Actualités :: Accusations mauritaniennes et ivoiriennes : vérité, où es-tu ?
H. Yaméogo

L’opinion burkinabè et même internationale ne sait plus à quel saint se vouer quant aux accusations mauritaniennes sur une implication du Burkina dans la dernière tentative de déstabilisation de ce pays.

Elle est d’autant plus perturbée que ces accusations arrivent deux ans après celles des autorités d’Abidjan à propos de l’implication du Burkina dans la crise ivoirienne. Des accusations qui ont suivi la plongée burkinabè dans l’imbroglio libérien d’où ont découlé d’autres accusations, guinéennes cette fois, sur une tentative de déstabilisation du pays de Sékou Touré. On en viendrait à parler aujourd’hui de la présence de légionnaires burkinabè aux portes du Pentagone que l’opinion ne serait guère surprise.

En effet, s’il est vrai que "cabri mort n’a pas peur de couteau", ces dénonciations en série placent les autorités burkinabè entre deux chaises. S’il était avéré que le pays des Hommes intègres s’était intégré dans les secousses politiques en Côte-d’Ivoire et en Mauritanie, l’opinion internationale risquerait de ne pas continuer à garder le silence.

Ce qui rend plus opaque l’implication du Burkina dans la crise ivoirienne et la présumée tentative de coup d’État en Mauritanie, c’est l’excitation dans le camp UNDD. Là, de petits faits troublants tendraient à blanchir les autorités de Ouagadougou. Car, dans tous les pays, il existe des services de renseignements - performants ou non - avec des indicateurs qui deviennent plus actifs en période de turbulences.

Dans un article du journal ivoirien Le Patriote publié par notre confrère Sidwaya sous le titre "Accusations du pouvoir d’Abidjan contre le Burkina, voici l’espion burkinabè de Gbagbo", des détails troublants sont exposés. Maître Hermann Yaméogo et son frère Noël Yaméogo auraient séjourné du 25 au 28 septembre 2004 dernier sur les bords de la lagune Ébrié, occupant respectivement les chambres 219 et 202 de l’hôtel Ibis-Plateau où ils auraient pris leurs quartiers.

Le frangin du président de l’UNDD, au frais à la Sûreté, a été alpagué avec un document compromettant. Ce papier aurait servi au pouvoir d’Abidjan pour étayer la nouvelle accusation de déstabilisation portée contre le Burkina et les Forces nouvelles. Un document brouillon dans lequel des indications de virements bancaires et d’entraînements de troupes dans les Banwa ont suffi à Laurent Gbagbo pour saisir le président en exercice de la CEDEAO, lui indiquant qu’un énième coup d’État était en préparation contre lui.

Troublant également, le fait que le président de l’UNDD flirte avec les autorités de Nouakchott. Si rien n’oppose l’UNDD et le régime Ould Taya, rien non plus n’explique un flirt, sinon que peut-être "des Burkinabè complotent contre le Burkina", pour reprendre les termes du ministre Djibril Bassolet de la Sécurité.

Pour résister, Me Hermann Yaméogo argue que le cachet de l’aéroport de Nouakchott ne figure pas sur son passeport. Or, on sait que pour plusieurs raisons, comme celle qui aurait conduit le président de l’UNDD en Mauritanie, les hôtes de marque ne montrent pas pattes blanches en passant par les salons d’honneur.

Quoi qu’il en soit, plus que des fax, le gouvernement burkinabè a aujourd’hui le devoir de fournir d’autres explications. Des explications à même de convaincre l’opinion nationale et internationale de sa bonne foi déclarée. Au-delà des points de presse au cours desquels quelques "preuvettes" sont distribuées, il faut trouver d’autres éléments, supports d’innocence qu’on posera sur la table de l’Union Africaine et des Nations unies avant de porter plainte pour diffamation diplomatique.

Si ces éléments font défaut, si les autorités burkinabè ne trouvent rien pour montrer que des puissances étrangères veulent salir le pays, alors Laurent Gbagbo et Ould Taya - deux hommes aux démocraties plus que frileuses - auront raison. Il est facile de détruire un homme ou un pays. Effectivement, les deux plus grands malades politiques de l’Afrique de l’Ouest boiraient du petit lait dès lors que seraient avancées des preuves formelles pour accréditer la thèse de l’implication du Burkina dans les crises ivoirienne et mauritanienne.

En attendant, c’est le noir complet et tout le monde y va de sa trompette, l’occasion faisant le larron. Il n’y a pas de débat politique sur le sujet. Non ! Il n’y a que des saillies désordonnées du pouvoir et des partis d’opposition. Les observateurs doivent sourire en regardant la scène. Mais l’important, c’est l’incrédulité montante de l’opinion nationale devant des hommes politiques bégayant. De là naîtra le discrédit.

Le plus curieux dans cette affaire, c’est que le Burkina tente de s’expliquer et qu’en face on trouve des Burkinabè main dans la main avec les accusateurs qui s’emploient à plonger le pays dans l’eau boueuse des États mercenaires.

En tout cas, un problème existe et rien ne dit aujourd’hui que le Burkina est si propre qu’il le prétend. A moins que le pays soit resté à cette étape de nation-bébé qui prête toujours le flanc. L’opinion nationale attend la vérité, rien que la vérité.

M. J. Mimtiiri
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