Actualités :: Pr Etienne Traoré : "...les intellectuels en politique dans notre pays sont (...)
Etienne Traoré

Le professeur Etienne Traoré est connu pour son franc-parler. Homme politique averti, doublé d’un syndicaliste redoutable, il a présidé aux destinées du Syndicat de l’enseignement supérieur pendant une dizaine d’années.

Militant de première heure de la Révolution démocratique et populaire (RDP) dont il fut l’un des "idéologues" avec Babou Paulin Bamouni, Kader Cissé et Basile Laetare Guissou, l’homme a pris du galon sous le Front populaire avec la création de l’Organisation pour la démocratie et le progrès/Mouvement du travail (ODP/MT).

Son idylle avec les rectificateurs ayant tourné court suite à des divergences stratégiques, le Pr Traoré, de concert avec des amis universitaires, créera l’Alliance pour la Démocratie et le Développement économique et social (ADDES) avant de rejoindre quelques années plus tard le Parti pour la démocratie et le progrès/Parti socialiste (PDP/PS) du professeur Joseph Ki-Zerbo dont il est membre du bureau politique.

Enseignant de philosophie morale et politique depuis une vingtaine d’années, le Pr Traoré est à l’origine de la création du Forum national civique. C’est cet homme d’expérience, témoin vivant de l’histoire politique et sociale de ces vingt dernières années que nous avons reçu à notre rédaction le mardi 19 octobre 2004. Une interview dense, où l’humour, l’ironie, la raison, la raillerie et le sérieux se mêlent pour donner un cocktail savoureux et digeste.

Sidwaya (S.) : Le 15 octobre 1987, c’était l’avènement de la rectification et la prise du pouvoir par le Front populaire auquel vous avez « a un degré ou à un autre » appartenu, mais aussi la « mort » de la Révolution. Dix sept (17) ans après, quelles leçons en tirez-vous ?

Pr Etienne Traoré (Pr E.T) : Je voudrais d’abord remercier les Editions Sidwaya pour avoir pensé à moi pour ce débat. Je dois vous féliciter d’ailleurs pour l’esprit d’ouverture, parce que vous jouez votre rôle d’organe d’Etat en donnant l’occasion aux gens, quelle que soit leur appartenance politique de s’exprimer. Il serait heureux que les autres organes d’Etat puissent en faire autant. Il faut le regretter, tous les débats politiques sont tus dans les médias d’Etat, et ce n’est pas normal du point de vue de l’éducation civique et politique de nos populations.

Pour en revenir à la question, le 15 octobre a été un événement dramatique. Avec le recul du temps, on peut dire qu’il y avait quiproquo et malentendu. J’y ai participé, pas en tant que personnage ayant donné des instructions pour tuer, (je n’ai appris la mort du président Sankara que le 16 octobre au matin) mais nous avons fait des critiques pour dire que les objectifs de la Révolution sont nobles, qu’il fallait que tout le monde ait le sens du patriotisme et du sacrifice.

Cependant, nous avions relevé que les méthodes de type commando n’étaient pas à la hauteur des objectifs que nous nous assignons. On se rendait compte progressivement que le rythme de sacrifice demandé aux travailleurs créait des problèmes. Et nous avions dit qu’il fallait rectifier les méthodes d’application de la Révolution, une pédagogie révolutionnaire adéquate. Le capitaine Sankara l’avait compris finalement en disant que ça ne sert à rien d’avoir raison et être devant à deux ou à trois, il faut aller avec l’ensemble des masses.

Je n’étais pas du CNR, mais ceux qui étaient au devant du 15 octobre avaient leurs ambitions personnelles. L’impression que j’ai, c’est qu’on a fait disparaître le capitaine Thomas Sankara parce qu’il empêchait certaines personnes de bouffer et de voler. Je vois des gens qui ont jugé des Burkinabè pour une affaire de 15 000 FCFA ou 20 000 FCFA sous la Révolution, et aujourd’hui, ces soi-disant révolutionnaires volent excessivement l’argent. Avec le recul du temps, la Rectification a été une tragédie, avec beaucoup de malentendus. C’est pourquoi, je dis que le président Blaise Compaoré et moi dormions dans le même lit, mais nous n’avions pas les mêmes rêves.

S. : Quel était votre rêve ?

Pr E.T : Mon rêve était qu’on maintienne ces objectifs et c’est pourquoi j’avais accepté d’être inspecteur d’Etat pour garder une certaine rigueur dans la gestion des affaires publiques. A ce niveau aussi, j’ai été empêché de travailler et on a dû se séparer. On m’avait proposé de me trouver un autre poste, mais j’ai répondu que je n’étais pas un homme à prendre un poste de consolation. Je suis enseignant, donc je suis retourné à l’enseignement depuis septembre 1989.

S. : Les sankaristes ont célébré le 15 octobre sous le signe de l’unité. Comment appréciez-vous cet événement ?

Pr E.T. : C’est normal que ceux qui se réclament de l’idéal et de la pratique politique de Sankara puissent se retrouver, même si l’on déplore le fait qu’ils s’unissent pour le 15 octobre et après ce sont des problèmes. Cet événement ne devait plus être le monopole des sankaristes d’autant plus que Thomas Sankara est un héros national. Et il ne devait pas avoir des interprétations divergentes sur la célébration du 15 octobre.

