Actualités :: Quand Gbagbo écrit à Kufuor : Des accusations grotesques contre le (...)

Maintenant, il est établi que les régimes africains en décadence sont passés maîtres de trouver en l’extérieur les causes de leur instabilité chronique. La lettre de Laurent Gbagbo au président en exercice de la CEDEAO, John Kufuor finit de prouver que celui-ci ne croit pas en la paix dans son pays.

Les négociations de Marcoussis, d’Accra I, II et III n’auront été que des farces grotesques auxquelles il a participé pour mieux préparer des actes de boulanger professionnel, celui "roulant à tour de main tout le monde dans la farine". Si les services de renseignements de Gbagbo sont aussi efficaces, vu la précision et la diversité des informations contenues dans cette missive, on se demande comment ils n’ont pas réussi à anticiper la rébellion, en l’étouffant dans l’œuf.

C’est devenu une maladie. Une sorte de fuite en avant qui a l’avantage d’occulter tous les problèmes réels d’une Côte d’Ivoire, désormais c’est sûr, en perdition. Le président Laurent Gbagbo s’évertue à pointer un doigt accusateur sur le Burkina avec une légèreté frisant l’absence totale de sens de la responsabilité.

On pouvait croire après les multiples rencontres de médiation, les solutions qu’elles ont préconisées que l’attention du chef de l’Etat ivoirien sera retenue par leur mise en œuvre. Hélas, le délai du 30 septembre 2004 donné au parlement pour en terminer avec les réformes politiques appartient à l’histoire et aucun texte sur les points capitaux n’a pu être adopté. Les questions du foncier rural, du code de la nationalité, du code électoral et des critères d’éligibilité constituent toujours des goulots d’étranglement et rien ne laisse croire qu’il en aille autrement dans les prochains jours.

La défaillance du parlement est un fait bien entretenu par le parti au pouvoir, qui sous prétexte d’amendements des textes, organise un vrai blocage. L’objectif étant sans doute de maintenir en l’état une situation qui lui est favorable à tout point de vue. La clarification du jeu politique renverra en effet tout le monde devant les électeurs et il n’est pas sûr qu’à ce jeu-là, le FPI ait les meilleures cartes en main.

Stratégie programmée

La lettre de Laurent Gbagbo à John Kufuor tombe à un moment où les réformes politiques sont au point mort. La stratégie de l’homme ayant toujours été de noyer le poisson, il a mis ses "jeunes patriotes" dans les rues. Ceux-ci depuis lundi ont pris d’assaut les abords du 43e Bataillon d’infanterie de marine (BIMA).

Selon que la situation évolue en leur défaveur, ils se rappellent au bon souvenir des observateurs par des coups médiatiques où ils trouvent les ennemis de la Côte d’Ivoire partout.

Il est vrai que Noël se profile à l’horizon, mais le contenu de la lettre prouve éloquemment à quel point le pouvoir ivoirien est passé maître en montage de scénarios dignes des pires films de série B yankee. Tout y passe, de la présence des hommes qu’il faut pour renverser le régime, des virements bancaires et des livraisons d’armes dont les contenus sont décrits avec une ahurissante force de détails.

La président ivoirien a même réussi le tour de force de réveiller des morts (sic), "Johnny Paul Koroma qu’on donnait pour mort a été aperçu dans la nuit de samedi à dimanche sur l’avenue Kwamé-N’Krumah".

Et pour corser le tout, "des Ivoiriens, Libériens, Sierra-Léonais subissent un entraînement très intensif à Solenzo sous la houlette d’instructeurs israéliens". La coupe est pleine et une telle paranoïa chez les dirigeants ivoiriens campe leur état d’esprit quant à leur responsabilité propre dans la crise persistante depuis 2000 au pays de feu Houphouët Boigny.

Où l’UNDD s’accuse

Peut-être que le parti de Hermann Yaméogo a des services de renseignements plus efficaces et performants que ceux de Laurent Gbagbo.

En tout cas, ce parti a réussi le tour de force de faire la preuve que les accusations du ministre de la Sécurité sur les agissements de son chef sont authentiques.

En prenant connaissance du communiqué du secrétaire à l’organisation de l’UNDD chez un confrère, invitant les militants à une réunion, on était loin de se douter de l’ordre du jour. Ou bien, on hallucine, ou bien ce parti confond lutte politique et débats de cabaret. Convoquer les premiers responsables des structures pour leur "proposer la tenue d’un grand meeting d’information et de témoignage sur la présence de rebelles au Burkina Faso" doit s’inscrire dans le Guiness book de l’incurie politique.

Hermann Yaméogo finit cette fois de montrer aux yeux des Burkinabè qu’il est plutôt au service de Laurent Gbagbo qu’à celui du peuple burkinabè. A un moment où les débats se cristallisent sur les conditions de vie de nos populations, les effets de la mondialisation sur les pays les moins nantis, lui, il pense que la présence ou non de rebelles au Burkina constitue un sujet de très grand intérêt.

Pourtant depuis sa visite en Mauritanie, on entend tous les champions de la démocratie dire qu’il est un homme libre et en conséquence libre d’aller et de venir , de fréquenter qui il veut, comme il veut et quand il veut, il se permet lui de dénier à des Ivoiriens d’aller et de venir comme bon leur semble. Ces Ivoiriens ne sont-ils pas des frères et n’ont-ils pas les mêmes droits que les autres Ouest africains ayant le droit à la libre circulation dans la CEDEAO ?

La Côte d’Ivoire, du moins certains de ses hommes politiques ont inventé le concept inique de l’ivoirité. Il leur revient de se ressaisir car il n’est jamais trop tard de reconnaître ses erreurs. Si dans cette erreur Gbagbo n’y est pas pour grand chose, le fait qu’il persiste à nourrir et entretenir cette erreur, le rend plus responsable que les inventeurs de ce monstre, concentré d’exclusion, de xénophobie et pour finir de génocide. Si l’UNDD veut prendre sa part dans l’alimentation d’une telle monstruosité, libre à elle. Mais qu’elle arrête de prendre pour prétexte la présence de citoyens d’autres pays au Burkina.

Souleymane KONE
L’Hebdo

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