Actualités :: Situation nationale : La classe politique burkinabè accusée, jugée et (...)

Le vendredi 29 octobre, le professeur Augustin Loada faisait une sortie dans Sidwaya, à travers un article intitulé : « Pour une vie politique apaisée au Burkina Faso ». Dans les lignes qui suivent, le député Mahama Sawadogo apporte son point de vue, pour enrichir le débat.

« Pour une vie politique apaisée au Burkina Faso », tel est le titre d’un article du Professeur Augustin Loada, publié par Sidwaya du vendredi 29 octobre 2004. L’éditorialiste du mois, le professeur Loada, a vertement accusé, jugé et condamné la classe politique burkinabé dans son ensemble.

Parlant de la classe politique en général, le professeur estime que c’est « une classe politique en récréation, dont le passe-temps favori consiste à pratiquer son jeu favori : exaspérer le peuple avec les « tacles par derrière », le lynchage médiatique, l’étiquetage, le manichéisme, etc. ».

L’éditorialiste du mois de Sidwaya essaie de convaincre l’opinion que « depuis quelque temps, notre classe politique n’a rien trouvé de mieux pour nous distraire que de nous entraîner sur la pente glissante de la surenchère « patriotiques » on se croirait au bord de la lagune Ebrié ou « patriote » et « rebelles » se regardent en chiens de faïence.

Hier, c’était le « peuple » contre« les ennemis du peuple ». Allons-nous créer aujourd’hui une taxinomie poste-révolutionnaire en opposant les « patriotes » aux « traîtres » » ? Cet essai sur la classe politique burkinabé, pour ne pas apparaître comme constitué d’affirmations gratuites, méritait d’être soutenu par des exemples de sujets qu’on peut considérer comme le plat de résistance du débat politique depuis au moins un certain temps.

Cette grave insuffisance de l’essai autorise à faire une rétrospective de l’actualité politique pour relever les sujets de débats qui ont fait la une des médias depuis au moins une année. Aussi peut-on retenir les questions importantes suivantes :

l’interprétation de l’article 37 de la Constitution ;
la révision du Code électoral ;

la corruption ;

la problématique de la chefferie traditionnelle et coutumière dans le contexte démocratique ;

la bonne gouvernance ;

la place occupée par le Burkina Faso dans le classement fait par le PNUD dans son rapport 2004 sur l’indice de développement humain (IDH) ;

« l’Affaire Hermann Yaméogo ».

Le professeur Loada a le droit de se taire

A part les débats actuels sur « L’affaire Hermann Yaméogo », le professeur Loada a participé activement à tous ces débats à travers des conférences, des écrits dans les journaux... Il a même initié certains des débats et catalysé d’autres. Aujourd’hui, les débats sur ces sujets semblent être clos. Cependant, tout observateur politique averti peut témoigner et justifier que :

les débats méritaient d’être menés ;

les efforts pour élever le niveau des débats ont été notables,

la classe politique, la société civile ainsi que des citoyens ont activement pris part aux débats.

Aussi est-on tenté de poser les questions suivantes au professeur : "Est-ce en référence à ces débats que vous dites que la classe politique est en récréation ? qu’elle exaspère le peuple ? ou en référence à d’autres sujets ? Si oui, lesquels ?"

Abordant les présents débats sur « L’affaire Hermann Yaméogo », on pourrait dire que la position du professeur s’apparente en réalité à une incapacité de participer aux débats, d’où la tentative de les réduire à une question de taxinomie.

Si le professeur n’a pas de point de vue à exprimer, ou s’il craint de l’exprimer et d’être désavoué par la force des arguments d’autres acteurs politiques comme ce fut le cas à l’occasion d’autres débats auxquels il a participé, il a le droit de se taire.

En revanche, il ne lui est pas permis d’insulter l’intelligence de la classe politique et des citoyens sans enregistrer une réaction de désapprobation. Après les accusations, le professeur tente ensuite une critique à l’adresse des partis.

Dans cette rubrique, il invite les partis politiques crédibles à « faire l’effort d’enclencher maintenant le processus d’élaboration de leurs programmes et d’y associer tous leurs militants... ».

