Actualités :: Les intellectuels burkinabè et la crise ivoirienne : attention au déphasage (...)

C’est peu de dire que la crise ivoirienne, indépendamment de ses conséquences économiques, s’est transportée au Burkina au plan du discours des acteurs sociaux et politiques.

Pire, elle est à l’origine d’une pomme de discorde entre certaines franges de la classe politique : un groupe d’intellectuels militants de partis politiques d’opposition et le pouvoir, à travers des médias qui lui sont proches, et un mouvement, comme le Rassemblement patriotique du Burkina (RPB), dont le président est Fatogoma Saïd Kam.

Ces contradictions, somme toute normales et salutaires en démocratie, pourraient, si l’on n’y prend garde, se révéler catastrophiques pour les deux camps et pour de tierces personnes qui n’ont rien à voir ni avec l’un, ni avec l’autre des protagonistes.

Avant d’en venir au fait, il est à rappeler que si le débat sur la crise ivoirienne fait rage au sein de la société burkinabè, c’est dû à l’effet conjugué des facteurs suivants : historiquement, culturellement et économiquement, le Burkina et la Côte d’Ivoire entretiennent plus de relations entre eux qu’avec les autres pays de la sous-région. Par voie de conséquence, ce qui touche le Burkina touche la Côte d’Ivoire, et plus encore, ce qui touche cette dernière touche le premier cité.

C’est dire qu’au-delà des humeurs des deux classes politiques respectives, il y a des réalités qui s’imposent aux deux pays en ce sens qu’elles sont des déterminismes et des pesanteurs avec lesquels il faut compter dans l’examen des relations ivoiro-burkinabè.

Tant et si bien qu’une paix durable au pays de feu Félix Houphouët-Boigny passe entre autres par la prise en compte du fait burkinabè, tout comme il est impensable qu’avec les quelque deux millions de Burkinabè en Côte d’Ivoire, on puisse réfléchir sur le présent et le futur du "Pays des hommes intègres" sans intégrer le paramètre ivoirien.

Que donc ce qui se passe de l’autre côté de la Comoé et de la Léraba fasse l’objet de discussions parfois passionnées, mais toujours passionnantes ne peut intriguer ni étonner. Du reste, du point de vue du principe, cela est une bonne chose. Ce débat n’aurait pas existé qu’il aurait fallu le susciter et l’animer.

En effet, il comporte l’avantage de prouver ou de donner l’occasion à chaque camp de s’apercevoir que ses certitudes n’emportent pas tous les suffrages, qu’elles sont loin d’être des évidences et qu’enfin au cas où elles le seraient, elles peuvent se révéler trompeuses. Le groupe d’intellectuels conduit par Etienne Traoré, et le Rassemblement patriotique du Burkina de Fatogoma Saïd Kam, qui sont les principaux pôles de la contradiction, rendent, pour ce faire, un service inestimable à la nation.

Le RPB : des forces qui peuvent se muer en faiblesses

Toutefois, autant dans son fond cette contradiction est un fait salutaire, autant dans sa forme, elle peut être source de grandes menaces contre la vie et la survie de la cité burkinabè.

En effet, le RPB, dont, à l’évidence, la base sociale est composite, qui regroupe des salariés, des travailleurs du secteur informel, des élèves et étudiants, des chômeurs, etc., est un échantillon démographiquement représentatif des populations burkinabè à la différence du groupe d’intellectuels.

Du plus, il traduit le sentiment sinon de la majorité, du moins d’une frange importante des citoyens burkinabè vis-à-vis des accusations adressées au n°1 burkinabè Blaise Compaoré et vis-à-vis des récentes actions de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire.

Autrement dit, les accusations portées contre Blaise Compaoré, qu’on dit être le parrain des rebelles, sont fausses selon le RPB, et si par hasard elles devaient être avérées, ce serait tout à fait compréhensible compte tenu du traitement réservé aux ressortissants burkinabè en Côte d’Ivoire. Notamment en zone sous contrôle gouvernemental.

Quant à ce qui concerne l’opération Licorne, à travers ses récentes actions, le RPB, à l’instar des organisations sous-régionales, régionales et internationales la soutient. Cependant, au regard de certains faits, on peut craindre que ce qui constitue les forces de ce mouvement n’en viennent à accoucher de ses faiblesses :

Certaines déclarations publiques ou certains propos en privé peuvent engendrer des conséquences catastrophiques dont la maîtrise peut échapper à ceux qui les publient ou les tiennent. Souvenons-nous que même s’il a fallu au concept d’ivoirité un terrain favorable pour s’épanouir, au départ, ce n’était qu’un mot.