S. : Pour vous, c’est quoi le sankarisme ?

E.T. : Je ne suis pas officiellement sankariste, mais ce que j’essaie d’interpréter, c’est qu’il y a un certain nombre de responsables politiques qui veulent perpétuer l’idéal que Sankara poursuivait, surtout sa méthode de gouvernance : mettre en avant l’honnêteté dans la gestion de la chose publique, le sacrifice et surtout le patriotisme. J’ai traversé beaucoup de courants idéologiques, aujourd’hui ce qu’il nous faut, ce sont des patriotes.

Personne, ni le pouvoir, ni l’opposition n’a le monopole du patriotisme et si un jour les patriotes se retrouvaient, on sortirait notre pays d’affaire.

S. : Quel est votre commentaire sur les accusations de la Côte d’Ivoire et de la Mauritanie selon lesquelles le Burkina veut les déstabiliser ?

E.T. : Nous manquons souvent de courage, que ce soit au niveau des structures politiques ou de la société civile, de dire à notre président d’arrêter de s’ingérer dans les affaires des autres pays. Depuis 1989, à notre insu, Blaise Compaoré a envoyé un passeport diplomatique à Charles Taylor. Si c’était dans l’intérêt de l’Etat on pouvait comprendre. Mais ce sont des intérêts privés. Ce n’est pas la peine de dire que ce n’est pas vrai, c’est tout à fait réel.

Vous savez bien que chez les Mauritaniens, ce sont les Israéliens qui font les services de renseignements. La sécurité du régime est pratiquement entre les mains des Israéliens. Dieu seul sait combien ces gens ne parlent pas au hasard. C’est peut-être exagéré, mais je n’en doute pas du tout. Il y a eu pendant longtemps un axe Tripoli-Ouagadougou-Monrovia, j’ignore ce que devient cet axe. Ce n’est pas bon pour notre sécurité.

S. : Le Burkina qui livre des passeports à des étrangers, cela n’a pas commencé sous le régime de Blaise Compaoré. Laurent Gbagbo en a reçu au temps de la Révolution.

Pr E. T. : Oui, mais cela a continué après. En plus, Charles Taylor était armé et voulait déstabiliser son pays. C’est une opposition armée. Il y a des dizaines d’opposants du Sénégal, du Mali, du Niger, du Togo qui sont venus ici. Il y en a qui sont aujourd’hui ministres et qui étaient mieux traités que nous ici.

S. : Vous ne croyez pas à la thèse selon laquelle Hermann Yaméogo a « livré » le Burkina ?

Pr E.T. : Non, les accusations ne datent pas d’aujourd’hui. Même au temps de l’UNITA, l’Angola l’a dit. C’est un problème politique profond. Quand on observe l’attitude du CDP et du pouvoir, j’ai l’impression qu’on est en train de fabriquer les conditions d’une présidence à vie.

Regardez comment on a amendé la constitution, le code électoral, si ce code électoral est appliqué, nous n’aurons pas quinze députés de l’opposition. On nous a dit de revenir sur ce code par rapport aux municipalités parce que trop de courants dans une municipalité crée beaucoup de problèmes. C’est totalement faux. Les municipalités qui ont des problèmes, c’est entre les militants du CDP. On est en train de fermer le jeu démocratique et dans ces conditions, on marginalise certains opposants, à la limite on veut les empêcher de se présenter. Ce qui n’est pas une logique démocratique.

S. : Est-ce que le Burkina a les moyens de déstabiliser tous ces pays qu’on cite ?

Pr E.T. : C’est un à un qu’on les déstabilise. On accuse le Burkina de servir de terrain d’entraînement et j’ai la conviction que ça existe. Il y a le témoignage du petit garçon au temps de Charles Taylor qui dit qu’il a fait sa formation avec 72 autres éléments au Burkina. Quand on dit qu’il n’y a rien, je ne suis pas aussi naïf que ça.

S. : C’était sous un Etat d’exception...

Pr E.T. : Qu’en dites-vous pour ce qui est de la Côte d’Ivoire ? IB a dit que ses hommes sont sortis d’ici. IB est un grand acteur qui a même impliqué des puissances comme la France... Je crois que si l’Assemblée nationale devait jouer son rôle, par rapport à ces genres d’accusation ( ingérences extérieures), elle devait être à mesure de demander au ministre de la Défense ce qu’il en est.

S. : Quelle analyse faites-vous de la présence de Hermann Yaméogo en Côte d’Ivoire ?

Pr E.T. : C’est tout a fait normal, il a le droit de chercher les moyens de sa présidence. Il faut d’ailleurs exclure l’hypothèse de l’implication de Hermann parce que tout est faux. Ce sont de faux dossiers avec une non concordance des dates. Celui qui a fait cela, a fait un travail infantile. Hermann Yaméogo a le droit si non le devoir d’aller chercher des soutiens diplomatiques et financiers dans tout pays qui n’est pas en guerre ou en rupture de relations diplomatiques envers notre pays. Même si les dirigeants de ces pays ne sont pas les amis de Blaise Compaoré. Evitons d’identifier l’Etat et ses intérêts avec ceux d’une personnalité quel que soit son rang !

S. : Ce qui est dommage, c’est que l’opposition fait plus foi aux propos de l’extérieur qu’à ceux de l’intérieur du pays.

