Actualités :: Menace acridienne : Les criquets ont commencé la récolte

Le 19e point de presse du gouvernement a eu lieu le lundi 27 septembre 2004, dans la salle de réunions du ministère des Infrastructures. Etaient face aux journalistes les ministres Salif Diallo, Seydou Bouda et Benoît Ouattara. Le point qui a marqué les hommes de médias et les a surtout inquiétés a porté sur la dévastation commencée par les criquets au Nord.

Le premier thème de ce point de presse a interpellé le ministre de l’Economie et du Développement, M. Seydou Bouda. En rappel, le projet d’élaboration du schéma national d’aménagement du territoire a été décidé en Conseil des ministres du 5 décembre 2001.

Selon le ministre de tutelle, des activités ont pu être menées, qui ont permis d’enregistrer des résultats importants. Au vu de ces résultats, et pour d’autres activités futures, un travail d’approche des bailleurs de fonds a permis de mobiliser des financements pour l’aménagement de toutes les 13 régions du Burkina.

Mais malgré le régime agraire et foncier et l’existence d’une politique d’aménagement du territoire, on remarque une persistance de conflits fonciers portant sur les lotissements, sur l’occupation des terres, ainsi que des tensions entre éleveurs et agriculteurs.

Les journalistes s’en sont inquiétés et ont soulevé le problème. Pour M. Bouda, le plan d’aménagement fixe effectivement la vocation des terres urbaines et rurales. Cependant, si pour le domaine urbain, il y a généralement un cadre juridique pour légiférer, il n’en est pas de même pour les limites des terres rurales, qui ne sont pas fixées de façon précise.

Ainsi, pour le gouvernement, c’est ce travail de précision qui doit se faire. Il ajoutera que le schéma national, c’est l’assemblée nationale qui l’adopte, tandis que les schémas provinciaux et régionaux sont du ressort du gouvernement.

En réponse à un journaliste qui s’est inquiété du fait que l’aménagement du territoire peut être porteur de germes de conflit avec d’autres pays, le ministre de l’Economie et du Développement tentera de le rassurer en précisant que les plans d’aménagement s’efforcent de toujours obéir à une cohérence entre le niveau national et le niveau communautaire, tant dans ses aspects terrestres, ferroviaires, aériens que maritimes.

Adieu UCOBAM et FLEX-FASO, bonjour SOBFEL

Le second intervenant fut le ministre du Commerce, de la Promotion de l’entreprise et de l’Artisanat, Benoît Ouattara. Il répondra aux questions portant sur la création de la Société burkinabè des fruits et légumes (SOBFEL) et la relance des activités de l’abattoir frigorifique de Ouagadougou.

Concernant le premier aspect, on se rappelle que les deux structures qui s’en occupaient (UCOBAM et FLEX-FASO) sont tombées dans un coma financier irréversible.

La première est actuellement en cessation de paiements, et la seconde, dans les arcanes judiciaires, révèlera le ministre du Commerce. Alors il fallait coûte que coûte remplacer ces sociétés moribondes, en ne commettant surtout pas les mêmes erreurs, d’où, selon le ministre, la création d’une nouvelle structure, en réhabilitant les infrastructures déjà existantes. SOBFEL est donc née. Pourtant, l’histoire nous a montré que dans nos pays, l’Etat n’est pas un bon gestionnaire.

Alors pourquoi, demandera un journaliste, cette initiative n’est-elle pas venue du privé ; et est-ce qu’il y aura, d’autre part, assez de fruits et légumes pour rentabiliser cette nouvelle société, qui, soit dit en passant, sera fonctionnelle dès octobre ou novembre prochains ? A écouter le premier responsable du Commerce au Burkina, la SOPFEL sera une société d’économie mixte qui regroupera les exploitants sur une base associative.

Sur le financement total, 20% seulement proviennent de l’Etat, et le reste est réparti entre souscripteurs privés. Concernant sa rentabilité, le ministre donnera un chiffre qui est déjà prometteur : 5000 tonnes de haricot vert produites par saison au Burkina.

