Actualités :: Côte d’Ivoire-Mauritanie # Burkina Faso : Gbagbo échoue encore devant (...)
Compaoré et Gbagbo

Le président de Côte d’Ivoire s’est découvert un nouvel allié. Il s’est pris d’affection pour le colonel Maaouya Sid’Ahmed Ould Taya depuis que ce dernier a blacklisté le Burkina Faso de Blaise Compaoré. En deux mois, le maître de Nouakchott a annoncé la découverte (et la neutralisation) de trois putschs inspirés par la Libye et mis en œuvre par Ouagadougou contre son régime.

Son ministre de la défense M. Baba Ould Sidy a annoncé la curée quand, sur CNN, il a déclaré le 26 août que son pays venait d’échapper à une tentative de coup d’Etat militaire inspirée par la Libye et "exécutée par le Burkina Faso, son bras armé dans la sous région ".

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis s’est dit Gbagbo, qui a sauté prestement sur cette aubaine pour tisser un lien avec le régime mauritanien. Il avait sous le bras un plan d’offensive diplomatique sous régionale contre Compaoré, plan concocté sur la base de renseignements erronés fournis par Me Hermann Yaméogo, un opposant burkinabé. Me Yaméogo, fils de l’ancien président du Faso est un proche de Laurent Gbagbo malgré le pogrom subi par les burkinabè de Côte d’Ivoire et ne manque aucune occasion de venir lui soutirer des sous.

Il fait aujourd’hui l’objet d’une procédure judiciaire dans son pays pour " trahison et intelligence avec une puissance étrangère ".
Si l’assemblée nationale de son pays lève son immunité, il risque en cas de condamnation, vingt années d’emprisonnement. (Voir Le Patriote n°1525 du samedi 2octobre 2004.

Gbagbo invite à Abidjan l’émissaire de Taya, lui ouvre les ondes et les colonnes des médias publics pour qu’il réitère ses accusations contre le Burkina Faso. Et signe une entente avec lui : faire front contre Blaise Compaoré en utilisant les méthodes ivoiriennes.

C’est-à-dire l’accusation à outrance soutenue par des documents attribués aux services d’intelligence mais fabriqués de toutes pièces. La lettre que nous reproduisons en fac similé est la preuve par le concret que Gbagbo tente de mettre en place un axe Abidjan-Conakry-Nouakchott contre Ouagadougou. Il envoie d’abord Lida Kouassi auprès du dictateur de Conakry pour le rallier à son projet. La réponse positive qu’il recevra va catalyser les choses.

Ainsi, Gbagbo finance le voyage de Me Yaméogo en Guinée puis à Nouakchott où il sera reçu par le président Ould Taya en personne. Pour sa part M. Baba Ould Sidy, sur recommandation, avec la carte de visite de Gbagbo, arrive à Conakry où il est reçu par Lansana Conté. Selon l’AFP : " dans une déclaration à la radio guinéenne, l’émissaire mauritanien a déclaré que le message qu’il portait était relatif à une "information personnelle" du chef de l’Etat mauritanien, Maaouiya Ould Sidy Ahmed Taya, au président Conté, pour expliquer les "derniers développements de la situation socio-politique en Mauritanie".

Baba Ould Sidy a déclaré que son pays est l’objet d’une tentative de déstabilisation de la part du Burkina Faso et de la Libye. "Le Burkina Faso continue de nier les faits", a t-il dit, mais "tous les indices montrent que le président Blaise Compaoré (chef de l’Etat burkinabè) est le principal déstabilisateur de la sous-région", a indiqué M. Ould Sidy. "Après le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire, c’est au tour de la Mauritanie d’être victime des velléités de déstabilisation du régime actuel de Ouagadougou", a t-il ajouté.

Baba Ould Sidy a affirmé que le président mauritanien demande à son homologue guinéen d’intervenir pour mettre fin aux agissements du Burkina Faso dans la région. Exactement le contenu de la lettre adressée quelques jours plus tôt par Gbagbo à son ami Ould Taya. Gbagbo est donc décidé comme il le dit dans son courrier à régler " le problème Blaise Compaoré ".

