Actualités :: L’Avocat a trouvé son Maître

Professionnellement parlant, ils ont bien des points communs : l’un est avocat, l’autre magistrat. Les hasards de l’existence et le cours de certains événements dans l’histoire du pays aidant, leurs chemins se sont croisés en raison d’une opinion commune qu’ils avaient sur certains faits qui mettaient en péril l’équilibre social : on se rappelle l’assassinat du journaliste Norbert Zongo...
Les deux hommes ont médité et milité ensemble avec hargne et détermination. Puis l’élan fut quelque peu troublé par le retrait du groupe qui s’était constitué du célèbre politicien-avocat qui aimerait sans doute converser avec son ancien compagnon de lutte...

Hermann : L’affaire Kanazoé, c’est bien, mais il ne faudrait pas que tu t’endormes après ça, Halidou ! Pendant qu’on charcute le Code électoral burkinabè, la Constitution tchadienne est arrangée pour maintenir un individu au pouvoir... Et l’Union interafricaine des droits humains ne dit rien ?!

Halidou : On a vite fait de fabriquer des héros et des martyrs en Afrique, et on fait vite d’en vouloir amèrement aux mouvements des droits humains, lorsque quelque chose cloche. Nous essayons autant que faire se peut de faire respecter les droits, comme la liberté d’expression et d’opinion dont, à mon avis, vous jouissez pleinement ici ! Ou bien ? Ce foutu Code, c’est à l’Assemblée que ça se traite, non ? Je suis pas député, moi !

Hermann : Vous auriez au moins pu émettre un point de vue sur la décision de le changer, ce Code !

Halidou : Nous sommes d’accord que les uns et les autres ont accepté les résultats des dernières législatives, non ? Nous sommes donc d’accord qu’une majorité s’en est dégagée ! La question est purement politique, ce n’est pas notre domaine. Notre tâche consiste à constater si vous, malgré tout, pouvez user de vos droits... On t’a bastonné récemment ?

Hermann : C’est tout de même ahurissant de vider de son contenu une loi née à l’issue de moult tractations !

Halidou : Sans vraiment m’introduire dans cette histoire, vous devriez être patients. Vous savez bien que la tendance des majorités politiques est de risquer parfois leur propre anéantissement, en refusant d’abandonner une portion de leurs avantages. C’est un constat que l’on peut effectuer sous tous les cieux. Laissez le piège se refermer sur les prédateurs...

Hermann : Le piège, c’est aussi l’instabilité politique endémique que connaissent nombre de nos Etats ! Tout part des pouvoirs en place.

Halidou : Je n’en suis pas sûr. Le problème, au contraire, c’est qu’il manque bien souvent des solutions de rechange. De plus en plus, certains partis politiques font peu cas de leurs programmes, pour se contenter de reprendre à leur compte les inquiétudes exprimées par certaines organisations de la société civile. Vous nous copiez quand ça vous arrange...

Hermann : Chacun puise chez chacun. C’est pourquoi nous avons toujours parlé de démocratie consensuelle.

Halidou : Et la lutte contre l’impunité, c’était pas assez consensuel pour vous ? Jusqu’à présent, de nombreux citoyens éprouvent un certain malaise en se rappelant votre décision de quitter le grand mouvement de lutte contre l’impunité ! Et je ne dis pas ça parce que je suis président du Collectif..

Hermann : C’est après un examen approfondi de la situation que cette décision a été prise... Ce n’était pas un coup de tête.

Halidou : D’aucuns ont trouvé que cela ressemblait fort à une récidive !

Hermann : Jamais ! Notre credo n’a jamais varié...

Halidou : Vous oubliez la CFD ?

Hermann : Mmmhhh... C’était encore plus compliqué, ça. Et si nous parlions de l’avenir, plutôt ? Sur la présidentielle de 2005, quel est le point de vue de l’UIDH ?

Halidou : Je le redis, nous n’avons rien d’officiel à dire sur ce genre de questions, qui sont d’abord politiques, bien qu’un aspect juridique puisse être relevé en raison des insuffisances de l’article objet de désaccords.

Hermann : On se rend tout de même compte que l’opinion, dans sa majorité, est contre cette candidature du PF !

Halidou : Quelle opinion ? Une opinion ne se forme que sur ce qui lui importe aujourd’hui, ce par quoi elle se sent atteinte. Pensez-vous réellement que ce soit la présidentielle de 2005 qui préoccupe l’opinion ? Non ! C’est le coût de la vie, la fraude, l’insécurité, les détournements, la corruption dont fait cas la presse et l’homme de la rue...

Hermann : Et c’est justement pour mettre fin à tout cela que nous luttons pour l’alternance.

Halidou : Je n’ai rien contre qui ou quoi que ce soit, mais lorsqu’un leader d’opposition en appelle à l’alternance, il ne sait que se victimiser. Ce n’est pas une stratégie politique idéale ; sans compter ces débats qui n’ont pas lieu d’être, plus axés sur des individus que sur des projets de société et de solutions pratiques.

Hermann : Et pourtant, sans une certaine alternance, nos pays feront toujours du sur-place.

Halidou : On peut quitter le sur-place pour tourner en rond ! En Afrique, on assiste plus à un jeu de chaises musicales qu’à de véritables changements, ce qui altère l’esprit du principe même de l’alternance.

Hermann : Le drame est qu’au Burkina, la solution à toutes les questions essentielles dépend actuellement de la volonté d’un parti...

Halidou : Dans ces conditions, vos meilleurs avocats doivent être la persuasion, la persévérance et la patience. L’alternance, c’est pas alterner entre "je rentre au gouvernement de la majorité sans être dans la majorité" et "je repars dans l’opposition comme si je l’avais pas quittée" ! Il y a deux types d’hommes qui portent des robes : les avocats et les travestis. Faites gaffe à ne pas travestir vos convictions...

Propos recueillis délicatement par le Journal du jeudi

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