Actualités :: Latin Poda, démissionnaire du SBM : "Je déteste que l’on décide pour (...)

Dans une lettre datée du 9 août 2004, trente trois magistrats ont
signifié leur démission au Syndicat burkinabè des magistrats
(SBM). Pour en savoir davantage sur la ou les raisons de cette
décision, nous avons rencontré un des démissionnaires. Il
s’agit de Latin Poda, président du Tribunal de grande instance
(TGI) de Koudougou, par ailleurs présenté comme le chef de file
de ceux qui ont claqué la porte du SBM.

ceux qui viennent de démissionner du Syndicat burkinabè des
magistrats (SBM). Quelles sont les raisons de votre démission
 ?

Latin Poda : Depuis un certain temps, nous avons remarqué
que l’instance dirigeante du syndicat, à savoir le Conseil
syndical, commençait à ne plus écouter la base. A un certain
moment, le conseil syndical s’est mis à prendre des décisions
sans consulter la base. A plusieurs reprises, nous avons
interpellé les membres du conseil pour qu’ils essaient de
consulter au moins la base avant de prendre souvent certaines
décisions surtout celles graves. Ils ne nous ont pas écoutés.

Alors, nous avons estimé, avec 32 autres personnes (ce qui fait
un total de 33), de rendre simplement notre démission parce
que nous n’entendons pas assumer demain des actes que
nous n’avons pas posés. Personnellement, je déteste que l’on
décide pour moi. C’est essentiellement pour cette raison que
nous avons démissionné.

Dans les statuts et règlement intérieur du syndicat, n’y a-t-il pas
de mécanismes permettant de démettre, par exemple, le
conseil syndical lorsque celui-ci n’agit pas conformément aux

voeux de la base ?

Dans les statuts de notre syndicat, il est prévu une Assemblée
générale extraordinaire. Comme je vous le dis, je connais
personnellement les membres du conseil syndical pour avoir
fait partie de cette instance dès la création du syndicat. Nous
avons tenté à plusieurs reprise de les interpeller. Mais nous
avons remarqué que les membres du conseil se sont toujours
joués de nous. Ils sont très malins, intelligents et sont aussi de
véritables intrigants. Pour cette raison, nous avons estimé qu’il
vaut mieux leur laisser leur chose.

Le syndicat est dirigé
aujourd’hui par le secrétaire général, son adjoint et le secrétaire
à l’organisation. Ils se réunissent à trois sans informer
personne et prennent des décisions dont la base n’est
informée que plus tard. Nous sommes souvent obligés
d’assumer des décisions que nous ne partageons pas.

Il nous est revenu qu’en démissionnant vous avez anticipé votre
exclusion qui n’était qu’une question de jours étant donné qu’on
vous accuse de travailler contre le syndicat de l’intérieur.
Qu’avez-vous à dire par rapport à cela ?

Vous me faites rire. Je vous signale que je suis l’un des
membres fondateurs du syndicat. Au départ, nous avons cru à
nos objectifs. Affirmer que je travaille contre le syndicat tout en y
étant, c’est trop dire. Ceux qui disent cela savent pourquoi.

Effectivement, à un certain moment de notre vie syndicale, je me
suis rendu compte que les camarades sur qui je comptais
n’étaient pas honnêtes. Ce sont des gens avec qui vous pouvez
discuter et demain ils disent des choses derrière vous. Les
décisions se prenaient collectivement et vous apprenez par la
suite que c’est une seule personne qui les a prises. Dans cette
ambiance, je ne pouvais plus travailler avec eux. C’est pour
cette raison que j’ai quitté le conseil syndical en octobre 2001
pour devenir simple membre du syndicat. Maintenant, c’est
après avoir estimé que trop c’est trop, que nous sommes partis.

Les démissionnaires, dit-on, sont ceux qui viennent d’être
nommés soit présidents de juridiction, soit procureurs du Faso.
On soupçonne une sorte de marché conclu avec les promus qui
consiste à accepter la nomination contre une démission du
syndicat. Quel commentaire en faites-vous ?

Je n’aimerais pas trop entrer dans les détails. Vous pouvez
poser cette question à l’instance chargée de nommer les
magistrats à savoir le Conseil supérieur de la magistrature pour
savoir s’il y a eu éventuellement un marché conclu avec ceux qui
ont été nommés. A ma connaissance, il y en a pas eu.

Personnellement, n’avez-vous pas été l’objet de ce genre de
proposition ?

Pas du tout. Aucune proposition de ce genre ne m’a été faite.

Après votre départ du SBM, allez-vous rejoindre un autre syndicat
ou créer votre propre syndicat ?

Pour le moment, la question n’est pas à l’ordre du jour. Avec
les camarades démissionnaires, nous allons essayer de
réfléchir pour voir ce que nous allons faire. Pour le moment, rien
n’a été décidé. Par rapport à notre démission, le conseil syndical
du SBM sait pourquoi nous en sommes arrivés là aujourd’hui.
Si nous avons démissionné, c’est essentiellement de la faute
de ses membres. Il leur appartient d’accepter de rectifier le tir et
de revenir sur le droit chemin. S’ils continuent sur leur lancée,
nous irons tout droit vers l’anéantissement du SBM. C’est sûr et
certain, parce qu’un syndicat de magistrats n’est pas un syndicat
d’analphabètes mais un syndicat d’intellectuels. Quand on se
retrouve dans un milieu d’intellectuels, évidemment, il y a des
idées divergentes. Il faut faire avec et savoir concilier les
positions.

Propos recueillis par Séni DABO

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