Actualités :: CDP Houet : L’impossible unité

L’année qui s’achève aura été assez tumultueuse dans le Houet. L’interminable querelle de clocher que se livrent quotidiennement les responsables provinciaux du parti au pouvoir a fini par nous convaincre que l’amère expérience des municipales de l’an 2000 n’a visiblement servi à rien.

Et à l’approche des échéances électorales qui pointent à l’horizon, l’on est de plus en plus inquiet et à juste raison quant à l’avenir de cette province, où parler d’unité ou de consensus reviendrait à chercher des poux sur une tête rasée. Encore une fois, tous les ingrédients sont de nouveaux réunis pour nous faire revivre les tristes événements des années passées. A moins que...

Lorsqu’en janvier 2004, Salia Sanou et Alfred Sanou fumaient publiquement le calumet de la paix à la place de la mairie centrale, de nombreux militants avaient applaudi à tout rompre pour cette réconciliation qui relevait cependant d’une chimère quelques mois auparavant.

Et pourtant, devant Dieu et devant les hommes, les deux frères ennemis d’hier ont accepté, et conformément à la pure tradition bobo, de boire dans une même calebasse, comme pour signifier la fin de leur guerre fratricide.

Même que les ancêtres Bobo, qui ont eu leur part de sacrifices, avaient été associés et pris à témoins au cours de cette cérémonie, qui consacrait ainsi un nouveau départ pour les deux hommes, Salia et Alfred, qui ont finalement accepté de tirer les leçons de leurs errements politiques qui avaient conduit, on se rappelle, à de nombreuses situations fâcheuses et regrettables comme la mort du policier Vincent Ouédraogo ou encore l’incarcération, à la maison d’arrêt et de correction de Bolomakoté, de l’ex-maire de la ville, Alfred Sanou.

Et tout cela sur fond de haine et de division, dont les stigmates restent perceptibles à l’œil nu. On croyait alors qu’avec le rapprochement entre ces antagonistes d’hier, ce serait le bout du tunnel pour le CDP Houet. Que nenni ! Un an après cette réconciliation, c’est encore et toujours le statu quo au sein de la section provinciale du parti au pouvoir, qui est à la recherche d’une introuvable unité.

Pis, la situation ne fait que se dégrader avec cette radicalisation des positions entre le duo Salia-Alfred et une autre tendance, dirigée de main de maître par le maire da la commune, Célestin Koussoubé. Et ce qui est sûr, ce n’est pas pour demain la fin de cette guéguerre qui fait d’ailleurs craindre une éventuelle implosion de cette section provinciale avec certains responsables cdpistes qui semblent visiblement éprouver du plaisir à cultiver la haine dans l’esprit des militants.

Même les efforts faits par certains membres du gouvernement, dont Moumouni Fabré et Mariam Lamizana, mais également par le commissaire politique régional et président du CES, Thomas Sanou, que certains soupçonnent d’ailleurs à tort ou à raison d’être de connivence avec l’une des tendances, n’ont pu les ramener à la raison.

Et depuis, le CDP Houet demeure dans une sorte de léthargie, qui est en train de compromettre dangereusement l’avenir de la province et partant de toute la région de Bobo. Inutile de miser dans ces conditions sur les différents acteurs politiques en conflit, qui semblent désormais privilégier la lutte des clans au détriment du développement de cette zone ouest réputée pour ses énormes potentialités agricoles et industrielles, mais qui, aujourd’hui, se retrouve pratiquement au bord du gouffre :

le chômage, la pauvreté, la prostitution, la délinquance, la drogue, etc. sont aujourd’hui des fléaux qui sont en train de prendre de l’ampleur dans cette partie de notre pays face à l’indifférence quasi générale de ceux-là même qui sont censés tirer la sonnette d’alarme.

Beaucoup plus préoccupés par leurs intérêts égoïstes, ces politiciens ou plutôt ces « ventrologues » ont fini par nous convaincre, au fil des années, de leurs limites et de leur incapacité à sauver cette région qui se meurt économiquement sans qu’aucune solution durable ne soit envisagée par les premiers concernés que sont les fils de la région. Le plus révoltant dans cette affaire est l’entêtement de quelques militants à vouloir coûte que coûte jouer les premiers rôles dans le Houet alors qu’au sein du parti, ils ne représentent qu’un simple grain de sable dans le désert.

