Actualités :: Djirbil Bassolé, comme un arracheur de dents

Mais quelle mouche l’a piqué ? Comme si le département en charge de la Sécurité n’avait pas assez à faire avec l’insécurité qui monte en flèche, le ministre Djibril Bassolet a pris sur lui d’ouvrir un nouveau chantier : croquer de l’opposant.

Comme un mauvais acteur en mal de vedettariat, il s’est inventé une raison de se projeter aux premières loges de l’actualité par une interview accordée au quotidien d’Etat SIDWAYA le mardi 28 Septembre 2004, suivie d’une conférence de presse 48 heures plus tard. Principal sujet de ces sorties fortement médiatisées à dessein : Hermann Yaméogo, accusé de collusion avec les " ennemis " du Burkina Faso notamment la Côte d’Ivoire, la Mauritanie et la Guinée.

Mais l’affaire n’aurait certainement pas pris de telles proportions si l’opinion nationale ne s’était rendue compte que les accusations du ministre à l’encontre de l’opposant ne résistaient à aucune analyse sérieuse. Quels buts réels poursuit le ministre Bassolet qui, depuis quelque temps, semble plus s’occuper de politique que de sécurité ? Récit et analyse d’une affaire digne de Rocambole.

Ce fut d’abord le quotidien Sidwaya qui servit au ministre, de support pour l’ouverture des hostilités. Dans son édition n° 5107 du 28 Septembre 2004, celui-ci se fend d’une interview dont les termes peu amènes et la gravité du fond ont eu le temps d’être appréciés par l’opinion nationale. Morceaux choisis : " Il y a manifestement une volonté de nuire, de la part de certaines puissances étrangères hostiles au Burkina Faso.. Elles bénéficient du concours d’illustres Burkinabé qui sillonnent en ce moment même certaines capitales pour vendre des informations sur de prétendus camps d’entraînement de putschistes étrangers. Vous avez certainement lu l’article " Refermons cette parenthèse folle " du journal SAN FINNA du 27 Septembre 2004. Savez-vous que c’est Me Hermann Yaméogo qui l’a fait envoyer de Nouakchott où il a été reçu le mercredi 22 Septembre à la Présidence en provenance d’Abidjan ? " " Loin de moi toute intention de l’accabler. Il se bat comme il peut pour se faire un peu d’argent. Je veux simplement dire que si des affirmations qui accablent le Burkina Faso sont faites par les autorités mauritaniennes, sur la base d’informations fournies par Me Hermann Yaméogo, dont on connaît le degré de patriotisme et de sympathie pour le régime, on ne peut que douter de la sincérité de ces accusations ".

Nous le répétons, les accusations du ministre Bassolet sont graves, et cela, l’opinion l’a perçu. Mais venons-en tout d’abord à celles portées contre SAN FINNA et qui ont valu à son Directeur gérant d’être retenu dans les locaux de la Sûreté nationale le mercredi 29 Septembre dernier, de 14 heures à 20 heures. L’écrit publié en page 4 de son n° 279 provient effectivement de Mauritanie mais d’un confrère dénommé Mohamed Ould El Kory, Directeur de la rédaction du journal INIMITCH AL WATAN. Contrairement aux allégations du ministre Bassolet, SAN FINNA ne le reçut pas, du moins directement. Nous sommes tombés dessus par le plus pur des hasards avec des confrères d’une Rédaction qui ne l’avait pas retenu. Ayant jugé par son contenu qu’il pouvait nous intéresser, nous avons sollicité et obtenu l’adresse e-mail du confrère mauritanien en question ; nous lui avons écrit afin qu’il nous envoie par lui-même l’article, ce qu’il fit et qui nous permit sa publication dans notre dernière édition. Ni de près, ni de loin, le président de l’UNDD ne s’est trouvé mêlé à l’envoi ou à la parution dudit article. Mais malheureusement, comme les faits le démontrent, la sécurité du Burkina semble être entre les mains de responsables qui accusent d’abord et qui recherchent les preuves ensuite. Cet écrit, au contenu somme toute assez commun -car ne contenant rien qui n’ait été mâché et remâché par la presse internationale- a par conséquent servi de " preuve irréfutable " de la présence d’Hermann Yaméogo en Mauritanie.

Au sujet de cette présence dans la capitale mauritanienne, monsieur Djibril Bassolet s’est voulu précis. Il affirme dans l’interview que le leader de l’UNDD a été reçu le 22 Septembre à la présidence mauritanienne. Affirmation que l’intéressé a démenti aussitôt au cours d’une conférence de presse tenue le 28 Septembre même, pratiquement dès sa descente d’avion. Le président de l’UNDD a fourni à la presse les différentes étapes de son périple international. Après Abidjan où il s’est tout d’abord rendu, il s’est envolé pour Washington où il a pris part au congrès du Black Caucus. Revenu ensuite à Abidjan, Hermann Yaméogo a continué à Conakry avant de revenir sur Abidjan et de rentrer à Ouagadougou. A la fameuse date du 22 Septembre, où il aurait été aperçu dans les couloirs de la présidence mauritanienne, l’enfant de Koudougou se trouvait donc à Conakry où il a séjourné du 20 au 25 Septembre 2004.