Pr E.T. : Oui, puisque nos autorités ne nous disent pas la vérité. Prenez le cas de Charles Taylor ; c’est un sociologue, M. Brant qui m’a dit pour la première fois que le Burkina soutenait M. Taylor. Mais lorsqu’on a dit que le Burkina était impliqué, le président a dit non. Finalement il a reconnu qu’il a envoyé 750 personnes pour la sécurité du président Taylor. On ne croit pas à tout ce que l’extérieur dit, mais pour ce qui est de la déstabilisation, c’est récurrent et ce n’est pas un hasard que ce soit notre pays qui soit toujours indexé.

S. : Qu’est-ce que le Burkina y gagne ?

Pr E.T. : Le Burkina n’y gagne rien, mais quelques personnalités de ce pays y gagnent beaucoup : du diamant, du pétrole, etc.

S. : Une certaine opinion soutient que les accusations de la Côte d’Ivoire et de la Mauritanie ont pour objectif de saboter l’organisation de la Francophonie. Qu’en dites-vous ?

Pr E.T. : La Francophonie est un important sommet où les gens peuvent s’exprimer. Sur le sabotage dont vous parlez, je n’ai pas les éléments pour confirmer ou infirmer ce qui a été dit. Mais je ne vois pas quel intérêt ces pays, membres de la Francophonie ont à saboter cet important événément auquel la France tient tant. Je me demande si ce ne sont pas nos autorités qui créent cette ambiance pour avoir des mains protectrices autour d’elles. Je vais plus loin en me demandant si ce n’est pas le zèle de personnes autour du chef ? Peut-être un complot intérieur. Sinon, ce n’est pas bon qu’à la veille d’un sommet aussi important, on se mette à pourchasser des gens. C’est incompréhensible...

S. : L’opposition s’agite autour de cette question, alors qu’il y a des problèmes plus cruciaux, à savoir l’invasion acridienne, la famine auxquelles il faut trouver des solutions.

Pr E. T. : On ne peut pas gérer tous les problèmes à la fois. ll y a une solidarité au sein de l’opposition qui se manifeste autour de la question. Et puis, l’avènement de la démocratie est tout aussi important que la famine. Nous luttons pour un système démocratique et il faut aller jusqu’au bout.

S. : Les écologistes auraient pu se rendre sur le terrain pour constater...

Pr E. T. : Qui vous a dit qu’ils n’y sont pas allés ?

S. : Ça n’a pas été médiatisé et c’est assez grave pour un homme politique...

Pr E. T. : C’est vous qui n’avez pas médiatisé (rires).

S. : Le Burkina a abrité récemment un Sommet extraordinaire de l’Union africaine sur l’emploi et la lutte contre la pauvreté. Quel commentaire faites-vous des conclusions et des recommandations ?

Pr E. T. : Les conclusions sont acceptables dans leur intention. Mais il faut attendre les actes : je suis parfois perplexe quand je vois les perdiems qu’on donne à ceux qui y participent. Je me demande si ces gens veulent que la pauvreté finisse. 40 000 F CFA, 50 000 F CFA de perdiem pour lutter contre la pauvreté, 60 000 F CFA ou 70 000 F CFA par jour pour lutter contre le Sida, n’est-ce pas un alibi pour se « sucrer » ? J’attends les résultats et je crois que la première chose à faire, c’est de diminuer le train de vie des Etats respectifs. Que les ministres et les députés commencent par donner l’exemple. Réduire l’écart entre ces responsables et les pauvres.

Malheureusement ce n’est pas le cas, tous les jours ces gens augmentent leur traitement et après ils organisent des séminaires à l’hôtel Silmandé pour dire qu’ils luttent contre la pauvreté.

S. : Le reproche s’applique aussi à l’opposition dont les députés avaient pris chacun trois millions.

Pr E. T. : Je suis d’accord avec vous. Ce n’était pas bien. L’opposition est tombée dans un piège.

S. : Quelles pourraient être les alternatives pour sortir de la pauvreté ?

Pr E. T. : Il faut d’abord que les responsables montrent par leur attitude qu’ils luttent contre la pauvreté en réduisant leur train de vie qui est excessivement élevé. Il faut aussi faire de véritables plans de développement dans les campagnes parce que ce qui se fait aujourd’hui, c’est à la tête du client. Un village ou une région qui n’ont pas de ministres puissants, tant pis pour eux ! Alors qu’un bon plan d’aménagement du territoire devrait tenir compte des potentialités de chaque région. Il y a certaines régions où on a construit des barrages et le jour de l’inauguration, il a fallu ajouter de l’eau (rires). Chez nous à la Kossi, on ne sait pas ce qu’est un barrage, alors qu’on a beaucoup de potentialités. Idem pour beaucoup d’autres régions.

S. : On vous connaît pour votre franc-parler. Dites-nous quelles sont ces régions ?

Pr E. T. : Je ne veux pas faire de régionalisme, ça pourrait être mal interprété (rires).

S. : Il y a un peu de populisme dans vos propos. Un ministre peut-il avoir le même train de vie qu’un paysan du village ?

Pr E. T. : Je n’ai pas dit ça. C’est vous qui avez une compréhension populiste de ce que je dis. Je ne leur demande pas d’aller manger dans une calebasse (rires). Je dis qu’ils n’ont pas droit d’avoir trois à quatre millions dans un pays où les gens ne portent pas régulièrement des chaussures.

S. : Avec la fixation des jeunes dans leurs terroirs, n’est-ce pas une avancée dans la lutte contre la pauvreté ?

Pr E. T. : Dans quels terroirs ils ont été fixés ?

