Actualités :: Blaise Compaoré, source de tous les maux en Afrique francophone (4) (...)
Blaise Compaoré

Personne n’apporte la preuve que Blaise Compaoré a entrepris de déstabiliser la Côte d’Ivoire, le Togo et la Mauritanie. Quelques uns s’entêtent, malgré cela, à montrer du doigt Ouagadougou (cf LDD Burkina Faso 040 à 042/Lundi 20 à Mercredi 22 septembre 2004). C’est donc qu’ils ont intérêt à déstabiliser Compaoré.

Ce n’est pas la première fois. Je posais déjà la question en avril 1999 : "Faut-il brûler Blaise Compaoré ? ".

J’expliquais qu’après avoir été considéré, en 1997, comme un homme incontournable sur la scène diplomatique africaine et internationale, Compaoré était voué aux gémonies. Il devenait infréquentable et la presse panafricaine, après avoir largement profité de ses subsides publicitaires lors des manifestations qui venaient d’y être organisées (OUA, France-Afrique, Can de football, etc...), enfonçait le clou. Elle lui reprochait d’avoir commandité (ou couvert) l’assassinat de Norbert Zongo, directeur du journal L’Indépendant, qui enquêtait sur les exactions dont il accusait François Compaoré, le frère du chef de l’Etat, par ailleurs un de ses conseillers économiques chargé de mission à la présidence du Faso.

Il y avait crime, certes. Il y avait les exécuteurs et les commanditaires de ce crime. Le dossier a été confié à la justice burkinabè. Et, sur ce dossier, nul ne peut reprocher à Compaoré de n’avoir pas joué le jeu de la vérité.
L’affaire remontait au 13 décembre 1998. Moins d’un mois après la réélection de Compaoré à la présidence de la République pour sept ans. Ce n’est pas à lui que profitait ce crime. Mais à tous ceux qui avaient intérêt à déstabiliser le chef de l’Etat burkinabè pour ses engagements ou ses prises de position.

Il y avait l’opposition burkinabè qui, refusant de participer à l’élection présidentielle du 15 novembre 1998, avait misé sur une abstention record (or, le taux de participation avait été de plus de 56 % et n’avait pas été contesté). Elle s’était lourdement trompée et cherchait dans l’affaire Zongo un "deuxième tour" qui n’avait plus lieu d’être. Il y avait aussi tous ceux qui n’aimaient pas les prises de position du président burkinabè.

Il était alors contre l’ Ecomog et son mode d’intervention en Sierra Leone, la mondialisation
sans justice et sans solidarité, l’ingérence de l’Onu dans les affaires qui concernaient l’OUA (notamment en Angola), la vision franco-togolaise de la force d’interposition, la volonté de Sassou NGuesso de régler seul et sans jamais dialoguer, ses très nombreux problèmes intérieurs, etc... Il était alors pour la mise à l’étude de la question de l’intangibilité des "frontières artificielles ", la participation de l’Union pour la démocratie et le progrès (UDPS) et les autres formations politiques dans la solution des problèmes de la RDC, la prise de conscience des Africains que "la responsabilité des guerrés sur le continent était d’abord africaine", etc...

C’était en 1999. Il y a cinq ans. Au cours de ces cinq années, le Burkina Faso a poursuivi sa
marche en avant et changé, du tout au tout, sa physionomie. Blaise Compaoré est revenu sur le devant de la scène diplomatique. Il vient d’organiser, chez lui, le sommet extraordinaire de l’Union africaine sur la lutte contre la pauvreté et l’emploi ; il se prépare à organiser le prochain sommet francophone.

Il y a cinq ans, on pouvait d’autant plus vouer Compaoré aux gémonies que l’Afrique de l’Ouest paraissait florissante. Henri Konan Bédié présidait aux destinées de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique de l’Ouest toute entière ; nul n’osait penser que, quelques mois plus tard, il serait balayé (et son régime avec) en quelques heures et devrait être exfiltré de son pays par l’armée française tandis que la Côte d’Ivoire allait sombrer dans une succession de crises dont elle n’est pas encore sortie.

