Actualités :: Mauritanie- Burkina : "Hermann est blanc comme neige"

Les accustions portées par la Mauritanie contre le Burkina servent de prétexte à deux partis politiques, dont le Front patriotique pour le changement (Yélémani), pour dresser un tableau de la situation politique nationale. Des éclaircissements qui portent entre autres sur l’affaire Hermann Yaméogo.

Depuis quelque temps, par des accusations maintes fois réitérées, la République islamique de Mauritanie accuse la Libye et son bras exécutant, le Burkina Faso, de basses besognes, de tentative de déstabilisation du régime en place.

La Mauritanie dénonce avec quelques précisions la présence et le passage au Burkina d’officiers félons, qui ont été entraînés, financés et équipés par la Libye par l’entremise du gouvernement du Burkina.

Cet éclaircissement est très nécessaire, car le brave peuple burkinabè n’est ni de près, ni de loin concerné par les sordides affaires de ses dirigeants. De telles accusations contre le régime Compaoré ne sont pas nouvelles, celui-ci n’étant jamais totalement innocent, c’est d’ailleurs son péché originel.

Venu au pouvoir par un putsch, nourri par le fruit des troubles qu’il a fomentés ici et là en soutenant des rébellions un peu partout en Afrique, soit par idéal soit par appât du gain ou sur instruction d’un ordonnateur, il est difficile voire impossible pour lui de se défendre.

Il est de notoriété publique que le président Compaoré, plus que par amitié, est le courtier attitré du bouillant colonel de Tripoli ; bien des choses les lient si toutefois le 1er n’est pas plutôt le garçon de course de ce dernier, car, à cause de sa fortune, il ne peut rien lui refuser.

Dans ce contexte, il est le passage obligé pour toutes sortes d’aventuriers désireux de se faire un butin de guerre ou un stock d’armes, l’un n’allant pas sans l’autre, et à ce petit jeu, chacune des parties est bien servie, l’intermédiaire prélevant sa dîme, sa commission, à juste titre, et le bénéficiaire s’en tirant à bon compte. De telles opérations, payées rubis sur l’ongle, en espèces sonnantes et trébuchantes, sont une réalité.

Cet aspect des choses, aux yeux des profanes, ne peut à lui seul justifier le climat de suspicion qui plane sur le Burkina ; pour les gens de bonne foi, c’est invraisemblable, ce sont même des ragots, des récriminations gratuites pour ternir l’image du Burkina sur la scène internationale ; mais qu’on le sache : ce type de comportement est la résultante d’un business juteux pour les acteurs, un deal comme tout autre.

Et cela finit par se savoir. Les pays victimes de ces agissements dénoncent, accusent, crient au loup dans la bergerie pour prendre l’opinion internationale à témoin. Ce sont des accusations répétées qui fondent les accusations et placent le Burkina parmi les fauteurs de troubles impénitents.

Les exemples, sans être exhaustifs, sont légion : Liberia, Sierra Leone, Guinée Conakry, Côte d’Ivoire, Tchad, Niger (feu Barré Maïnassara). Ouagadougou sert de repère à toutes sortes d’aventuriers camerounais, rwandais, burundais, angolais, ivoiriens, togolais, congolais-brazzavillois, mauritaniens, algériens, guinéens..

Il ne faut pas nous voiler la face par chauvinisme ou par nationalisme étriqué. Reconnaissons les travers de notre régime pour l’amener à changer de politique extérieure, à faire rentrer le Burkina, pays pauvre et de surcroît enclavé, dans le cercle des pays respectables, soucieux de leur développement et de la stabilité de notre continent.

A chacun son tour de déstabilisation

Le début des années 90 a été le virage dangereux pour le régime Compaoré, s’étant rendu compte de la plus-value juteuse que pouvait lui valoir de tels trafics. La guerre du Liberia a permis au Burkina de s’affirmer comme servant de tête de pont dans les situations troubles.

C’est ainsi que l’armée nationale s’est trouvée au cœur du conflit avec pour mentor et commanditaire le vieux sage de Yamoussoukro, qui en voulait à mort à feu le président Samuel Doe, allant jusqu’à engager des troupes sur le théâtre des opérations, ce qui a failli déboucher sur une confrontation avec les troupes de l’ECOMOG. Là-dessous, il y avait le trafic d’armes Ouaga via le territoire ivoirien pour atteindre la frontière libérienne afin d’alimenter le conflit.

Depuis cette période, nous n’avons pas manqué de dénoncer ces agissements, la collusion entre notre gouvernement et les trafiquants de tout poil et toutes sortes de petits escrocs. Nous avons étayé nos propos, argumenté sur les risques que font peser sur notre pays de tels comportements, nous avons dit alors que la guerre libérienne pourrait s’avérer contagieuse et donner des idées à d’autres aventuriers cupides et avides de pouvoir.

