Actualités :: Tertius Zongo : "Il n’ y a plus aucun nuage entre le Burkina et les (...)

{{}} Le Burkina va accueillir du 21 au 23 juin prochains une conférence ministérielle sous-régionale sur les sciences et techniques agricoles. Organisée par les gouvernements burkinabè et américain, elle constitue sans doute un autre signe, après la visite du ministre des Affaires étrangères à Washington, de l’amélioration des relations entre ces deux pays. C’est en tout cas ce que pense l’ambassadeur du Burkina aux Etats-Unis, M. Tertius Zongo, en poste depuis janvier 2002.

Tertius Zongo :
N’oublions pas qu’il s’agit d’une conférence régionale qui regroupe plusieurs pays africains et par conséquent, choisir de la tenir au Burkina Faso est un indicateur de l’état de nos relations bilatérales. Ensuite, il y a les objectifs de la conférence qui répondent d’une part, aux objectifs de développement de millénaire à l’horizon 2015 adoptés par la communauté internationale, mais aussi aux initiatives lancées par le Président Bush relatifs à l’éradication de la famine en Afrique, à l’eau pour les pauvres, au commerce pour le développement et l’esprit d’entreprise.

En Afrique, vous comprendrez que vu du côté américain, cette rencontre est hautement importante par le message qu’elle est censée véhiculer et par conséquent le Burkina apparaît comme un partenaire qui présente les assurances pour exprimer l’engagement de l’Administration Américaine à appuyer les pays en développement dans la lutte contre la pauvreté et principalement éradiquer la famine qui est aussi une forme de terrorisme.

Oui, la tenue de la conférence est un moment fort de nos relations bilatérales, mais je crois que c’est la manière dont l’après conférence sera gérée qui les renforcera davantage.

Il y a quelques mois, le Ministre des Affaires Etrangères était à Washington où il a rencontré plusieurs protagonistes dont le Secrétaire d’Etat, Colin Powell ; peut-on parler d’un tournant, voire d’un dégel dans les relations Burkina-Etats-Unis ?

De mémoire, je crois que durant les vingt dernières années, il n’y a pas eu de rencontre de si haut niveau entre autorités burkinabé et américaines. C’est donc assurément un tournant dans nos relations et sans aucun doute un dégel. Du reste, le Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Régionale, à la suite de cette visite, avait donné une interview sur les questions abordées, allant des problèmes de sécurité régionale à ceux relatifs à la coopération économique, financière et militaire.

A mon sens, le résultat le plus important est que les deux gouvernements aient décidé d’activer un processus de concertation que ce soit sur les questions au niveau régional, Africain ou mondial pour parvenir à des positions communes à défendre.

Il s’agit donc d’un pont jeté vers l’avenir que nous devons chaque jour travailler à renforcer. Et c’est cela l’essence de la diplomatie : une cohérence dans la démarche et les actions, basée sur une vision de moyen et long termes.

Le Burkina et les Etats-Unis passent pour avoir eu des « accrochages » sur des dossiers comme le Libéria et l’Angola ; qu’en est-il aujourd’hui ?

Sur cette question, je me reporterai aux réponses qui ont été données par le Ministre à la suite de sa visite. Ayant participé à cette audience et étant impliqué au quotidien dans la gestion des relations entre les deux pays, je puis vous affirmer que sur ces dossiers difficiles, du côté officiel, il n’y a plus aucun nuage.

Cependant, il faut reconnaître que sur des questions de ce genre, il faut poursuivre l’effort et travailler à effacer ce que je peux appeler une « perception », c’est-à-dire une idée que le commun des mortels se forge sur la base de ce qu’il a entendu que ce soit vrai ou faux, un plat rechauffé ou une actualité brûlante.

Par conséquent, le même effort d’explication que nous avons eu avec les autorités gouvernementales doit être poursuivi à tous les niveaux. C’est donc une entreprise qui dépasse le strict canal diplomatique ou officiel et pour laquelle tous les Burkinabé doivent contribuer positivement. On s’aperçoit dès lors qu’une nation ne peut être forte que s’il y a synergie entre les gouvernants et le peuple et guidée non pas par des intérêts personnels ou du moment, mais par l’amour pour la patrie.

On a noté un retour et même un renforcement du Corps de la paix ; quelle est la contribution d’un tel organisme dans les relations bilatérales ?

La coopération, c’est avant tout le développement des relations entre les peuples, qui apprennent à se connaître, à vivre ensemble et à développer une solidarité. D’ailleurs, le corps de la paix a été fondé sur le concept de « faire du bien à travers le monde », concept qui renferme l’idée de partage au sens large du terme. C’est ainsi que pendant leur séjour sur le terrain, les appelés au corps de la paix délivrent des services de qualité dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la lutte contre le SIDA.

Plus important, ils découvrent les conditions inimaginables, pour un américain, dans lesquelles nos populations vivent, mais dignement. A leur retour, ils portent le pays dans leur cœur au sein de leur communauté, travaillent à la promotion de son image. Les anciens corps de la paix ont crée une association dénommée « Friends of Burkina ». Ils organisent des activités, lèvent des fonds pour financer des infrastructures socio-économique au pays. C’est vraiment une coopération utile et importante.