L’autre projet, dont la vitesse de réhabilitation n’est pas pour plaire à bien des bouchers, notamment ceux situés sur l’axe Ouaga-Pô, est l’abattoir frigorifique. Projet de 2 milliards 800 milles, il sera géré par la SOGEAO (Société de gestion de l’abattoir de Ouagadougou) et par la commune à hauteur de 15%.

Les bouchers concernés vont-ils rejoindre cet abattoir pour éviter que les charognards s’encastrent dans les avions ? Le ministre Benoît Ouattara ne passera pas par quatre chemins pour dire que tous ceux qui seront sur d’autres aires d’abattage rejoindront Kossodo. De la question sur la distance qu’auront à parcourir certains bouchers, il dira qu’elle est saugrenue, car, expliquera-t-il, « Dans toutes les villes du monde, il y a un abattoir central, qui approvisionne les bouchers ».

« Si vous pouvez récolter demain matin, faites-le ! »

C’est le ministre Salif Diallo qui a bouclé les différentes interventions de la soirée. En rappel, avant le début du point de presse, il a remercié les médias pour leur sollicitude pendant sa maladie.

Il a fait un exposé sur le bilan à mi-parcours du Programme national de gestion des terroirs (PNGT). Contre 26 provinces couvertes, dira-t-il, la nouvelle décision du gouvernement est de couvrir désormais toutes les provinces, afin, selon le ministre d’Etat, d’éviter les inégalités criardes de développement entre provinces.

Ensuite, projecteur à l’appui, il fera l’état de la saison hivernale, qui, du point de vue pluviométrique et de l’état des plantes, est bonne. Si seulement il n’y avait pas le péril acridien ! Car, à entendre le ministre, les nouvelles ne sont pas réjouissantes : les « envahisseurs » sont arrivés dans le Soum et dans l’Oudalan. Ces insectes ne se gênent pas dans la gloutonnerie : 31000 ha touchés, dont 7000 ha de champs.

Les régions d’Arbinda, Koutoukou, Nassoumbou, Déou, Goro, Markoye et Oursi sont atteintes. Les jours suivants, ce sont les régions de Kaya, Titao et Ouahigouya qui risquent d’être touchées. « Hier (ndlr : dimanche 25 septembre), dira-il sans ambages, "Les criquets sont arrivés à Djibo et à Tongomayel ».

Certes, il y a toute une armada (8350 agents) avec des moyens conséquents, qui ont été dépêchés dans tous les lieux envahis par les criquets, mais cela ne semble pas être suffisant. Le gouvernement a procédé à l’achat d’un avion auprès d’une société installée au Texas (USA). Coût : 600 millions de FCFA. Malheureusement, cet appareil, commandé spécialement pour une action rapide et efficace, tarde à venir et ne sera disponible que dans …deux semaines. Le gouvernement aurait donc décidé de se rabattre sur les hélicos de la Base aérienne.

Ce tableau pas du tout reluisant de la situation a fait bondir bien des hommes de médias de leurs chaises. La plupart d’entre eux estiment que le gouvernement a perdu le contrôle de la situation, alors que l’invasion des criquets ne devrait pas être une surprise, mais selon M. Salif Diallo, le problème est ailleurs : cette invasion serait la conséquence d’une négligence de la part de certains pays voisins. Si fait qu’en collaboration avec les autorités du Mali, des équipes burkinabè étaient dans l’obligation de traverser la frontière afin d’aller dans des zones de ce pays, pour combattre les criquets.

Malgré les assurances du gouvernement, s’inquiétera un journaliste, « Les criquets sont à la porte de Ouaga ». « Nous n’avons pas dit cela. Qui a dit que les criquets sont aux portes de Ouaga ? », s’insurgera Salif Diallo. N’empêche, les pertes de récoltes suite à ce début d’invasion sont déjà estimées à 25 000 tonnes au minimum.

Un journaliste demandera ce qu’on fera pour « ces populations qui ont tout perdu ». Nous n’avons pas dit cela non plus, répliquera le ministre Salif Diallo avant de demander : …Est-ce que les criquets mangent les bœufs ? ». Rires dans la salle. Que doivent faire donc les cultivateurs ? Seul conseil du "koob-naba" en chef : « Récoltez le plus tôt possible. N’attendez pas les fêtes de récoltes ».

K. Issa Barry
L’Observateur

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