Abdou Diouf présidait aux destinées du Sénégal ; nul n’osait penser que, quelques mois plus tard, il serait balayé par le "Sopi" et le vent du "changement" qui porterait au pouvoir, à Dakar, une nouvelle équipe dirigée par l’opposant de toujours : Abdoulaye Wade. Et que cette opposition attendue et espérée allait être confrontée aux pires difficultés (dont la moindre, dramatique et symbolique, est le naufrage du Joola, il y a tout juste deux ans).

Ibrahim Maïnassara Baré présidait aux destinées du Niger ; nul ne pensait que quelques mois plus tard, il serait balayé par une rafale de mitrailleuse : il y avait bien longtemps qu’en Afrique noire francophone, l’alternance n’avait été assurée par l’assassinat politique.

A Cotonou, Kérékou avait repris le pouvoir (démocratiquement) à Soglo. A Bamako, Alpha Oumar Konaré allait bientôt le céder à Amadou Toumani Touré qui en avait délogé Moussa Traoré bien des années auparavant. A Lomé et à Conakry, rien de neuf : les deux pays, qui ne manquaient pourtant pas d’atouts économiques et humains, continuaient de sombrer en marge de l’Histoire. A Nouakchott, les problèmes intérieurs et les difficultés du pays à se positionner sur l’échiquier diplomatique ne cessaient d’envenimer la situation politique.

Le Burkina Faso avançait, avançait, avançait. A son rythme. Avec ses moyens. Selon sa propre ligne politique ; ou, plus exactement, une certaine vision du monde qui lui appartient en propre. Ce qui ne manque pas de susciter, ici et là, les jalousies. A la veille de la tenue du prochain sommet francophone, elles ne manquent pas de s’exacerber. Les télévisions et la presse ne vont pas manquer de "raconter" Ouaga. Et plus encore "Ouaga 2000". Ce projet d’urbanisation devenu réalité. Car le Burkina Faso est un des rares pays africains où les rêves deviennent des réalités.

Oh ! bien sûr, le bilan n’est pas que positif ; et n’est pas positif dans tous les domaines. Mais il faut bien reconnaître que le Burkina Faso réussit parfois là où les autres pays francophones d’Afrique de l’Ouest échouent pour la plupart : stabilité politique ; développement et croissance économique ; progrès social ; présence internationale ; dialogue politique quasi permanent, etc...

Il y a quelques instants, Filippe Savadogo, ambassadeur du Burkina Faso à Paris, me recevant dans son bureau parisien à la veille d’une mission au Burkina Faso (il va subir son grand oral très bientôt, à Ouaga, avec l’organisation du sommet francophone), me rappelait ce que j’avais écrit en 1999. "Faut-il brûler Blaise Compaoré ? ". Avec ce phrasé si particulier qui est le
sien (qui n’est pas sans me rappeler le didactisme onirique de Claude Nougaro), il évoquait son pays démuni de tout mais riche de ses hommes et de ses femmes et que l’on attaque parce qu’on pense faible ; ces chefs d’Etat qui lorgnent avec envie du côté de cette terre sahélienne qui ose être ce qu’elle a toujours été : combative.

Enthousiasmé lui, l’homme de la terre infinie, par la mer infinie découverte depuis le pont d’envol du Charles-De-Gaulle lors de la revue navale du 15 août 2004 au large de Toulon ("événement que l’on ne peut vivre qu’une fois dans sa vie ", soulignait-il), il me rappelait que les "Tirailleurs sénégalais" avaient été, majoritairement, voltaïques. Et pieds nus sous son bureau, tendant vers moi ses deux bras, il ajoutait que le sang qui coulait en Côte d’Ivoire depuis trop longtemps était le sang de son peuple.

C’est cela la réalité. Elle est parfois difficile à vivre pour les autres. Malgré ses erreurs et ses drames, l’Histoire de ce pays vaut bien plus que l’Histoire de bien d’autres pays. Et pas seulement d’Afrique. Les peuples du Sahel sont là depuis toujours ; n’ayant jamais compté que sur eux-mêmes. Alors, quand on dérange, quand on se prépare à occuper, une fois encore, le devant de la scène, bien sûr, il est toujours quelques médiocres, quelques jaloux, pour venir vous faire des histoires. C’est vrai en 2004 comme cela l’était en 1999. Et ce n’est pas le fait du hasard !

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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