S. : Au Sourou par exemple...

Pr E. T. : Allez-y enquêter au Sourou et vous viendrez me dire autre chose. Les gens ne sont pas fixés. Ils font quelques jours et ils vont ailleurs. Dans cette affaire, ce n’est pas suffisant d’avoir un projet dans un endroit rentable. Il faut pouvoir écouler ce qu’ils ont produit pour avoir des revenus. il n’y a aucun circuit de distribution qui marche, il n’y a pas de bonnes routes...

S. : A vous entendre, tout est négatif alors que le Burkina a été félicité par le BIT en matière de création d’emplois.

Pr E. T. : Je suis au Burkina depuis 1976, je n’ai pas quitté le pays et je sais que la pauvreté avance. De 2000 à 2002, le taux de la pauvreté a augmenté et c’est selon les informations de l’Etat. Joindre les deux bouts même pour les fonctionnaires est aujourd’hui de plus en plus un véritable parcours du combattant !

S. : Quelles sont les perspectives du PDP/PS dans la gestion du pays en matière de décentralisation ?

Pr E. T. : Je ne pourrai pas vous répondre de façon satisfaisante parce que je ne suis pas là comme représentant du PDP/PS. Je suis là comme intellectuel engagé en politique, qui observe, qui dit ce qu’il pense. Je ne peux donc pas exposer le programme du PDP/PS ici.

S. : En tant qu’ intellectuel, qu’en pensez-vous ?

Pr E.T. : C’est un processus normal dans le cadre de la démocratie. Il faut déplacer autant que faire se peut le pouvoir vers la base. Cela devait se faire en même temps avec une éducation des populations. Parce que, si on transfère ce pouvoir et que les gens n’en connaissent ni la portée, ni l’organisation, cela ne sert à rien. La décentralisation devait être suivie d’une formation sur la gestion des structures. Peut-être que l’Etat s’y attelle, mais son travail demeure insuffisant.

S. : Au Darfour, en Côte d’Ivoire, au Rwanda et au Burundi pour ne citer que ces exemples, on assiste à des revendications identitaires. Qu’en pensez-vous ? Votre solution ?

Pr E.T. : Depuis le temps colonial, il y avait cette politique de diviser pour régner. C’est pourquoi je dis que chaque pays africain peut être déstabilisé. Vers les pays côtiers, c’est souvent le Nord contre le Sud ou les musulmans contre les catholiques. Dans certains pays que vous avez cités, ce sont les populations négro-africaines contre les Arabes. N’importe qui peut donc déstabiliser un pays dans ces conditions. Les Tutsis étaient un peuple choyé par le colonisateur et cela créa une frustration au niveau des Hutus qui étaient plus nombreux. Le fait qu’ils parlent la même langue devait être un avantage, malheureusement, leurs différences ont été exacerbées et le summum a été l’assassinat du président.

Ce n’est pas seulement en Afrique, même en Europe Orientale (Yougoslavie, Tchétchénie...). Il faut les prévenir. Ce type de conflit identitaire doit être prévenu en étant à l’écoute des revendications et surtout en établissant préalablement des programmes de développement qui tiennent effectivement compte des potentialités régionales et non des allégences politiques, des appartenances ethniques.

S. : Est-ce qu’on peut prévenir ces problèmes identitaires pendant qu’on demande la « bonne carte » pour développer sa région ?

Pr E.T. : Non c’est faire du mal à son pays en procédant ainsi. Le fait que les intellectuels s’engagent en politique devrait permettre aux mœurs politiques d’évoluer. Malheureusement, la plupart des intellectuels qui arrivent dans les partis réfléchissent par le ventre sinon le bas-ventre plutôt que par la tête. Sur ce plan, les intellectuels dans notre pays sont négatifs. Il s’agit de ceux qui sont engagés dans la politique et qui ont tué leur intellectualité au profit de la recherche de situations confortables

S. : Quelles propositions faites-vous pour une sortie de crise en Côte d’Ivoire ?

Pr E.T. : J’ai eu l’occasion d’aller en août dernier en Côte d’Ivoire et j’ai dit à mes interlocuteurs de faire la genèse de cette crise, situer les responsabilités et compter sur leur patriotisme pour résoudre le problème. La cause la moins lointaine, c’est la mauvaise succession du président Houphouët-Boigny. Il n’a pas préparé sa succession. Alassane Ouattara alors Premier ministre a exercé le pouvoir pendant au moins un an (en l’absence du président).

Et ce sont les gendarmes qui ont escorté Henri Konan Bédié à la télévision pour dire aux populations de le suivre désormais alors que c’est Ouattara qui devait annoncer la vacance de pouvoir. Les problèmes ont commencé là. C’est Bédié encore qui a utilisé politiquement et négativement ce concept d’ivoirité. Sinon c’est un intellectuel qui a créé ce concept d’ivoirité dans un contexte culturel : que vous soyez du Burkina, que vous soyez du Mali, de la Guinée et que vous avez vécu un certain nombre d’années en Côte d’Ivoire, vous avez des manières de faire, de penser qui ne sont plus les mêmes que ceux de votre pays d’origine et cela fait un brassage.

Donc ce concept d’ivoirité était beaucoup plus fédérateur. L’autre s’en est saisi pour faire un concept politique, à la limite régionaliste en disant qu’il y a de vrais et de faux Ivoiriens. Quand le FPI est arrivé, il n’a pas considéré cela comme un problème sérieux et aujourd’hui ça les bouffe en partie. En plus de cela, si dans cette crise il y a des implications extérieures. Il faut qu’on arrête d’assister les rebelles. En outre, je dis qu’il faut laisser Alassane Ouattara se présenter comme tout le monde. C’est le lieu de fixation de toutes les populations du Nord qui ont une frustration.

