Actualités :: Le Burkina à l’AGOA : Un bon signe, mais...(suite)

Bonne et heureuse année 2005 à nos lecteurs. C’est le moindre des souhaits que nous puissions formuler à leur endroit avant de passer au sujet de notre réflexion du jour. La semaine dernière a vu la présentation sommaire du contenu de l’AGOA dans nos colonnes.

Aujourd’hui, nous allons essayer d’interpréter le geste du gouvernement américain à l’égard de notre pays, et d’aborder les risques inhérents à une telle entreprise.

En "gratifiant" le Burkina de l’African growth opportunity act (AGOA), l’administration américaine a récompensé les efforts des animateurs de la vie du Pays des hommes intègres.

S’il est vrai que c’est Blaise Compaoré et les siens, qui, en tant qu’incarnation de la volonté générale, en tirent le plus grand profit, au plan politique, il est indéniable que les syndicats et organisations de défense des droits humains ont, de par leurs revendications et luttes multiformes, tantôt éclairé, tantôt fait reculer le gouvernement ; contribuant ainsi à améliorer l’image du pays.

L’approche serait incomplète si elle passait sous silence les conseils et/ou recommandations des autorités morales que sont les religieux, les coutumiers et les citoyens qui, du fait de leur rôle social et coutumier, aident le gouvernement à entendre d’autres sons de cloche (sur sa gestion) que ceux de ses courtisans.

Parmi les neuf (9) conditionnalités qu’il faut remplir pour être élu à l’AGOA, deux (2) étaient particulièrement difficiles à remplir par le Burkina ; ce sont :
Les efforts de lutte contre la corruption . Est-elle remplie aujourd’hui ? La société civile, l’opposition politique et de simples citoyens vous répondront par la négative. Et le plus loyal partisan du régime aura des difficultés à démontrer qu’ils ont tort.

En effet, il s’agit moins de prouver que la corruption a été combattue et vaincue que de poser des aces attestant de la volonté du gouvernement d’éradiquer ce fléau. A ce propos, les gestes ne manquent pas, à commencer par les actions de la justice traditionnelle ; il faut y ajouter l’Inspection générale à l’Inspection d’Etat et la Haute autorité de lutte contre la corruption.

La protection des droits humains et des travailleurs. A l’évidence c’était ( ?) le ventre le plus mou de la IVe République. Il n’y a qu’à lire les rapports des organisations de défense des droits de l’homme, du Comité d’éthique, etc. pour s’en apercevoir. Mais l’humanisation et la civilisation de la résolution des problèmes politiques sont de plus en plus réalité.

Des exemples ? D’une part, le procès assez juste des présumés putschistes l’an passé, et d’autre part, le fait que malgré les accusations dont il fait l’objet, Hermann Yaméogo ne s’est pas vu lever son immunité parlementaire. A côté de ces deux conditionnalités, il y en avaient d’autres qui ne figurent pas sur la liste des neuf (9), mais qui n’en étaient pas moins importantes.

D’un côté, il y avait le rôle (supposé ou réel), de Blaise Compaoré dans les guerres civiles d’Angola, du Liberia et de la Sierra-Leone et de l’autre les relations de celui-ci avec le guide de la Révolution libyenne, Moammar Khadaffi, alors considéré comme un pestiféré.

De nos jours, tout cela semble appartenir au passé depuis la fin des guerres civiles sus-mentionnées, et les actes de bonne volonté de la Libye : abandon de son programme nucléaire militaire, indemnisation des victimes, ayants droit et ayants cause des attentats contre des avions de la PANAM et d’UTA.

Persévérer en demeurant modeste

Blaise Compaoré peut donc être content. Les Burkinabè peuvent également être contents de lui. Lui qui a, jusque-là, su se tirer d’affaire avec les plus grands de ce monde, est vraiment un fin stratège. Cependant, il faut éviter tout triomphalisme pour les raisons suivantes :

L’élection à l’AGOA n’est pas irréversible et éternelle. Pour ceux qui ne le savent pas, prière consulter Koudou Laurent Gbagbo, de Côte d’Ivoire.

Autant la lutte contre la corruption fait l’objet de réflexion et de création de commissions et de mécanismes, autant les résultats tardent à être concrets.

De même qu’on ne peut pas nier les efforts en matière de promotion des droits humains et des travailleurs, de même survivent çà et là des réflexes de l’Etat d’exception, susceptibles de faire marcher notre histoire à reculons. Par ailleurs, pour tourner définitivement la page, les dossiers pendant telles les affaires Thomas Sankara, Oumarou Clément Ouédraogo, Norbert Zongo, etc., doivent connaître un dénouement.

Cela étant, il faut le rappeler, nous le faisons pour nous-mêmes d’abord et ensuite (et seulement ensuite) pour bénéficier des fruits de la coopération avec les autres pays.

Maintenant, s’agissant à proprement parler de l’AGOA, il ne peut être bénéfique pour les Burkinabè que si ceux-ci en sont informés, que si les intervenants des secteurs concernés sont organisés et que si les produits sont de qualité (au moins égale à celle exigée par les normes américaines). Demain c’est déjà aujourd’hui, et l’asticot le plus gras appartient au coq qui se lève plut tôt que les autres.

En cette aube de 2005, le Bukina aura tout de même marqué un point diplomatique en réussissant à entrer dans les bonnes grâce de l’Oncle Sam après avoir réussi l’organisation du récent Sommet de la Francophonie. Reste à gagner le combat contre l’accentuation des inégalités sociales, dont la résultante, à terme, est l’instabilité politique.

La relative augmentation des salaires rendue publique par le Conseil des ministres de la semaine dernière contribue certainement à cela, mais est loin d’améliorer notablement le pouvoir d’achat des salariés, très érodé à cause de l’augmentation des prix des hydrocarbures, de l’inflation et d’une campagne agricole mauvaise. Les choses seraient moins compliquées si les humains que nous sommes savaient de quoi demain sera fait.

En effet, rien ne nous dit que les récoltes seront meilleures l’année prochaine. Rien ne nous dit par ailleurs que le coût de la vie baissera d’ici là. Rien ne nous dit enfin que les aléas politiques n’assombriront pas dans un avenir proche ou lointain le ciel du Faso.

Ce ne sont pas là nos souhaits, mais le réalisme nous commande la prudence. Ne dit-on pas que la prudence est mère de surêté ?

Zoodnoma Kafando
L’Observateur

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