Actualités :: Mauritanie-Burkina : Privilégier l’apaisement

Les autorités mauritaniennes ont trouvé de nouveaux motifs pour accentuer leurs accusations contre le Burkina. Des camps militaires situés à Pô et Diébougou auraient servi à entraîner des Mauritaniens. Visiblement, Nouakchott privilégie la voie de l’escalade plutôt que celle du règlement politique du contentieux qui l’oppose à Ouagadougou. Le pays de Ould Taya multiplie ainsi les visites dans certaines capitales et les déclarations hostiles au pouvoir burkinabè.

Une telle attitude belliqueuse, on s’en doute, n’est pas de nature à favoriser un règlement de la crise en toute sérénité. Ce n’est pas en jetant l’opprobe sur le Burkina et en pratiquant la stratégie de l’encerclement et la politique de la terre brûlée que les autorités mauritaniennes se feront livrer les opposants qu’elles réclament.

Au contraire, cet acharnement pourrait braquer le pouvoir burkinabè qui, aux premières heures de la crise, s’est montré conciliant en souhaitant une enquête internationale. Si officiellement, aucune réaction n’est encore intervenue du côté de Ouagadougou, on ne peut toutefois passer sous silence le ton irrité du quotidien gouvernemental qui, dans son édition d’hier, a traité le régime mauritanien de "contesté, raciste et esclavagiste". Le ton pourrait donc monter entre les deux capitales, ce qui serait préjudiciable à l’esprit de cohabitation pacifique cher à l’Union africaine.

Du reste, on a du mal à comprendre la démarche mauritanienne. Délaissant l’UA et l’ONU qui disposent de mécanismes pour gérer de tels conflits, Nouakchott déploie sa propre diplomatie faite surtout de bellicisme. Aucune modération ne transparaît dans le discours mauritanien. A supposer que le Burkina abrite effectivement des opposants, n’est-il pas dans son droit de les protéger et de refuser leur extradition si leurs vies sont en danger chez eux ?

La Mauritanie, à travers l’animosité dont elle fait preuve, ne donne aucun gage que les personnes qu’elle demande à cor et à cri bénéficieront d’un traitement respectueux de l’Etat de droit. Tous les jours, des pays européens refusent de livrer les opposants dont ils jugent le retour périlleux. Le président Wade, il y a quelque temps, a refusé de livrer Hisseine Habré. Le président Gbagbo, aujourd’hui courtisé par Ould Taya, aurait pu être renvoyé comme un vulgaire colis à Houphouët quand il avait trouvé refuge au Burkina. Bref, autant d’exemples qui montrent qu’une extradition a ses exigences.

En tout état de cause, il est urgent que l’Union africaine intervienne afin d’arrêter la campagne de sape orchestrée par la Mauritanie et qui, au delà du régime Compaoré, peut porter préjudice à tout le peuple burkinabè. Face à ces accusations répétées, de quoi aura l’air un citoyen burkinabè en déplacement dans la sous-région ? Il appartient aussi aux autorités burkinabè de garder la tête froide face à l’agitation de Ould Taya et de ses sbires.

De toute façon, la Mauritanie peut aussi laisser des plumes en envenimant les relations Ouagadougou-Nouakchott. Son attitude pourrait même devenir suspecte et conforter la thèse de ceux qui pensent qu’il s’agit d’une cabale montée pour cacher ses propres tares. Quand on observe de plus près la situation socio- politique en Mauritanie, on se rend compte qu’elle n’est pas reluisante. C’est probablement l’un des pays africains qui comptent le plus d’exilés politiques. A l’intérieur, la répression est telle que les opposants ne trouvent le salut que dans la fuite.

Et que dire de cette plaie béante que demeurent l’esclavage et les pratiques racistes qui font dire à un militant des FLAM ( Forces de libération africaines de Mauritanie) que la Mauritanie est une " démocratie raciale" ? La véritable raison de l’instabilité dans ce pays est donc à chercher dans le fonctionnement boiteux de son système de gouvernance. Le mal est à l’intérieur du pays et son remède dépend avant tout des dirigeants au pouvoir.

Voilà pourquoi le régime mauritanien n’a aucune gloire à vouloir voir des mains étrangères dans ses difficultés internes. Il a plutôt intérêt à privilégier l’entente avec les autres pays membres de l’UA au lieu de jouer au fauteur de trouble en ameutant tous les chefs d’Etat prétendus hostiles au président Compaoré. C’est une fuite en avant sans issue.

Le Pays

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