Actualités :: Tentative présumée de coup d’Etat : sommes-nous encore ces "sébè mogo" qu’on (...)

En effet, burkina en mooré ou sèbè mogo en dioula (même si dans ce cas-ci ce mot ne réflète pas nécessairement l’idée que nous voulons exprimer) caractérisent des personnes dignes, honnêtes, sérieuses.

La question qu’il faut se poser maintenant est la suivante : en vertu de quoi peut-on affirmer que telle personne est un Sèbè Mogo et que telle autre ne l’est pas ? Eh bien à notre avis, c’est le degré d’adéquation ou d’inadéquation entre les prescriptions morales et légales et le comportement des personnes qui détermine leur intégrité ou leur "indignité".

En d’autres termes, plus ce comportement aura tendance à être la traduction pratique de ce qu’édictent la morale et la loi, plus l’on parlera de cette personne comme d’un burkina ou sèbè mogo. A l’inverse, plus le fossé sera grand entre ce que disent la morale et la loi et la conduite d’un individu en société, plus il sera frappé d’indignité et d’"inintégrité".

Cela étant, avant de continuer le cours de la réfléxion, il importe de proposer un contenu aux termes morale et loi. Selon notre entendement, qui n’est pas exempt d’erreur, la morale expose les bases philosophiques de la vie en société au centre desquelles se trouvent les idées de bien, de juste, de vrai et (dans une moindre mesure) de beau. La non-observation de cette échelle des valeurs n’entraîne pas des sanctions au sens pénal du terme, mais fait de celui qui se rend coupable d’un tel comportement un "banni" (qui n’a pour ce faire pas voix au chapitre), un marginalisé, un paria.

Quant à la loi, elle est l’expression des conventions sociales (même si par ailleurs les prescriptions morales sont également des conventions sociales) écrites de nos jours qui expriment les droits et les devoirs de chaque membre de la société d’une part et d’autre part les peines encourues par ceux qui enfreignent ces prescriptions.

Cela a fait dire à certains auteurs que la morale, en ce qu’elle pose des problèmes métaphysiques tels que le bien, le vrai, etc., sans prévoir une échelle pénale, relève de la philosophie tandis que la loi relève de la justice. Une précision cependant : la réflexion sur la loi appartient au domaine de la philosophie, mais l’exercice qui consiste à la mettre en œuvre, à celui de la justice.
Après cet essai quelque peu ennuyeux, il faut le reconnaître, de circonscription des domaines de définition de la morale et de la loi, place maintenant à notre centre d’intérêt.

Les reproches à faire aux gouvernants

D’emblée en ce qui concerne la tentative présumée de coup d’Etat, il faut suspendre son jugement, car il est difficile, en l’étape actuelle des choses, de dire que c’est vrai de même qu’il n’est pas facile d’affirmer que c’est faux.

Cependant, il faut reconnaître aux autorités judiciaires le droit et même le devoir de faire arrêter ou d’interpeller pour des besoins d’enquête tel ou tel citoyen. C’est aussi l’Etat de droit libéral et démocratique que nous sommes en train d’édifier. Les autorités en place sont non seulement légales, mais également légitimes malgré certaines critiques somme toutes fondées, qui leur sont adressées.

Ensuite, la Constitution proscrit ce genre d’attitude à l’encontre d’un pouvoir démocratiquement élu.
Enfin, dans ce cas de figure, la loi prévoit une procédure et des peines si les intéressés sont reconnus coupables.
Maintenant à charge pour la justice d’œuvrer à ne pas condamner des innocents et d’apporter, si les interpellés sont condamnés, les preuves irréfutables de leur culpabilité, car en l’état actuel des choses, les éléments disponibles ne permettent pas de convaincre l’opinion qu’ils sont vraiment coupables.