Notre pays va accueillir au cours des quatre prochains mois de l’année deux grandes manifestations, à savoir le Sommet extraordinaire de l’Union Africaine et celui de la Francophonie ; vu de Washington, comment appréciez-vous la tenue de ces deux manifestations ?

La tenue de ces deux manifestations en l’espace de quelques semaines est perçue comme le témoignage de la confiance que la communauté africaine et internationale place dans les aptitudes de leadership des autorités burkinabé, dans la capacité de notre diplomatie à concilier les opinions diverses et dans notre capacité d’organiser et de réussir de grandes manifestations. Vu des Etats-Unis, ce que je viens de citer qui semble être une marque déposée du Burkina Faso n’est pas évident.

En effet, au mois de novembre dernier quand j’étais à Ouagadougou et que l’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Burkina Faso, S.E. M. Anthony Holmes, m’a invité pour un déjeuner de travail, il a insisté pour qu’à mon retour, je travaille à convaincre les interlocuteurs clés que Ouaga peut bien mettre à la disposition des participants à la Conférence sur les sciences et la technologie dans l’agriculture des chambres d’hôtel de qualité ainsi que des salles de réunion et cela pour une conférence censée regrouper autour de 300 personnes maximum.

Quelle est la contribution de l’Ambasssade du Burkina Faso à Washington à la réussite de ces manifestations ?

L’organisation de ce sommet extraordinaire de l’Union Africaine qui est une idée du président Compaoré, traduit sa volonté de voir situer l’emploi au cœur des politiques de lutte contre la pauvreté et d’exclusion sociale en Afrique. De ce fait, il s’agit de passer en revue le rôle des pouvoirs publics et du secteur privé dans la création d’emplois, mais aussi d’examiner l’appui des institutions internationales de développement à ces politiques.

Vu sous cet angle, l’implication des institutions de Bretton Woods, des autres institutions multilatérales de financement, et des ministres chargés du développement est capitale. A cet effet, l’ambassade s’est impliquée aux côtés de nos administrateurs pour non seulement obtenir la confirmation d’une participation de haut niveau de la Banque Mondiale et du FMI au Sommet, mais aussi une contribution technique à la rencontre préparatoire au Sommet, des ministres des Finances prévue le 02 août à Ouagadougou.

En ce qui concerne le sommet de la Francophonie, l’ambassade en tant que fenêtre du Burkina Faso ouverte sur l’Amérique joue un rôle d’information. Au niveau des ambassadeurs, nous avons constitué le 18 février 2004, le Groupe des ambassadeurs francophones, regroupant une cinquantaine de pays ayant des représentations diplomatiques à Washington.

Le Burkina Faso est vice-Président de ce groupe. C’est un cadre extraordinaire qui permet de véhiculer des informations utiles sur le sommet de Ouagadougou. Naturellement, à l’approche de l’évènement l’ambassade se mettra à la disposition de ceux qui veulent faire le déplacement pour faciliter les formalités.

De l’économiste au diplomate, comment s’est faite la reconversion de Tertius ZONGO ?

Je dois dire qu’il y a eu la conjonction de certains facteurs favorables : d’abord, je suis de nature optimiste et j’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme cette nouvelle mission que m’a confiée le Président du Faso, ensuite d’avoir été nommé aux Etats-Unis d’Amérique où le pragmatisme prime sur les belles formules et enfin de retouver les institutions de Bretton Woods où j’avais quelques connaissances utiles. Du reste, même dans l’Administration Américaine, j’avais cotoyé quelques personnes dans mes fonctions antérieures.

Je ne me suis donc pas retrouvé dans un univers totalement inconnu. Pour le côté Administration et représentation, je me suis reposé sur mes collaborateurs bien compétents en essayant d’imprimer un rythme et une vision qui sont les miens. Au total, j’ai bénéficié de bons appuis qui ont facilité ma transition.

On vous sait fervent protestant ; cette qualité vous aide-t-elle dans votre tâche dans un pays comme les Etats-Unis ?

Vous connaissez la particularité des Etats-Unis où la religion est aux portes du pourvoir et y exerce une influence certaine. Il y a plusieurs cercles où des petits-déjeuners hebdomadaires sont organisés pour « fraterniser dans le nom de Jésus Christ ». Dans ces cercles, vous retrouvez des hauts dignitaires. Etant vos « frères et sœurs en Christ », ils peuvent vous ouvrir certaines portes plus facilement que votre titre d’Ambassadeur ne peut le faire.

Je dis plus facilement, pour ramener ce phénomène à sa juste dimension et le considérer comme une cerise sur un gâteau ; étant entendu que protestant ou pas, il vous faut préparer ce gâteau pour que la cerise puisse y être déposée. Et si votre gâteau a mauvais goût, vous aurez des surprises désagréables même avec la cerise.

Interview réalisée en ligne par C. Paré
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