Actualités :: Gestion des communes : Où sont passés nos conseillers municipaux (...)

Depuis 1995, les Burkinabè vivent l’expérience de la gouvernance communale à la faveur des élections municipales. Bientôt, en 2005, les mêmes électeurs auront à choisir de nouveau, ceux qui auront à présider aux destinées de nos communes. Dix ans après, quel bilan peut-on dresser, en termes de satisfaction aux interrogations existentielles des populations à la base ?

Sans céder à la tentation de faire un procès d’intention, force est de reconnaître que beaucoup de citoyens font partie du lot de ceux qui sont déçus de cette démocratie locale annoncée à grand renfort de lynchage médiatique mais qui, à la lumière du constat actuel, semble se résumer actuellement en une sorte de jeu du chat et de la souris ou en une espèce de politique de l’autruche qui consiste à enfouir les yeux dans le sable pour ne pas affronter la réalité sur le terrain.

Cette réalité a pour nom, la non satisfaction aux nombreuses et récurrentes sollicitations des populations devant lesquelles des monts et merveilles ont été promis. Dans ces conditions, la question, loin d’être saugrenue, est d’actualité par sa pertinence. Où sont passés nos conseillers municipaux censés être les interlocuteurs des citoyens pour prêter une oreille attentive à leurs doléances et pour éventuellement apporter des réponses à leurs préoccupations ?

Nos villes restent désespérément des chantiers inachevés, sinon non encore entamés ; une sorte de jungle où l’on rançonne et broie d’humbles citoyens qui ruminent avec fatalisme leur colère d’être mal récompensés alors qu’ils avaient le sentiment que (on avait inculqué cette fausse certitude dans leur esprit) le seul fait d’avoir glissé un bulletin dans l’urne était suffisant pour exorciser chez certains politiciens, les démons de la démagogie, de la cupidité et de la cynique propension à exploiter la bonne foi des citoyens. Le moins que l’on puisse dire, les échos de la clameur et des récriminations qui parviennent de nos villes sont l’illustration de la malgouvernance dans la plupart des communes.

Une malgouvernance transformée en fonds de commerce par des élus locaux trempés dans des scandales de lotissements. Une véritable boîte de pandore, une officine, un secteur juteux, corruptogène où se côtoient magouilleurs de tout acabit et marchands de sommeil. En fait, un pillage dissimulé derrière de faux bilans, des promesses d’audits et de sanctions à l’encontre de ceux qui auraient été pris la main dans le sac. Autant d’effets d’annonces qui glissent comme des flèches sur la peau d’un pachyderme. Pour ne pas prendre d’exemple, certaines de nos grandes villes sont un véritable condensé de toutes les frustrations des citoyens de nos communes. Inutile de demander à un résident de secteur de vous dresser le profil de son conseiller municipal.

Comme par miracle, nos conseillers municipaux, une fois les élections terminées, se sont volatilisés dans les antichambres de la non transparence. Ils ressentent comme une sorte de honte, le fait de croiser le regard du citoyen. C’est vrai qu’il est difficile d’affronter la sanction des citoyens qui marchent sur les braises ardentes de l’ingratitude et de la politique d’abandon de leurs dirigeants. Que peut-on finalement retenir de dix ans de gestion communale ?

Un exode rural mal maîtrisé, une planification urbaine anarchique, une apparition de quartiers informels, sans compter l’insalubrité des zones loties. Par ailleurs, très rares sont les investissements dans les infrastructures (routes, caniveaux, centres de loisirs, écoles, dispensaires...) qui accompagnent les quartiers non lotis. Et pourtant, les autorités ne ratent pas l’occasion d’exercer leur pouvoir régalien pour imposer des taxes aux citoyens au premier rang desquelles, cette fameuse taxe de résidence (TR) dont les résidents n’en ressentent pas toujours les retombées en termes de réinvestissement au profit des secteurs (routes, bac à ordures, etc.)

En désespoir de cause, les populations sont obligées de s’en remettre aux services de structures informelles d’assainissement. Dans certains pays, des solutions ont été trouvées à travers un partenariat entre l’Etat et le secteur privé en vue de bien mener la gestion de nos communes. L’Etat demeurant garant du caractère social de la gestion urbaine. Au Burkina, les communes s’illustrent plutôt négativement dans le rôle principal de percepteur d’impôts. C’est ainsi que pour obtenir certains documents, il faut s’acquitter des différentes taxes. Cette sorte d’impôt rappelle le tristement célèbre impôt institué durant la période coloniale et qui plumait complètement nos paysans.

Comme on le voit, nos communes sont devenues de véritables guichets, des coffres-forts à multiples fonds. Toutes ces pratiques sont rendues possibles par notre code électoral qui bannit les candidatures indépendantes, encourage la médiocrité et met en compétition des candidats qui ont plus de compte à rendre au parti qui les ont propulsés qu’aux populations. Des candidatures indépendantes ont non seulement l’avantage de mettre en compétition des hommes qui ont réellement des programmes de développement pour les arrondissements mais également qui se sentent liés à l’électorat par un contrat pour lequel ils ont une obligation de résultat.

Tant que nos élus locaux seront chapeautés systématiquement et exclusivement par des partis politiques, le développement local restera à la merci de communes bananières, de copains et de coquins, dont la seule motivation est la fidélité au parti, leur soif de s’enrichir au détriment du travail constructif sur le terrain. Dans ces conditions, qu’on ait au moins la pudeur de ne pas exiger des populations un comportement citoyen.

Le Pays

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