto un mandat de dépôt. Tout autre lecture de la procédure judiciaire souffrirait de graves partialités. C’est le cas dans le présent dossier où sur la base d’enquêtes journalistiques à caution, on voudrait apprendre au juge son métier en lui dictant la conduite à suivre. Et pourtant ?

Des tentatives maladroites de réécrire l’histoire

Il y a dans la passion ressuscitée d’investiguer sur le drame de Sapouy une volonté de déformer les faits, mêmes ceux de notoriété publique. Pourquoi ? On est tenté de dire que la cabale politicienne a ses raisons que la raison ignore même si elle les devine. Dans le cas d’espèce, nos enquêteurs à la petite semaine voudraient réécrire l’histoire du Burkina par un subtil lavage de cerveau des non-avertis notamment la jeunesse burkinabé. Celle qui a aujourd’hui 18 à 22 ans était de la classe d’âge de joyeux bambins de 12 à 16 ans au moment des faits.

Difficile à l’époque dans le tohu bohu gigantesque du Collectif et à leur âge de se faire leur propre opinion sur ce qui reste un détail de l’histoire nationale. Aujourd’hui on en fait le commencement et la fin dans un échafaudage burlesque ou les loups deviennent des agneaux et les innocents des coupables. On en voudrait des preuves qu’on n’en citera que trois :

- La tentative d’empoisonnement dont Norbert zongo a été victime à Kaya est aujourd’hui attribuée à des soldats du régiment de la sécurité présidentielle (RSP) Wampasba Nacoulma et le regretté Edmond Kouama. Or Norbert Zongo était à Kaya en qualité d’invité de la CGTB pour donner une conférence à des travailleurs affiliés mais triés sur le volet. Les écrits de Norbert Zongo sont toujours là (archives) dans lesquels il dit à peu près ceci : "Nous étions en compagnie de camarades sûrs. Nous avons pris le même repas, il pourrait s’agir d’une simple intoxication alimentaire".

Plus tard d’autres écrits ont parlé d’une "dame de teint clair" dans le groupe des cuisiniers. Mais avant ce 13 décembre fatidique, il y eut comme un empressement du côté du MBDHP et de la CGTB à enterrer cette piste d’empoisonnement comme si entre “camarades sûrs du pays réel" on avait compris qui avait fait quoi. C’eut été les noms mis en avant aujourd’hui qu’on continuerait d’agiter l’épouvantail pour prévenir le drame du 13 décembre.

- la commission d’enquête indépendante (CEI) est aujourd’hui présentée comme "celle mise en place par le gouvernement".
Une telle présentation est biaisée à dessein. Elle ne signale pas qu’elle était indépendante, internationale et dirigée par un magistrat, inamovible secrétaire aux relations extérieures du MBDHP, donc un “camarade sûr”, un militant actif du "pays réel". Du reste, la mouture de sa composition présentée par le ministre de la Justice de l’époque, M. Yarga Larba avait été rejetée et modifiée pour qu’elle ne soit pas "ministérielle" ou "gouvernementale".

C’est à ce titre que Robert Ménard a pu y siéger presque en président, interrogeant les témoins là où il voulait et quand il voulait. Des officiers et des soldats du RSP sont passés devant cette commission. Monsieur François Compaoré aussi. Ce ne fut pas un interrogatoire arrangé. Bien au contraire, M. Kambou Kassoum et Robert Ménard étaient en terrain conquis.

- le pouvoir était dans ses petits souliers et la contestation grandissante dans la rue - ont posé toutes les questions qu’ils voulaient et malmenés verbalement certains dignitaires du système.

- A l’époque et aujourd’hui encore rien n’a été fait pour entraver la justice dans son travail comme le suggèrent les écrits les plus tendancieux. La CEI, après trois mois d’interrogatoire de près de 120 personnes, a présenté un rapport qui fut bien maigre. Rien à se mettre sous la dent hormis "six suspects sérieux" dont M. François Compaoré ne faisait pas partie.

D’où viennent alors ces soudaines révélations à meubler les colonnes d’un seul et unique journal ?

D’où sortent ces témoignages mis bout à bout pour conclure à un commanditaire tout désigné : une personnalité doublement proche du président par la parenté et la fonction ?

Enquêtes et enquêteurs manipulés

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Les abusés notamment la jeunesse qu’on corrompt par un discours trompe-œil, l’intégrité à double vitesse et la rumeur doit se convaincre qu’on ne peut pas être juge et partie.

L’Indépendant réclame justice pour son fondateur, soit, mais dans quelle mesure ses enquêtes ne sont pas biaisées par la soif de vengeance ? dans quelle mesure, les enquêtes ne sont pas téléguidées, manipulées, tronquées par les groupes d’intérêts politiques et lobbies nationaux ou étrangers qui en veulent à la stabilité du Burkina ?

En vérité tout le fond du problème est là. En s’attaquant frontalement à François Compaoré on s’attaque insidieusement au président et à tout le pouvoir. Les commentaires - pas des analyses - de ces dernières semaines plus que par le passé récent dans l’Indépendant tendent à dire que le Burkina n’est pas un état de droit, qu’il y a des citoyens au-dessus de la république - François Compaoré par exemple - que la justice n’est pas indépendante, que l’institution militaire connaît des dysfonctionnements - les officiers subalternes en imposent à leurs supérieurs, etc.

Conclusion logique, il faut provoquer l’alternance et des troubles à la paix sociale pourrait y conduire. Alors pourquoi pas, en prélude à une "marche nationale" prévue ce 4 février, agiter l’opinion publique nationale avec un dossier sentimental propre à ameuter les contestataires et les âmes sensibles.

Si Norbert Zongo pouvait reposer en paix ! Il n’est malheureusement pas le premier et le dernier des journalistes à payer de sa vie, l’exercice de la profession.

Heureusement le monde ne s’arrête pas de tourner pour tant de crimes non élucidés.

Djibril TOURE


Ces rubiconds vite franchis

Interpeller un journaliste sur la teneur de ces articles qu’on ne partage pas est monnaie courante au Burkina et ailleurs. Dans certaines zones de conflits, il est officiellement recommandé aux journalistes de ne pas s’y rendre ou d’y être prudents. Le conseil de prudence est toujours amical à la différence des menaces ouvertes ou voilées. Depuis le journal Carrefour Africain où Norbert Zongo a commencé à exercer, elles sont nombreuses les personnes de tous bords qui l’ont interpellé sur ses écrits.

Même avec certains confrères, les critiques étaient acerbes : de là à en déduire que certaines personnes qui discutaient avec Norbert Zongo de leur chef ou par relations interposées pour attirer son attention sur l’inexactitude de certains de ses articles ont quelque chose à voir avec le drame de Sapouy est un Rubicond à ne pas franchir à la va vite. A moins que...

Nos écrits sont publics et loin d’être des vérités immuables. Il est donc tout à fait normal de passer l’épreuve de la critique des lecteurs, des reproches amicaux et des conseils d’usage de ceux qui nous sont plus ou moins proches. Norbert Zongo n’a pas dérogé à cette règle. Lui voir des assassins partout ou des commanditaires de son meurtre partout, ne résiste pas à la raison discursive. Par contre la multiplicité de soupçons et de pistes sur des faits aussi légers continue d’épaissir le mystère de sa disparition brutale.

D.T.

L’Hebdo

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