La base sociale du RPB est si composite et si disparate que sa direction peut être débordée par des personnes qui ont fait directement ou indirectement les frais des régimes ivoiriens depuis Henri Konan Bédié jusqu’à Koudou Laurent Gbagbo et qui voient, à travers tous les accusateurs de Blaise Compaoré et de Jacques Chirac, soit des agents à la solde du président ivoirien, soit des traîtres à une cause qu’ils estiment nationale.

Le RPB gagnerait, en plus des gigantesques manifestations qu’il organise, à former et à encadrer ses têtes de proue dans les différentes régions, provinces, villes... De sorte que le combat d’idées, somme toute légitime et compréhensible, soit d’abord et avant tout citoyen.

De sorte que le soutien qu’il apporte à Blaise Compaoré dans la conjoncture sous-régionale actuelle s’accomplisse dans le cadre de l’Etat de droit. Cela suppose par exemple qu’on ne voie, dans l’attitude du groupe d’intellectuels, de l’antipatriotisme et de la traîtrise, mais un acte qui relève de leurs droits constitutionnels et qu’on ne peut aliéner de quelque manière que ce soit.

Les extrêmes sont à bannir

Certes, en matière de vérité ou de justesse concernant des points de vue ou des convictions, nous n’apprenons rien au groupe d’intellectuels en affirmant qu’elles ne sont pas liées au nombre de sujets qui les partagent. En d’autres termes, dans l’appréciation de l’évolution de la crise ivoirienne, ce groupe peut avoir raison. Surtout que dans le cas qui nous concerne, les formules scientifiques dont l’application aurait pu mettre d’accord tous les esprits initiés sont complètement inopérantes si tant est qu’elles existent.

Cependant, toute démarche intellectuelle, quelle que soit la noblesse de son objectif, qui n’intègre pas dans l’appréciation des faits le contexte psycho-social et politique de son accomplissement est susceptible de limiter son intellectualité.

En clair, la lettre des intellectuels adressée à Kofi Annan, si elle est l’expression du droit de ses signataires, n’a pas pour bien de Burkinabè, suffisamment pris en compte les préoccupations des Burkinabè en Côte d’Ivoire et celles d’une bonne partie de la population ivoirienne. Et K.L. Gbagbo s’en serait servi comme un élément de preuve justifiant sa politique d’ivoirité.

Conséquences : cela limite la portée de ladite lettre, provoque un déphasage encore plus grand entre une partie de l’opinion et ce groupe dont certains des membres sont des hommes politiques de premier plan au sein de leur partis politiques (d’opposition) et les expose à la colère populaire.

S’il faut bannir le populisme, qui consiste à raconter ce qui plaît au peuple et/ou à faire semblant d’être de son côté pour mieux le manipuler, toutes choses qui relèvent de la démagogie et des menées obscurantistes, il est du devoir de tout citoyen, intellectuel et politique d’être à l’écoute de son peuple, dont il n’est autre que le produit du processus historique.

Ignorer cela conduit à prêcher dans le désert et à participer insuffisamment à l’épanouissement de la culture politique dudit peuple. Pour que ce dernier vous écoute, il faut qu’il puisse s’identifier à vous, et pour qu’il puisse s’identifier à vous, vos propos et vos actes sont déterminants. Une fois cette opération réussie, vous pouvez alors commencer à faire un travail de tentative de remodelage des esprits. "Le berger de l’éléphant doit parfois accepter de subir ou faire semblant de subir la volonté du pachyderme", enseigne un adage burkinabè.

Cela étant, il est impérieux que dans les deux camps qui se dégagent à propos de l’appréciation de la crise ivoirienne, chacun se convainque que la montée des enchères et les poussées extrémistes ne servent à rien, que personne n’a le monopole de la vérité et que cette crise doit nous servir en matière de respect et de considération que nous devons avoir les uns pour les autres quelle que soit notre place au sein de l’appareil, d’Etat, de l’échiquier politique... C’est à ce prix que nous éviterons ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Et retenons que ça n’arrive pas qu’aux autres. Du reste, nous sommes autres aussi pour les autres.

Zoodnoma Kafando
L’Observateur

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