Actualités :: Eglise burkinabè : La petite phrase de trop ?

L’archevêque de Ouagadougou, Jean Marie Compaoré, a jeté
un pavé brûlant dans l’arène politique nationale. "Je suis à
110% pour l’alternance. Mais lequel parmi nos hommes
politiques actuels, en dehors de Blaise Compaoré, peut
gouverner ce pays ?", a-t-il déclaré dans le quotidien Sidwaya du jeudi 27 mai. Une sortie surprenante aux yeux de nombreux
Burkinabè qui estiment que l’Eglise est allée trop loin dans ses prises de position.

Mais Mgr Compaoré a souligné dans
l’interview en question qu’il parle en son nom personnel. En
clair, ses propos n’engagent pas, de prime abord, l’Eglise
catholique. Il a donc parlé en toute franchise, soucieux, comme
à son habitude, de la paix sociale.

Sa déclaration laisse
entrevoir que le pays est balbutiant et que Blaise Compaoré
seul, au pouvoir depuis plus d’une dizaine d’années, essaie
comme il peut, de conduire le navire Burkina Faso. Du même
coup, l’homme d’Eglise interpelle l’opposition par rapport à ses
responsabilités socio-politiques. Elle doit montrer qu’elle est
réellement à la hauteur des enjeux, donc capable d’assurer une
alternance avec en main, une alternative.

Mgr Jean-Marie
Compaoré est probablement à la recherche d’un juste milieu,
donc du consensus et de la paix. Mais au Burkina, le jeu
politique est souvent empreint de passion. Si bien que la
moindre déclaration est sujette à interprétations. Certes, pour le
Burkinabè moyen, il est difficile de comprendre une telle
affirmation. Surtout au moment où le débat sur l’élection
présidentielle de 2005 est en train de battre son plein. On
pourrait ainsi penser que l’archevêque est favorable à une
éventuelle candidature de Blaise Compaoré.

Si cela s’avère, Mgr Compaoré se sera alors engagé sur une
pente glissante. Car, de toute évidence, l’Eglise a toujours fait
preuve de responsabilité face aux grandes questions de
l’humanité. Au Burkina, elle n’a pas dérogé à la règle. Elle a
distillé des encens de paix lors des tournants décisifs de la
nation.

L’Eglise catholique et les autres composantes
religieuses du pays avaient apporté une touche spéciale à la
tenue du forum national de réconciliation. Récemment, elle a
décidé de prendre son bâton de pèlerin pour voler au secours
de la Côte d’Ivoire en crise, dans le cadre des conférences
épiscopales réunissant certains pays d’Afrique de l’ouest.
L’Eglise catholique avait, dans cette optique, fait des
propositions pertinentes pour une stabilité sous-régionale.

Mais
les politiques sont ce qu’ils sont. Toujours aptes à faire des
déclarations d’intentions, toujours aptes à refuser de traduire
leurs intentions dans le champ du concret. Le cas de la Côte
d’Ivoire montre bien qu’une cure thérapeutique existe mais que
le malade lui-même ne cesse de bouder. Conséquence : le pays
est dans une terrible zone de turbulence.

L’Eglise catholique a aussi été active lors de la journée
nationale de pardon. Elle avait déjà posé les bases d’une
recherche de consensus en présidant le Collège de sages
dans le cadre de la résolution de la crise consécutive au drame
de Sapouy. Mais force est de constater que lorsque l’Eglise
s’ingère dans les affaires politiques et affiche pleinement ses
positions, c’est quand tous les recours sont épuisés. Elle veut
ainsi éviter que l’anarchie ne conduise le pays dans une
situation incontrôlable.

Le cardinal Paul Zoungrana avait même
qualifié le putsch de 1980 de "coup d’Etat béni de Dieu". Cette
déclaration était consécutive à une prise de pouvoir intervenue
dans un contexte de crise accentuée.
L’Eglise catholique a ainsi laissé ses empreintes dans la
marche de l’Etat. Mgr Jean-Marie Compaoré, bien que n’ayant
pas parlé au nom de cette institution religieuse, l’engage d’une
manière ou d’une autre, dans un débat politique à double
tranchant.

Sans doute que certains partis exploiteront ses
propos à des fins de campagnes électorales. Le président
Blaise Compaoré et son parti, le Congrès pour la démocratie et
le progrès ( CDP), sont probablement en train de jubiler après
la sortie fracassante de l’archevêque de Ouaga.

Mais, à la
vérité, la déclaration de Mgr Compaoré n’arrange pas le
président Compaoré. Elle le met plutôt dans une position
inconfortable et embarassante. Surtout qu’elle peut laisser
croire, d’une certaine façon, que tous les autres hommes
politiques sont incompétents pour la gestion des affaires de
l’Etat. Comme si Blaise Compaoré, qui a accédé au pouvoir par
un coup d’Etat, était le plus valeureux des Burkinabè. Comme si
aussi, Mgr Compaoré se rendait comptable et garant de toutes
les actions (bonnes ou mauvaises) du régime.

Mais cet homme d’Eglise, reconnu pour sa probité morale et
intellectuelle, ne saurait s’engager dans une telle dynamique. Il
a toujours pris le parti de la juste mesure dans la perspective
d’une constante paix sociale. Peut-être que, cette fois,
l’archevêque n’a pas été bien compris. Ou peut-être s’est-t-il mal
exprimé. Toujours est-il qu’un devoir de clarification est
nécessaire.

Mgr Jean-Marie Compaoré dit avoir parlé en son
nom propre. Pour un homme de sa stature le distingo n’est pas
toujours facile pour l’inconscient collectif. L’opinion publique a
assurément besoin de mieux comprendre même si on ne peut
douter de la bonne foi de ce grand homme d’Eglise.

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