Nos craintes se sont justifiées avec ce qui s’est passé en Sierra Leone, en Guinée Conakry et aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Nous nous inquiétons des conséquences de ce genre de phénomènes, qui finit toujours par se retourner contre ses auteurs, contre les comploteurs et les Etats voyous.

Aujourd’hui, c’est la Côte d’Ivoire qui subit les affres de la déstabilisation, de la guerre civile ; demain sera sûrement le tour du Burkina Faso, car les victimes de nos méfaits, désireuses de se mettre à l’abri, pourraient à leur tour alimenter, entretenir des foyers de tensions sur notre territoire, attitude somme toute compréhensible et justifiée.

Nos assertions étaient-elles prémonitoires ? En tout cas, la Côte d’Ivoire est dans la tourmente tout comme ceux qu’elle a aidé à embraser. Nous le réaffirmons : il ne reste plus que nous. C’est sûr, ça ne manquera pas d’arriver avec la situation déliquescente latente de notre tissu social, économique et politique.

Le peuple burkinabè doit se réveiller et demander des comptes à nos gouvernants, qui sont toujours les mêmes, exiger d’eux qu’ils aient un comportement plus responsable et qu’ils cherchent par tous les moyens à se réconcilier avec tous les Etats voisins auxquels ils ont d’une manière ou d’une autre causé des torts, sinon un de ces jours, c’est le peuple burkinabè qui va trinquer, payer par le feu et le sang, comme c’est déjà le cas en Côte d’Ivoire, où nos compatriotes sont victimes de pogroms. N’accusons pas toujours les autres, observons si notre comportement est correct avant de jeter l’opprobre sur les autres.

Norbert Zongo avait raison

Feu Norbert Zongo dénonçait sans ambages et sans relâche le régime Compaoré en le mettant en garde contre ce genre d’agissements. Etat trafiquant d’armes, voilà ce qu’il dénonçait déjà. Souvenons-nous de la saisie d’une cargaison d’armes sur l’aéroport international de Moscou, portant inscription "aide humanitaire, destination : Burkina Faso". Cette affaire, en son temps, avait totalement embarrassé le pays. Qu’il repose en paix, car nous voyons tout ce qu’il disait petit à petit. C’était un vrai patriote, mort l’arme de vérité à la main.

Pour les thuriféraires, les inconditionnels du régime, le président Compaoré est un stratège politique, un incontournable dans la région, craint et à la fois respecté, et dont nous, opposants politiques, cherchons par tous les moyens à salir, à ternir l’image de marque.

Oui, c’est de bonne guerre. Cela se justifie. La conquête du pouvoir étant une lutte permanente où tous les coups sont permis surtout en cette période charnière et électorale. Toutefois, n’oublions pas que qui sème le vent récolte la tempête ; donc, attendons notre tour un jour ou l’autre.

Nous, hommes politiques, nous sommes engagés librement en politique, nous avons fait le serment d’une manière ou d’une autre de servir, d’éduquer, de protéger les intérêts du peuple, surtout de l’informer. Acteurs du pouvoir comme ceux de l’opposition ont l’obligation de jouer leur rôle.

Dans le cas d’espèce, nous devons avoir le courage de dénoncer les travers du régime en nous portant à ses côtés pour le mettre à l’abri de surprises douloureuses. Dans le contexte actuel, l’opposition joue bien sa partition, il n’y a donc rien à reprocher à Hermann Yaméogo, président de l’UNDD. Il tire profit de la situation que, par son propre jeu, le pouvoir a favorisée.

Dans certains cercles du pouvoir, l’opposition est traitée de renégate, de chenapan voir d’apatride. Ils veulent imposer la pensée unique comme si nous étions sous un régime totalitaire, où personne n’a le droit de faire connaître sa différence. Ce moment est bien révolu, et leur fumisterie nous laisse de marbre.

Ils ne nous émeuvent pas, ils ne sont rien que l’ombre d’eux-mêmes. S’ils veulent le désordre en cette période sensible, qu’ils se débrouillent, ils trouveront le brave peuple longtemps abusé, devant eux. Ont-ils déjà oublié l’affaire Norbert Zongo ? A bon entendeur, salut.

La cupidité d’un régime

Ce que nous reprochons à ce régime, c’est sa cupidité. Il est prêt à toutes les basses besognes. Nos arguments sont imparables, indiscutables tant il est vrai que le pouvoir est trempé dans toutes les affaires sordides. Dans tous les cas, l’histoire nous instruira, elle fera la part des choses, pour le peuple en premier lieu, dans les méfaits de cette période de notre histoire.

Nous interpellons le brave peuple burkinabè, qui lutte sans désemparer pour se sortir de sa misère noire ou du moins ceux qui restent encore objectifs, conscients de la gravité de la situation, à demeurer vigilants, les vrais patriotes à faire la part des choses, à se départir de tout esprit machiavélique de fierté nationaliste pour plutôt dire : « Il ne sert à rien d’être craint pour être respecté, mais qu’il est plutôt mieux d’être sage pour être honoré ». Dans les cités, les gangsters ne sont-ils pas craints de toute les populations, mais où finissent-ils ?