Cela dit, c’est le lieu de regretter la violence avec laquelle le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti au pouvoir, a rédigé sa déclaration par rapport à l’attitude du Groupe du 14-Février (G-14), regroupement de certains partis de l’opposition. De notre point de vue, cette déclaration, sans le dire, renie dans les faits le droit à l’opposition de s’exprimer comme elle veut sur une situation qui concerne la vie nationale. Que celle-ci tente d’exploiter les faits actuels en sa faveur, c’est son droit tout comme il est du droit du CDP de vouloir également les exploiter, s’ils sont avérés, en sa faveur.

En général, la force des oppositions politiques se nourrit moins des programmes de ceux-ci que de l’exploitation des erreurs des pouvoirs en place. En bleuir (et non en rougir puisque nous bronzons toute l’année), c’est ne pas prendre en compte l’expérience de la pratique politique au Burkina et ailleurs dans le monde.

Que l’opposition s’en saisisse pour se renforcer, c’est son droit et c’est le système démocratique qui en sort grandi puisqu’elle est un des contre-pouvoirs nécessaires à l’épanouissement de la démocratie.
En effet, comme on le sait, tout détenteur d’un pouvoir, quel qu’il soit, est tenté d’en abuser à moins qu’il y ait des contre-pouvoirs pour l’en dissuader. Et c’est pour son bien et pour celui de la communauté qui l’a mandaté.

Les limites de la position de l’opposition

Quoique l’on dise et quoique l’on puisse penser à tort ou à raison, nous sommes dans un Etat de droit avec ses exigences qui sont entre autres que personne n’est au-dessus de la loi ; que celui qui enfreint la loi ou que celui que les autorités judiciaires, à partir des éléments dont elles disposent, estiment avoir enfreint la loi doit répondre. En ce sens, l’interpellation de Norbert Tiendrébéogo ne devait pas susciter la déclaration qu’il nous a été donné de lire. Personne ne peut dire que le président du Front des forces sociales (FFS) est blanc comme neige.

Il n’est pas considéré comme un coupable loin s’en faut et ce n’est pas parce qu’il est un bonze du G-14 que pour les besoins de l’enquête l’on ne peut pas et l’on ne doit pas l’interpeller. Ce que l’opposition doit exiger des autorités judiciaires, c’est qu’au bout de la procédure, des preuves formelles au sujet de l’implication de Norbert Tiendrébéogo dans cette affaire soient données. Sinon les points de vue du genre "On les voyait venir et ils sont venus" sont des formules chocs qui frappent les esprits, mais ne traduisent pas la fidélité de leurs auteurs vis-à-vis de l’Etat de droit.

Et puis pendant qu’on y est, n’oublions pas que l’opposition et le pouvoir étant le produit du processus historique du même peuple, ce que la première reproche au second transparaît parfois dans ses comportements : au sein de l’opposition, on en connaît qui, dans un passé pas lointain, théorisaient sur la pertinence de certains putsches. Même si aujourd’hui l’air du temps ne s’y prête pas, le pouvoir (qui est du reste l’alter égo de l’opposition dans la théorisation des coups d’Etat il n’y a pas longtemps) est fondé à penser que l’on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop.
Ainsi, l’un et l’autre se livrent à un jeu de ping pong : le pouvoir accusant l’opposition sans, pour l’instant en tout cas, fournir toutes les preuves qui accréditeraient sa version, et à l’inverse l’opposition crie à la machination alors que tous les tenants et les aboutissants de cette affaire ne sont pas connus.

La leçon de cette affaire, c’est qu’il se dégage l’impression selon laquelle le pouvoir, en reniant à l’opposition le droit d’exploiter cette affaire, empiète sur la liberté de penser et d’opiner de celle-ci ; tandis que l’opposition, en rejetant d’emblée les thèses du pouvoir parce qu’un de ses poids lourds a été interpellé, récuse aux autorités légitimes et légales le droit et le devoir d’agir dans le sens du maintien de la stabilité de l’Etat de droit.
D’où la question : sommes-nous encore ces sèbè mogo (ou gens intègres) que nous disons être si nous devons tourner le dos à la légalité et aux droits des uns et des autres du fait de nos intérêts politiciens ? A chacun de proposer sa réponse.

Zoodnoma Kafando
L’Observateur

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