Et c’est à ces derniers que profitent ce désordre et ce laxisme qui continuent de caractériser le CDP Houet. Toute chose qui doit logiquement interpeller certains gouroux provinciaux du parti. A commencer par le député Salia Sanou, chef de file de l’une des deux tendances, et en même temps secrétaire général provincial du CDP.

Après plus de deux décennies de présence sur la scène politique, il est aujourd’hui celui qui a accumulé tous les mandats électoraux dans cette province. De la période révolutionnaire au CDP en passant par l’ODP/MT, l’inamovible et l’indomptable Salia Sanou traîne derrière lui une longue carrière politique, qui aurait pu faire de lui un vrai leader dans le Houet, ou tout au moins un homme de consensus.

Mais hélas ! Le voilà toujours avec ces trois mandats parlementaires continuer à s’embourber dans des querelles inutiles et insensées et qui finalement ne font que le discréditer. Et malgré sa forte popularité en ville comme en campagne, il éprouve toujours d’énormes difficultés à s’imposer sur l’échiquier politique bobolais.

Salia Sanou, qui est pratiquement au soir de son parcours politique, devra nécessairement se remettre en cause : ou il tire sa révérence pour permettre à une nouvelle génération de prendre le relais, ou il accepte de se corriger sous peine de connaître une fin de carrière décevante.

Ce qui est sûr, l’atmosphère délétère dans laquelle baigne depuis toujours le CDP Houet ne lui est guère favorable de même qu’à la section provinciale du parti. Alors, en tant que secrétaire général et face aux nombreux blocages qui minent considérablement le bon fonctionnement du parti, il devrait en tout état de cause en tirer les leçons et prendre les mesures qui s’imposent. Cela y va de son honneur et de son avenir politique.

Quid de Célestin Koussoubé, dont l’élection en 2000 s’est finalement décidée devant un prétoire, et son investiture, faite dans la douleur et le sang ? Le maire de la commune de Bobo, qui est le chef de file de l’autre tendance, était mieux placé que quiconque pour savoir qu’il venait d’hériter d’un véritable panier à crabes et qu’il devait pour cela, et en bon intellectuel, prendre les dispositions qui s’imposent pour parer à toute éventualité.

Et avec l’expérience acquise dans l’arrondissement de Konsa, où il fut maire de 1995 à 2000, on était en droit de penser que l’ex-édile de Konsa réussirait à se tirer d’affaire malgré les peaux de banane qu’on ne cesserait de lui jeter. Mais le voilà au terme de son mandat en train de se débattre au sein d’un conseil municipal divisé et où son autorité est constamment mise à rude épreuve.

L’homme n’a pas réussi, contrairement à ce à quoi on s’attendait, à se mettre au-dessus de la mêlée et à travailler dans le seul but de prouver à ses contempteurs qu’ils ont eu tort de le combattre et de lui rendre continuellement la vie dure. Le bilan, pour l’instant, n’est guère reluisant pour Célestin Koussoubé, qui semble avoir consacré toute son énergie à cette guerre des clans plutôt qu’au développement de la commune.

En réalité, aucun changement notable n’est à signaler au cours de ce second mandat des élus locaux dans cette commune de Bobo-Dioulasso, qui, visiblement, ne cesse de se dégrader au fil des années.

D’où viendra alors le salut pour ces milliers de jeunes sans emploi, ces familles sans revenus dans une ville où la paupérisation va grandissante et où les activités économiques se raréfient avec la fermeture de certaines unités industrielles ? Bref, la région de Bobo est pratiquement au bord du gouffre et cette situation ne saurait perdurer avec toutes ces énormes potentialités dont elle dispose.

Il faut alors pour le CDP opérer des changements, car la plupart de ceux qui sont aux affaires sont en train de montrer leurs limites. Et aucune solution alternative ne saurait passer par le clan Salia ou le clan Koussoubé, sous peine de voir cette crise s’éterniser. Ce qui sûr, les ressources humaines, il en existe. Seulement, il n’y a que quelques individus qui pensent, à tort, qu’après eux ce sera le déluge.

Jonas Appolinaire Kaboré
L’Observateur Paalga

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