Quand Houphouët est mort, je disais que la chance de celui qui va le remplacer c’est de pouvoir créer l’entente entre catholiques et musulmans, entre le Nord et le Sud. Le président qui veut bien gouverner la Côte d’Ivoire doit tenir compte de tous ces éléments sinon, il va échouer.

S. : En novembre, les Américains iront aux urnes pour choisir leur président entre Bush et Kerry. Avez-vous une préférence ?

Pr E.T. : Je n’ai pas de choix. La politique étrangère des USA, quel que soit le président ne changera pas vraiment. Mais dans une vision plus large, Kerry semble être plus porteur de paix dans le monde que Bush qui a une conception unilatéraliste, impérialiste des affaires du monde. De ce point de vue, je suis d’accord avec le président Jacques Chirac, il faut plusieurs pôles. C’est cela qui permet l’équilibre. Sinon, Bush frappe le pays qu’il veut, c’est un véritable cow-boy (rires). Pour la paix dans le monde, si on le mettait de côté la paix arriverait mieux. Les bonnes méthodes pour lutter contre le terrorisme, ce sont les renseignements et la prévention. Ce ne sont pas avec les chars qu’on lutte contre le terrorisme.

S. : Vous êtes à l’origine de la création d’un forum national civique. Quels en sont les objectifs ? Que dites-vous de ceux qui soutiennent que ce forum n’est qu’un paravent pour couvrir des activités politiques et vous présenter à la présidentielle ?

Pr E.T. : (Rires) Je ne rêve même pas être un candidat à la présidence pour l’instant. Le forum n’est pas un parti politique. C’est un forum civique qui a pour objectif la formation des citoyens sur leurs droits et devoirs. C’est un prolongement de mon enseignement à l’université. On y adhère à titre individuel et dans ce forum, on trouve des gens organisés dans les partis politiques, dans la société civile et nulle part.

S. : On dit de vous que vous avez été sur le plan politique et syndical actif au point d’avoir pris des coups parfois pour votre carrière et vos études. Est-ce exact ?

Pr E.T. : C’est juste. Ce sont les aléas de l’engagement politique et social : mon premier séjour dans l’école de la police, c’était à ma première année d’université en février 1971 à Dakar. Cela a continué en 1976 quand j’étais délégué des étudiants à la Maison de l’Afrique en France. Nous avions eu un conflit avec la direction et les travailleurs qui y étaient nous ont soutenus. Parce que le meneur italien était mon ami, j’ai été accusé. Un matin vers 3 heures , j’ai été cueilli et amené dans une prison sise rue des Clochers à Paris. J’ai fait une dizaine de jours là-bas avant d’être expulsé.

Pendant dix ans, j’ai été responsable des syndicats voltaïques de l’enseignement secondaire et supérieur. J’ai appartenu à un parti l’UCB et à l’ODP/MT. Ça n’a pas été du tout facile. Je suis d’un tempérament direct, je dis ce que je pense et c’est à cause de cela qu’avec certains amis du Front populaire on ne s’est pas bien compris. Ils sont allés convaincre le président que j’étais ambitieux parce que je contestais ses dires. Ils disent vouloir approfondir la révolution.

Le 13 janvier, on dit d’aller célébrer l’avènement du président Eyadéma au pouvoir. J’ai demandé pourquoi ? Parce que nous avions dénoncé cela, il n’y a pas de raison qu’on joue encore à ce jeu. Ce sont des choses qui ont beaucoup joué négativement sur ma carrière, mais c’est le prix à payer. Je n’en fais pas un regret, c’est un choix et il faut l’assumer. Je pense que la politique est une école de courage et de persévérance, une activité pleine d’ambûches, surtout en Afrique.

S. : N’aurait-il pas été plus intéressant pour vous d’être politologue que politicien ?

Pr E.T. : Je ne suis pas un politicien. Un politicien c’est celui qui vit de la politique avec des mensonges, des peaux de bananes... Je suis un homme politique. Politologue a un contenu académique et il est plutôt observateur qu’acteur. Je n’ai pas fait une école de politologie. Je suis un enseignant de philosophie morale et politique.

S. : Votre engagement politique vous a souvent nui. Pourquoi vous y persistez ?

Pr E.T. : C’est un engagement que j’ai pris, je ne recule pas. Je n’ai pas de raisons d’abandonner d’autant plus qu’il y a des gens qui ont cru en nous et qui sont même morts. Nous avons une dette envers ces personnes.

S. : Vous avez créé un parti politique qui n’existe plus comme tant d’autres. Aujourd’hui, vous militez au PDP/PS. On dit que vous flirtez avec l’UNDD au point de dérouter certains observateurs. Qu’en dites-vous ?

Pr E.T. : Je suis au PDP/PS, je me bats avec l’ensemble de l’opposition. Les gens sont prisonniers de certaines images. J’ai animé une conférence à Bobo dans le cadre de l’UNDD. Il y a deux semaines, j’ai animé une conférence dans le cadre de Justice et démocratie. J’ai animé une conférence dans le cadre de l’organisation des femmes de la CPS. Le fait d’avoir cet écœminisme au sein de l’opposition occasionne certains interprétations hâtives. Je suis membre du bureau politique du PDP/PS et je me bats là où on me demande de parler. Si pour cela, on dit que je suis de l’UNDD, cela n’engage que ceux qui le disent.