Cette mise au point faite, avec votre permission, venons-en aux faits. Les effets intérieurs de cette affaire aux conséquences imprévisibles de cette politique hasardeuse et aventurière du régime Compaoré pourraient être dramatiques si le pouvoir n’y prend garde.

Cette politique s’est jusque-là traduite par un climat de suspicion, de délation contre le président de l’UNDD. Le régime se sent trahi par son opposition, il voit le mal partout, alors il accuse pêle-mêle, il cherche les brebis galeuses et trouve enfin la proie facile : Hermann Yaméogo. Oui, encore lui ! Hermann Yaméogo, indispensable allié du régime aux temps des crises, des tumultes, tempêtes intérieures, mais aussitôt jeté en pâture, livré à la vindicte populaire.

Les manœuvres du pouvoir, les experts en intrigues, en calomnies, qui sont passés maîtres dans l’art, sont à l’œuvre. Bien qu’à cours d’arguments, ils cherchent et veulent trouver des poux sur un crâne rasé. Mais manque de peau, le peuple, encore lui, de qui tout part et à qui tout aboutit, est stoïque, il n’est pas dupe. Il sait maintenant distinguer l’ivraie du bon grain, faire la part des choses en toute lucidité. Il sait que les accusations portées contre le président de l’UNDD ne sont qu’un écran de fumée pour tenter de brouiller les cartes.

Les dessous sont plus complexes ; ils sont le fruit d’une machination. Les accusations visent un objectif précis : contrer, mettre hors course Hermann Yaméogo en vue de l’élection présidentielle prochaine, car jusqu’à nos jours, celui-ci est et demeure le principal challenger du président Compaoré, et sa propension à occuper le terrain inquiète sérieusement les cercles du pouvoir, pour qui tous les moyens sont bons pour éliminer ses adversaires.

Me Hermann Yaméogo fait peur

Me Yaméogo a su donner un sens à son combat. Il veut le pouvoir, le cherche et se donne les moyens de réussir, donc il fait peur.

C’est donc en toute connaissance de cause qu’il fait et défait ses alliances au gré de ses intérêts, attitude somme toute logique en politique. Où alors, ne sommes-nous pas en politique ? Est-ce un crime qu’il parte à l’étranger chercher le nerf de la guerre, c’est-à-dire l’argent ? Cet argent a-t-il une couleur ou une odeur ? L’argent de l’Etat trafiquant d’armes a-t-il également une couleur, une odeur ? Soyez sérieux.

Ayez un peu plus d’égards pour le peuple, messieurs du pouvoir. L’avènement de la Révolution le 4 août 1983 s’est-il fait sans l’aide d’une puissance étrangère ? En toute légalité ? La révolution ne s’est-elle pas adossée et n’a-t-elle pas reçu aide, soutien matériel et financier de l’axe de la Révolution Accra-Tripoli ?

Le 15 octobre 1987 n’est-il pas le fruit d’une conspiration internationale ourdie et financée par la Côte d’Ivoire pour mettre fin à l’aventure du CNR ? Qui alors a jugé l’opération comme une trahison de la patrie ? Alors, que ceux du pouvoir arrêtent leurs récriminations sans fondement, qu’ils s’occupent de sortir la poutre qui est sur leur front au lieu de persister à vouloir retirer la toute petite brindille des yeux de l’opposition, qui, jusque-là, ne fait que jouer parfaitement son rôle.

Le pouvoir, dans sa lancée, veut embastiller l’actuel leader de l’opposition par des machinations ; il parle de la levée de son immunité parlementaire pour des accusations gratuites, mais il oublie qu’en 1996, il avait engagé la même procédure contre l’actuel président de l’Assemblée nationale pour des faits bien plus graves, mais aux dessous éminemment politiques. On parlait alors de crimes économiques commis quand il occupait les fonctions de Premier Ministre. Si cette affaire d’Etat n’a pas abouti, nous comprendrons difficilement que la cabale contre le président de l’UNDD passe en justice. Il ne peut y avoir de justice à deux vitesses au Faso.

Par son comportement frileux, le pouvoir finit par démontrer au peuple et à l’opinion internationale que seul le président de l’UNDD est en mesure aujourd’hui de l’inquiéter. C’est bien pourquoi nous en appelons à ce même peuple pour qu’il se montre digne, qu’il se mobilise, qu’il travaille à l’aboutissement de l’alternance démocratique avec Hermann Yaméogo. Pour une fois de son histoire, qu’il soutienne réellement et objectivement celui qui s’est montré résolu, déterminé à conquérir démocratiquement le pouvoir d’Etat. Il en vaut la peine.

Pour le PNR/JV,
Le président, Christian T. Koné

Pour le FPC/Yèlèmani,
Le président, Ibrahim Tahirou Zon

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