Actualités :: Collectif et affiliés : démocrates ou putschistes ?

La commémoration de l’an 6 du drame de Sapouy s’est résumée une fois encore à la compilation d’une flopée de déclarations justifiées par l’alibi de la soif de vérité et le refus de l’oubli. Une force de l’habitude, qui malgré son caractère routinier et stéréotypé n’est pas en soi mauvaise.

Si sortir des sentiers battus n’est pas le fort de nos partis politiques, ils brillent par contre par leur incapacité à défendre des valeurs et des principes cardinaux supposés être non marchandables. Une réalité vécue en ce lundi 13 décembre avec la présence du Parti communiste révolutionnaire voltaïque (sic) parmi les manifestants. Un mélange des genres incompréhensibles sinon inadmissible pour desdits démocrates et défenseurs de la légalité républicaine.

Ainsi donc, le fameux et "nébuleux" PCRV s’est invité aux manifestations du Collectif le 13 décembre dernier. Il semble même qu’il était aux premières loges, si on se table sur la distribution comme des petits pains de sa "déclaration", une de plus, en cette occasion.

Il n’aurait pu être à pareille fête si les organisateurs et les tenants de la lutte contre l’impunité ne lui avaient pas déroulé le tapis rouge. Du reste, peut-on un seul instant croire que Halidou Ouédraogo et ses lieutenants peuvent admettre un étranger dans leurs rangs, si celui-ci n’avait leur bénédiction ?

En somme, le Collectif n’est que la vitrine légale de ce parti clandestin, une vitrine chargée de s’impliquer à créer les conditions requises pour sa prise de pouvoir annoncée sans ambages par la "voie de l’insurrection générale armée" et ceci pour mettre en place "un gouvernement révolutionnaire provisoire, en prélude à une république démocratique moderne". Eh oui, on ne peut pas rêver !

Desdits démocrates et les putschistes réunis sous la même bannière, la république, c’est sûr reste à tout instant en danger. Une ombre, de par cette compromission coupable couvre toutes ces bonnes gens qui réclament chaque jour l’avènement d’une "vraie démocratie".

Ce Gbagbo qu’ils défendent

On s’interroge sur nos hommes politiques et sur leur capacité notamment à œuvrer à la vraie émancipation du citoyen. Au nom de quel principe des démocrates criant leur aversion du putschisme, de la prise du pouvoir par la force, peuvent-ils se tenir aux côtés de putschistes avérés sans avoir de l’urticaire et surtout sans marquer leur différence en condamnant cette vision éculée ?

Ces mêmes messieurs, n’ont eu de cesse de défendre le sieur très mal élu Laurent Gbagbo, au nom justement de leur refus de cautionner la conquête du pouvoir autrement que par les armes et rien que par cette voie-là. En dépit de tout ce qu’ils savent sur ce monsieur, des charniers dont il est le responsable avéré, de ses tontons macoutes et autres escadrons de la mort, de l’épuration ethnique dont il est le chantre, les opposants burkinabè persistent et signent : Gbagbo ne doit pas bouger. Il est très bien à sa place.

Cette logique dont ils doivent être les seuls à en saisir les fondements, s’acoquiner avec un parti clandestin et d’un, putschiste et de deux, et réussir le grand écart en se posant comme les garants d’une vision principielle de la légalité républicaine, en bouche un coin au plus lucide des observateurs.

Pourquoi sont-ils dangereux ?

Le Burkina Faso avec de tels hommes politiques, prêts à toutes les alliances, n’est pas prêt de sortir de l’auberge. Ils ne portent pas un projet et ils n’ont aucune vision stratégique. Leur seule logique est d’agir suivant les canons d’une jeunesse voulant en découdre parce que c’est de son âge et de sa conception du monde : le refaire sans en saisir toute la portée et les implications.

Ce simplisme et cette absence de perspective, ce spontanéisme dicté par l’actualité et la direction du vent les disqualifient à se croire ou à se dire porteurs de changement a fortiori d’espoir.

Leur arrivée au pouvoir ne se soldera que par le chaos et nul besoin d’être un génie de faits politiques pour le voir. En effet, il est trop court de prôner le changement pour le changement. S’il est de leur droit légitime de courir après le pouvoir, la finalité de tout parti qui se respecte, ce respect-ci commande la prise en compte de préalables.

Le B-A BA de la politique enseigne deux choses élémentaires : la prise du pouvoir avec qui et pourquoi faire ? Depuis le G-14 en passant par le Collectif, dont le vrai objectif est de renverser le régime de la IVe République jusqu’au R-16, leur analyse de la situation, la déclinaison de leur but n’a énoncé nulle part ces deux questions cardinales.

On assiste à un jeu de dupes où chacun pense utiliser l’autre, mais avec le retour en force du PCRV dans ce débat, on sait désormais qui sera le dindon de la farce dans ce jeu de colin-maillard. Les membres du R-16 savent à qui ils ont affaire lorsqu’il s’agit du PCRV. Depuis la révolution d’août, ce parti attend son heure et s’y prépare avec fébrilité. Il a trouvé avec le Collectif l’occasion inespérée de distiller sa philosophie et surtout celle de déstabiliser la jeune république. Il est désormais visible et il tient le beau rôle...

Le chaos qu’il prône emportera, les “petits bons samaritains” que ce sont le GDR, le FSS, l’UNDD et autres, qui au lieu de marquer leurs différences et aussi leur territoire sont par cette attitude, repoussés par les citoyens, à la périphérie de l’échiquier politique. A force de jouer les décorum, incapables d’être à l’avant-garde, ils préparent le lit d’une marche à reculons de notre histoire.

Souleymane KONE
L’Hebdo

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