Actualités :: Citoyenneté au Burkina : La locomotive en panne

Le développement participatif est un concept à la mode. Il est
un gage susceptible de donner une impulsion à la bonne
gouvernance. Mais au "pays des hommes intègres", il semble
être une vue de l’esprit. Les actes de gouvernance sont dans la
plupart des cas, à sens unique. Ce manque de cohésion entre
gouvernants et gouvernés porte un terrible coup à l’exercice de
la citoyenneté.

L’érection en grande pompe des communes
urbaines en 1995, n’a pas encore pu inverser la tendance. La
situation est plus grave dans les zones rurales. Certaines
localités du Burkina sont totalement en déphasage avec les
mutations politiques du pays. Plus de quarante ans après les
indépendances, une telle situation révèle, de fort belle manière,
que "l’Afrique noire est mal partie". Et qu’elle cherche en vain les
chemins conduisant à la "terre promise".

A l’évidence, il ne peut
avoir de démocratie sans une participation pleine et entière des
populations. Aujourd’hui, Ouagadougou, bien qu’étant la
capitale, se présente comme une ville pleine de paradoxes.
D’un côté, l’opulence règne en maître et de l’autre, la pauvreté
s’érige en spectre. Cela n’est pas étonnant en soi. C’est l’une
des caractéristiques des villes africaines.

Mais le problème,
c’est que ce tableau que le Burkina traine depuis belle lurette,
est le produit d’une mauvaise gestion des affaires publiques. La
décentralisation ? Difficile de l’inscrire dans le champ du
concret. Elle est souvent sous-tendue par des pratiques
politiciennes dictées par la ferme détermination d’ériger ou de
protéger des intérêts contraires à la volonté populaire. Les élans
d’espoir, pronés à cor et à cri, ont souvent été intentionnellement
étouffés.

On réduit ainsi les citoyens à un "bétail électoral". Comme s’ils
n’étaient utiles que pour voter et payer des taxes. Si seulement
les élections, organisées à coup de millions, se déroulaient en
toute transparence ! L’Etat aurait au moins pris une bonne
bouffée d’oxygène démocratique. Mais dans la plupart des pays
africains, les résultats des élections ne réflètent pas le choix
réel du peuple.

Il s’agit généralement de mises en scène
savamment orchestrées pour se maintenir au pouvoir. Une telle
situation crée, tôt ou tard, des frustrations incontrôlables. A
défaut de s’exprimer par la voie des urnes, on en vient à opter
pour celle des grèves à répétition et même des armes.
L’Etat gagnerait à redimentionner sa politique, pour éviter que
les odeurs nauséabondes des pratiques malsaines n’étouffent
le processus démocratique. Dans cette optique, des numéros
verts affectés à des structures spéciales auxquelles les citoyens
pourraient porter plainte sans être inquiétés, seraient salutaires.

Car, bien souvent, la peur et le manque de confiance s’installent
dans l’esprit des individus lorsqu’il s’agit de s’adresser à la
police ou à la gendarmerie. On pourrait ainsi penser à la
création d’une police des polices, donc incorruptible et
soucieuse de l’intérêt général, sans pour autant être
budgétivore. Si on a pu créer un Collège de sages, cela est
possible et aurait l’avantage de donner un coup de pied à la
fourmilière de la malgouvernance en ce qu’il pourrait créer des
réflexes nouveaux dans la gestion du patrimoine national.

Rackets, commissions occultes, corruption, etc. pourraient
progressivement s’attenuer. Mais pour y arriver, il faut bien que
l’Etat s’engage à mener une vaste campagne d’information et de
formaton afin que les populations soient pleinement
imprégnées de leurs droits et devoirs, afin qu’elles soient des
actrices à part entière de la vie nationale.
Mais tout cela relève d’une volonté politique avec à la clé, une
éducation civique.

Sinon, le Burkina continuera de végéter à la
périphérie de ses priorités. Et ce sont les populations qui
continueront d’en pâtir. Le pays sera ainsi en permanence dans
le cercle infernal des cinq derniers pays du classement annuel
du PNUD sur le développement humain durable. La lutte contre
la pauvreté sera alors comme une caverne d’Ali Baba, un lieu où
il est permis à certains de tout faire.

L’opposition politique et la
société civile doivent également mieux se structurer et s’engager
à poser des actions concrètes pour que la citoyenneté, élément
fondateur de la bonne gouvernance, ne sonne toujours pas
creux.

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