S. : Rétrospectivement, pensez-vous que la « guerre’’ intervenue au sein du PDP/PS et qui a conduit au départ de Emile Paré a fait plus de bien que de mal au parti ?

Pr E.T. : Je ne voudrais pas répondre à des questions qui relèvent de la vie intérieure du parti. Mais pour l’histoire, Paré Emile était tête de liste dans la dernière confection des listes électorales. Pourquoi a-t-il rejeté ce poste ? Je ne le sais pas jusqu’à ce jour.

S. : Est-ce que vous avez toujours des rapports avec Emile Paré ?

Pr E.T. : Bien sûr. Nous sommes dans le même quartier.

S. : N’est-ce pas votre passé avec Emile Paré qui vous maintient au PDP/PS ?

Pr E.T. : Non, pourquoi ? J’ai seulement la conviction que tant qu’il n’y a pas eu trahison, les problèmes imanquables se règlent à l’intérieur du parti. Sauf si je suis chassé (rires). Je ne veux pas papillonner. Nous avons fait fusion avec trois autres partis de gauche pour former l’UGD et je me suis battu pour qu’on forme une grande famille de gauche. A l’époque, nous avions approché des sankaristes pour cette cause et c’est toujours mon rêve : fonder un grand parti de gauche.

S. : Gauche/droite dans le contexte de la démocratie, à quoi cela rime-t-il ?

Pr E.T. : Ce sont deux façons de gérer un pays en se basant soit sur les intérêts des masses, soit sur ceux des élites d’argent. Nous avons au pouvoir une vraie droite qui surestime le rôle du privé, qui surestime le rôle de l’argent, qui fait que l’Etat ne peut plus assumer ses devoirs sociaux...

S. : Il y a eu à un certain moment une tentative de renforcement des partis politiques sous forme de regroupement. Cette tentative s’est estompée, pourquoi ?

Pr E.T. : C’est très dommage. Je crois que ce sont les querelles personnelles qui sont à la base de ces problèmes. Chacun a ses ambitions personnelles. J’ai dit à des sankaristes qu’ils ont peu de qualité du président Sankara. Le président Thomas Sankara était modeste. Ce qui n’est pas le cas chez eux. Beaucoup marchent les épaules en l’air. La même critique peut être faite à d’autres niveaux. Le prix à payer dans ces genres de fusion, c’est le sacrifice. Mais beaucoup préfèrent être tête de rat plutôt que queue de lion. Mais aux dernières nouvelles, les liens se resserrent au niveau des partis d’opposition et c’est tant mieux !

S. : A ce rythme, il n’y aura pas d’alternance...

Pr E.T. : Si, il y en aura. Il y a quelques unités qui se forment. Si vous dites qu’il n’y aura pas d’alternance, vous condamnez le pays à devenir un royaume.

S. : L’opposition demande l’alternance alors qu’en son sein, les leaders ne changent pas. Qu’en dites-vous ?

Pr E.T. : Les contextes ne sont pas les mêmes. Pour la stratégie de conquête du pouvoir d’Etat, il faut un chef qui a suffisammentde charisme pour rassembler les gens. Au niveau du pouvoir, c’est une affaire de respect des textes. Il faut accepter le jeu de l’alternance. Au Burkina, il y a la tendance à la révision de la constitution pour que les gens se maintiennent indéfiniment au pouvoir. Ailleurs aussi, on révise la constitution pour que des gens se présentent n fois.

S. : Le problème c’est que l’opposition est divisée quand il s’agit de trouver une personne pour la représenter...

Pr E.T. : Ça viendra ! Au Sénégal, ce problème a été résolu. Il y avait de grosses pointures comme Moustapha Niasse et Djibo Ka qui se sont retirés du pouvoir d’Abdou Diouf pour rallier Me Wade. Il y avait des gens d’obédience communiste, marxiste-léniniste qui ont accepté se rallier au libéral Abdoulaye Wade. Au Kenya, c’est ce qui a permis à l’opposition d’accéder au pouvoir. Il y a donc des cas de regroupement qui marchent. C’est de bonne guerre du côté du pouvoir d’empêcher ces regroupements contre lui. A l’opposition d’y résister.

S. : Est-ce que le PDP/PS est parmi les trois candidats de l’opposition pour la présidentielle ?

Pr E.T. : Il y a des critères qui ont été retenus. Chaque critère est coefficienté. Au terme de l’addition, nous sommes les premiers.

S. : Vous ne pouvez pas être les premiers alors qu’il y a le chef de file de l’opposition.

Pr E.T. C’est le chef de file de l’opposition administratif. Il n’est pas notre chef de file. Il est devenu chef de file administratif de l’opposition au terme d’une magouille au détriment du PDP/PS.

S. : Vous avez déjà un candidat ?

Pr E.T. C’est le congrès qui investit le candidat dans notre parti.

S. : Malgré les promesses du professeur Ki-Zerbo, vous restez toujours à la porte de l’Assemblée nationale...

Pr E.T. : N’en faites pas un problème. C’est un débat classé à mon niveau. Attendez les législatives en 2007. C’est vrai que certains amis du CDP disent que c’est bien fait pour moi (rires) et ils en rient abondamment. Qu’ils rient mais rira bien qui rira le dernier.

Ce n’est pas un problème pour moi aujourd’hui. Ça l’est pour des militants et surtout ceux de ma province (Kossi) qui y ont hissé le parti au 2e rang au plan électoral.