Et dans le pacte ivoiro-mauritanien, le colonel Ould Taya joue à fond son rôle d’accusateur. Ainsi, en moins de deux mois, il a accusé le Burkina Faso d’avoir tenté à trois reprises de le renverser. Il l’a accusé également de cacher des officiers fugitifs, auteurs des putschs manqués. Il cite les commandants Saleh Ould Hannena, Mohamed Ould Cheikhna et six autres ressortissants mauritaniens qui ont trouvé refuge dans la capitale burkinabé avec l’aide de Moustapha Ould Limam Chaffi, un conseiller du président Blaise Compaoré. Le 20 août dernier, M. Ould Sidy a demandé l’extradition de ces hommes au président Compaoré.

Trois officiers qui étaient entrés au Burkina Faso avec des passeports maliens ont ainsi été arrêtés et expulsés vers le Mali. Du Mali, ils ont été réexpédiés vers la Mauritanie où ils sont aujourd’hui emprisonnés. Un officier, le capitaine Abderahmane Ould Minny, qui était supposé être abrité par Blaise Compaoré a été arrêté à Nouakchott, dans une banlieue où il se cachait.

Plus que tout autre, le commandant Saleh Ould Hannena, l’homme le plus recherché par les autorités de Nouakchott (avec son "compère" le commandant Mohamed Ould Cheikhna), considéré comme la pièce maîtresse des putschs manqués, a été arrêté le 9 octobre à Rosso, une ville mauritanienne frontalière du Sénégal.

Pour le moment, le Burkina Faso na pas encore été pris à défaut dans cette tentative de putsch. Solidairement avec la Libye, il a déposé une plainte le 2 septembre dernier devant le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine pour exiger une enquête sur les accusations mauritaniennes.

Le volet "accusation" du pacte s’effondre peu à peu. Reste le volet "mobilisation diplomatique" dont Gbagbo devait se charger. Le 26 septembre 2004, Gbagbo écrit une lettre au président John Kufuor, président en exercice de la CEDEAO pour lui demander de prendre des mesures contre Blaise Compaoré. (voir Le Patriote n° 1524 du vendredi 1er octobre 2004). Et il a transmis, à l’appui de sa requête, les preuves que lui avait communiquées Hermann Yaméogo. Là encore chou blanc.

Selon " Jeune Afrique/ L’Intelligent " de cette semaine, les services secrets français ont examiné, à la demande du président Chirac, les éléments d’accusations contenus dans la lettre de Gbagbo. Ils ont estimé que ces accusations " relevaient du fantasme ". M. Djibril Ypene Bassolet, ministre burkinabé de l’Intérieur, s’est lui aussi mis à examiner la lettre de Gbagbo.

Et dans une correspondance ironique à l’endroit de son homologue ivoirien, il s’est amusé à relever les incongruités des accusations présidentielles ivoiriennes. Même Jean Pierre Bemba, du MLC, vice-président de la RDC, a cru devoir mettre les points sur les i à Gbagbo sur l’implication présumée de ses éléments, basés à des milliers de kilomètres de la Côte d’Ivoire, dans un projet de renversement de Gbagbo.

Les accusations étaient si grotesques que John Kufuor n’a rien convoqué du tout, par peur de se rendre ridicule. En somme l’axe Abidjan-Conakry-Nouakchott, composée de chefs d’Etat arrivés au pouvoir de manière " calamiteuse ", peine à fonctionner convenablement. Le pacte de mise accusation du Burkina Faso et de la Libye, parce qu’imaginé et conçu par Gbagbo a été un échec. Un échec sur toute la ligne.

TOURE Moussa
Le Patriote No. 1536 du Vendredi 15 Octobre 2004
http://www.lepatriote.net/lpx3.asp?action=lire&id=13243

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