Dans le principe, l’insistance sur l’élaboration des programmes par les partis politiques afin de se distinguer les uns des autres par leurs projets de société n’appelle aucun commentaire, sinon qu’elle est conforme à l’enseignement de la science politique classique que certains professeurs continuent de dispenser sans adaptation à leurs étudiants. Cependant, il convient de souligner deux choses essentielles :

premièrement, le programme politique en tant que somme de promesses électorales n’est pas légalement contraignant pour le parti qui le propose, car il est désormais établi que les élus les trahissent parfois ou souvent. Ainsi, de plus en plus, la conduite passée des candidats et des partis déterminent grandement le choix des électeurs. C’est pourquoi, les partis au pouvoir insistent sur la défense de leurs bilans tandis que ceux de l’opposition bâtissent davantage leur compagne sur la critique de ces bilans.

deuxièmement, dans le contexte actuel du libéralisme universel, les différences entre les programmes de partis politiques se réduisent nécessairement à des nuances difficilement exploitables politiquement. Ceci est une explication de l’attitude actuelle des partis vis-à-vis des programmes politiques et non point une justification.

La démocratie, c’est à la fois le consensus et la règle de la majorité

Du reste, l’engouement récent pour la lutte contre la corruption et pour la bonne gouvernance est en réalité la traduction politique des limites actuelles des programmes politiques dans un contexte de règne absolue du libéralisme économique. Autrement dit, ce sera l’efficacité de la lutte contre la corruption et pour la gouvernance qui fera la différence entre partis engagés dans la conquête du pouvoir d’Etat.

Parlant spécifiquement de ceux qui nous gouvernent, le professeur Loada se demande « où va le Burkina, si dans l’agenda politique de ceux qui pensent avoir été investis par la providence pour gouverner notre pays ne sont pas inscrites les préoccupations liées à son devenir à l’horizon « 2025 », à la réalisation des objectifs du millénaire, pour ne pas évoquer ceux du CSLP ? ».

Ce qui est intéressant dans cette affirmation n’est nullement son aspect polémique, à savoir si oui ou non ceux qui nous gouvernent font des questions sociales leur préoccupation, mais plutôt la manière vicieuse de hiérarchiser, voire d’opposer ces questions à celles considérées comme essentiellement politiques.

En fait, cette opinion qui resurgit périodiquement dans le débat politique se fonde sur l’idée qu’il est possible de donner des réponses aux questions sociales en dehors de toute considération politique. Si une telle opinion peut être considérée comme sincère chez le commun des citoyens, il en va autrement quand elle est soutenue par des personnes considérées comme des références en sciences politiques.

C’est pour cela qu’on peut penser sincèrement que le professeur tente à travers la défense de cette opinion de divertir la classe politique burkinabé. L’appel au consensus est la conclusion de l’article du professeur, qui rappelle que « le consensus ne se décrète pas. Il se crée sur la base d’un dialogue démocratique ».

Cependant, M. Loada ne se gêne nullement pour souligner que « si la tenue du prochain Sommet de la Francophonie n’est pas seulement une opération de marketing politique à l’échelle internationale, il faut donc travailler à faire entrer dans nos mœurs politiques ces principes ». En somme, le professeur Loada invite les auteurs du « marketing politique » a décrété le consensus qui ne se décrète pas.

Il faut peut être rappeler au Professeur que la démocratie, ne se réduit ni au consensus, ni à la règle de la majorité. La démocratie c’est à la fois l’un et l’autre. Le consensus consiste à savoir s’unir tandis que la règle de la majorité consiste à savoir se diviser. Compris dans ce sens, le consensus est une fonction variable du temps, c’est-à-dire du contexte politique du moment.

Ainsi, le consensus considéré à un moment donné est susceptible d’augmenter ou de diminuer. Enfin, savoir en même temps s’unir et se diviser implique chez les acteurs politiques beaucoup de sagesse et exige de tous (société politique, société civile) estime et respect de part et d’autre.

C’est pourquoi, « pour une vie politique apaisée au Burkina Faso », on peut demander au professeur Loada la révision du procès fait à la classe politique.

Mahama Sawadogo Député
Sidwaya

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