Alors, Monsieur le Ministre, VOUS MENTEZ ! Et vous le dire n’a rien de personnel : c’est pour le bien de la République.

Notre Ministre, qui vante l’efficacité de ses services de renseignements, ne s’est pas trompé de bonne foi en proférant des accusations aussi grossières contre Hermann Yaméogo. Il l’a fait de propos délibéré. Pourquoi ? Avant d’en arriver aux raisons qui motivent l’homme, un mot sur ses méthodes.

Le ministre Djibril Bassolet, depuis son arrivée aux responsabilités qu’il occupe, a toujours eu une propension aux actions spectaculaires, aux coups d’éclat. On peut le voir à travers par exemple sa gestion de la question de l’insécurité. En guise d’introduction, l’opinion nationale avait eu droit à l’étalage sur plusieurs semaines de cadavres de " prisonniers évadés " délibérément médiatisés. Au résultat, la criminalité a-t-elle diminué ? Chaque Burkinabé peut répondre à cette question.

Son autre méthode de prédilection semble être de recourir à la désinformationdans l’objectif de détourner en général le mécontentement populaire de sa cible légitime qu’est le pouvoir, vers une autre préalablement identifiée et contre laquelle des éléments à charge sont fabriqués. En atteste par exemple la crise survenue entre la communauté libanaise installée au Burkina et les syndicats de commerçants de l’ex-marché Rood Woko. Au cours d’une rencontre entre le ministre Bassolet et ces syndicats, et à laquelle la presse avait été intentionnellement conviée, ceux-ci avaient été insidieusement accusés de ne pas défendre les intérêts de la corporation mais plutôt ceux de personnes occultes de qui ils recevaient de fortes sommes d’argent. Cette manœuvre avait eu pour but de jeter les syndicats de commerçants en pâture à la presse, et à travers elle, à l’opinion nationale.

On peut également donner comme exemple la gestion de la crise issue de la répression sauvage dont avaient été victimes les commerçants au cours d’un de leurs meetings en février 2004. Afin de détourner la colère populaire de la responsabilité première de l’Etat, Hermann Yaméogo et son parti l’UNDD avaient été " ciblés " comme les coupables, et accusés de manipuler les commerçants pour tenter de renverser le régime. A l’époque, il avait même été question de caches d’armes prêtes à servir. Jamais les preuves ne seront rapportées !

Aujourd’hui, avec cette nouvelle affaire, nous assistons à l’entame d’un processus similaire. Seulement, un grain de sable s’est glissé dans la mécanique depuis le début. En lançant l’offensive par son interview du 28 Septembre dernier, le ministre Bassolet savait Hermann Yaméogo en déplacement à l’étranger. Il ne s’attendait guère à son retour et à sa réplique du berger à la bergère, le même jour. La désinformation lancée a été stoppée net dès le lendemain à travers le compte-rendu fait par la presse de la conférence qu’il a tenue la veille. Pris de cours, sentant la manœuvre compromise, monsieur Djibril Bassolet s’est vu dans l’obligation de recommencer la manœuvre.

C’est ce qui explique sans doute la convocation expresse d’une conférence de presse dès le lendemain 30 Septembre, avec à l’appui de " nouvelles preuves " de " l’implication sans équivoque " d’Hermann Yaméogo et de Noël Yaméogo, compagnon d’infortune du président de l’UNDD, et jusque-là, toujours détenu sans raison crédible dans les locaux de la Sûreté nationale. Ces preuves, ce sont ces curieux documents à caractère de tracts, généreusement distribués à la presse nationale et internationale, et censés avoir été saisis sur la personne de monsieur Noël Yaméogo.

On s’interroge inévitablement sur les raisons d’un tel acharnement sur la personne de Me Yaméogo ainsi que sur son parti l’UNDD. On aura remarqué qu’au cours de sa conférence de presse du 30 Septembre, le ministre de la Sécurité a fait cas de la possibilité d’une levée de son immunité parlementaire. La mention à cette éventualité d’une procédure judiciaire contre l’opposant qu’il est n’a pas surpris nombre d’observateurs de la vie politique nationale, qui y lisent très clairement une intention mal déguisée de barrer la route de la présidentielle de 2005 à quelqu’un qui semble réunir les moyens de remettre sérieusement en cause la réélection du futur candidat auto-proclamé Blaise Compaoré.

Les jours qui viennent éclaireront davantage l’opinion sur les réelles intentions du pouvoir, mais d’ores et déjà, le ministre Bassolet devrait sérieusement méditer sur les dangers de confondre manœuvre militaire et manœuvre politique !

Lamine Koné
San Finna

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