S. : Que pensez-vous de la prolémique autour d’une éventuelle candidature de Blaise Compaoré à la présidentielle de 2005 ?

Pr E.T. : Ça sera illégal s’il se présentait. Il faut respecter le consensus et l’esprit de la constitution. J’ai écouté les arguments juridiques des uns et des autres mais ce qui n’est pas acceptable c’est que chaque fois on va tripatouiller la constitution et dire que ça ne vous concerne pas. C’est comme ça qu’on instaure une présidence à vie. Du point de vue de l’esprit de la Constitution, il est contre cette durée illimitée des mandats.

Qu’est-ce que le CDP peut faire actuellement sans le président ? Même dans les distributions de parcelles, il est même obligé parfois d’intervenir. Il y a déjà un pouvoir très puissant. S’il doit encore faire vingt (20) ans, ce n’est pas bon. Il faut avoir le courage d’un Nyéréré, quand ça ne va pas, il faut avouer son échec et s’en aller. L’opposition, la société civile doivent l’aider à ne pas être prisonnier du pouvoir. Si on lui dit que sa tête sera coupée dès qu’il va quitter le pouvoir, ça va de soi, qu’il refuse de s’en aller. C’est humain. Il faut peut-être, avec les familles des victimes se retrouver à l’africaine pour trouver une solution. Mais pas administrativement comme ça s’est passé avec la journée de pardon du 30 mars.

S. : Halidou Ouédraogo a cependant reconnu que le président Blaise Compaoré peut se présenter, mais le problème c’est l’unité de l’opposition...

Pr E.T. : Il n’a pas été bien informé sur l’argumrentaire de l’opposition contre cette candidature. Ce que j’attendais de lui, c’est un développement. Mais le seul argument qu’il donne c’est que le texte n’est pas rétroactif.

Je lis les juristes de l’université qui disent que la loi n’est pas rétroactive, mais qui concluent néanmoins que Blaise ne peut plus se présenter.

S. : Dans ce cas, la question est plutôt humanitaire que constitutionnelle...

Pr E.T. : Non. Par rapport à l’esprit de la Constitution, ce n’est pas normal que Blaise Compaoré se représente. Ce n’est pas bon pour lui-même. S’il le fait, il risque un mandat de trop. D’un autre côté, il faut faire avancer le débat parce que le président se croit prisonnier du pouvoir. Il a peur de ce qui va lui arriver après le pouvoir. C’est humain, personne ne veut aller à l’abattoir. Il faut un compromis de sortie avec lui pour réellement ancrer la démocratie dans notre pays.

S. : L’opposition se focalise sur la candidature de Blaise Compaoré au lieu d’aller à la conquête du pouvoir ?

Pr E.T. : Cela fait partie de la campagne de l’opposition.

S. : La gestion du pouvoir actuel vous satisfait-il ?

Pr E.T. : On apprécie une politique à partir de ses résultats. Le pouvoir en place nous promettait la solidarité, la sortie de la pauvreté et dix huit ans après on constate que la pauvreté augmente. Sur le plan social, on ne voit pas de bénéfices, de la relative stabilité politique. La manière de gouverner n’est pas bonne et il faut la changer car elle enrichit une infime minorité et apauvrit l’immense majorité de notre peuple.

Pr E.T. : Ça ne s’exclue pas. On peut trouver d’autres hommes au sein du CDP. Mais la meilleure manière serait de former une autre équipe parce que maintenir les mêmes têtes pendant quinze, vingt ans crée un phénomène de lassitude. Il faut même avoir des hommes qui conçoivent la politique autrement. C’est pour ces raisons que je ne peux pas discuter longtemps avec les militants du CDP. Nous n’avons pas la même compréhension de la politique. Mais chacun va assumer son rôle devant l’histoire. Psychologiquement, ceux qui souffrent de cette politique sont les plus nombreux. Une minute apparaît comme dix jours parce qu’ils n’en peuvent plus.

Pour ceux qui sont au pouvoir, c’est l’inverse. Vingt quatre heures sont comme une seconde pour eux. Mais le temps fait son jeu. J’ai dit à ceux qui sont au pouvoir qu’ils n’arrêteront pas l’histoire de ce pays. La roue va tourner et elle tourne.

S. : Vous vous limitez aux seuls indicateurs de la pauvreté pour dire que rien ne va au Burkina Faso.

Pr E.T. : Vous ne pouvez pas trouver d’indices meilleurs, puisqu’on regroupe plusieurs facteurs. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de croissance économique. Encore que là, si j’étais député, j’allais mener des enquêtes pour en savoir plus. Le Premier ministre annonce que la crise ivoirienne a des conséquences négatives sur l’économie du pays en même temps il annonce un taux de croissance élevé de 7%. Je ne comprends pas. Si la crise permet d’augmenter le taux de croissance, il ne reste qu’à souhaiter que la crise continue. Je suis persuadé que ce chiffre n’est pas réel et si j’avais été à l’Assemblée nationale j’allais refuser cela.

S. : Pour le professeur que vous êtes, que pensez-vous de l’état actuel de l’école au Burkina et de l’avenir de l’Université ?

Pr E.T. : Il y a une loi d’orientation de l’enseignement que les gens ont tendance à oublier. Heureusement qu’elle n’est pas appliquée. Selon ce texte, chaque cycle est un cycle terminal. Donc, celui qui a son Certificat d’études primaires doit pouvoir s’insérer dans la vie sociale. Idem pour le BEPC, le BAC, etc. Si on suit cette loi, pour rentrer à l’Université, il faut faire un concours puisque le BAC ne donne plus automatiquement un droit d’entrée à l’université. Le constat général est que le taux de succès des élèves et étudiants est en baisse. Du point de vue de la rentabilité extérieure, on se rend compte qu’il y a un hiatus qui grandit entre les produits de l’école et les besoins réels de la société. Il faut trouver des solutions. Entre autres, il faut une meilleure organisation des programmes, motiver les enseignants pour un meilleur travail. ll faut surtout arriver à faire de l’école un lieu d’égalité des chances sociales.

Que l’on soit fils de paysan, de ministre ou de commerçant, c’est le lieu où celui qui a un minimum de moyens peut étudier le plus longtemps possible. Pour que cela se fasse, il aurait fallu d’autres critères d’attribution des bourses. L’élève qui réussit au BAC en province a plus de mérite que celui qui est au lycée Zinda ou au collège de la Salle. Parce que le premier a eu son professeur de mathématiques en février ou mars, et le second avait tous ses enseignants dès le premier jour de la rentrée scolaire. Le seul critère aujourd’hui c’est la moyenne. L’aspect social dans l’attribution des bourses étant mis de côté, on remarque que les enfants qui ont accès à l’université sont ceux-là qui ont des parents fonctionnaires. Les enfants des paysans sont de plus en plus rares. C’est de l’injustice sociale. Il y a des classes de soixante à soixante dix élèves où il n’y a pas un seul boursier.

Pendant ce temps, il y a des gens qui bénéficient d’indemnités faramineuses. On peut également améliorer le rendement externe en faisant en sorte que sur la vie sociale, l’école soit plus orientée. Cela suppose par exemple un tronc commun pour les matières classiques. J’aurais souhaité un tronc commun en philosophie, psychologie et sociologie pour permettre aux gens de s’orienter vers d’autres domaines que l’enseignement. Malheureusement nous sommes aujourd’hui dans une école capitaliste classique. Va à l’école, réussi à l’école celui qui a les moyens financiers. C’est d’autant plus triste que ceux qui nous gouvernent ne seraient allés nulle part sans la bourse. Il faut prendre des mesures pour améliorer notre enseignement.

S. : Que pensez-vous de l’évolution de la presse au Burkina Faso ?

Pr E.T. : Il n’y a pas d’uniformité dans la presse. Pour prendre l’exemple du quotidien Sidwaya, il y a une ouverture. La présentation formelle s’est beaucoup améliorée, il y a de nouvelles rubriques, etc. Il faut l’encourager parce que le journal est plus informatif, plus aéré, plus lisible et plus beau. Sidwaya doit demeurer un organe d’Etat, il n’est pas l’organe d’un régime encore moins l’organe d’un parti politique et l’esprit d’ouverture que vous avez est très appréciable. Il y a d’autres quotidiens que j’apprécie également. Le problème se situe au niveau des hebdomadaires où il y a beaucoup de réserves. Dans certains hebdomadaires, c’est du lumpen journalisme. Ce sont des gens qui interviennent pour insulter, il n’ont jamais d’arguments. C’est ce que j’appelle le lumpen journalisme et ils donnent une mauvaise image de la presse.

S. : Quels sont vos loisirs ?

Pr E.T : J’aime regarder la télévision, sortir avec des amis, écrire. Je suis sur un projet d’écriture, mais je n’ai pas le temps de terminer. C’est un ouvrage qui parle des fondements éthiques du développement en Afrique. Parce que je me suis rendu compte que quels que soient les milliards déversés en Afrique, si les gens n’ont pas un minimum de moralité et d’éthique, l’Afrique ne va jamais se développer. Le manque d’éthique fait que sur un milliard qui rentre en Afrique, 3/4 retournent dans les banques européennes.

La morale qui est enseignée à l’école est déjà un moyen, mais ce n’est pas suffisant. Ça ne sert à rien d’enseigner à l’école ce qui est bien, juste et normal à l’enfant, et dès qu’il quitte ce cadre, c’est le contraire qui marche. Si on enseigne le bien, il faut que dans la société ce bien soit valorisé. Les exemples de réussite sociale qui sont montrés aux jeunes, ce sont des voleurs que tout le monde connaît. Il faut compléter les deux, sinon nous aurons des problèmes dans nos sociétés.

S. : Quel sport pratiquez-vous ?

Pr E.T. : Je marche souvent dans mon quartier. Malheureusement quand je marche, les gens se demandent si je suis normal...

S. : Est-ce parce que les marches avec le Collectif ne sont plus récurrentes..(rires)

Pr E.T. : Non. C’est pour des raisons de santé. Ça n’a rien à voir avec les marches du Collectif.

S. : Quels sont vos rapports avec le président Blaise Compaoré ?

Pr E.T. : Depuis 1989, je n’ai plus eu de rapport avec le président. La seule fois où je l’ai rencontré, c’était sous la CFD. Je crois qu’il a d’autres préoccupations.

S. : Vous avez encore des amis au CDP ?

Pr E.T. : Je n’ai d’animosité contre personne. Mais je ne manque pas de leur dire ce que je pense. J’ai même dit à l’un d’eux de faire beaucoup attention parce que nous qui avons notre petit pain, nous faisons des critiques. Mais les jeunes qui n’ont aucune perspective vont un jour leur lancer des grenades et il faut éviter cela.

Sidwaya

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