Actualités :: Chef de file de l’opposition : Que va faire Gilbert de ses habits neufs (...)
Gilbert Ouédraogo

"L’article 12 de la loi n°007-200/AN du 25 avril 2000 portant statut de l’opposition politique dispose que : le chef de file de l’opposition est le premier responsable du parti de l’opposition ayant le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée nationale.

En cas d’égalité de sièges, le chef de file de l’opposition est le premier responsable du parti ayant totalisé le plus grand nombre de suffrages exprimés aux dernières élections législatives. En application de cette disposition, l’ADF/RDA est le chef de file de l’opposition".

C’est donc par cette correspondance n°2004-0226/PRES/CAB en date du 21 mai, que le président de l’Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré, a désigné Gilbert Ouédraogo comme le porte-flambeau de l’opposition burkinabè. Ainsi donc, la loi a été appliquée et comme on le dit, dura lex, sed lex, mais une question s’impose immédiatement : pourquoi est-ce seulement maintenant qu’elle est appliquée alors qu’en 2000 avec le PDP/PS et surtout en 2002 avec l’ADF/RDA d’alors, il y avait un chef de file confirmé ? Et pourtant, c’est connu, ladite loi a été adoptée et promulguée en juillet 2000.

Désignons-le par son nom : à l’issue des législatives de mai 2002, Me Hermann Yaméogo, alors président de l’ADF/RDA, était selon l’esprit et la lettre de cette loi le patron de l’opposition burkinabè. Il avait ferraillé dur pour qu’elle lui soit appliquée : échange épistolaire avec le premier ministre, qui l’avait renvoyé à l’occupant du perchoir, déclaration dans la presse... des batailles dans lesquelles, il réclamait un statut clair. Il est vrai que l’avant-projet de décret portant statut du chef de file de l’opposition, remis par la Coordination de l’opposition burkinabè (COB), était jugé trop osé par certains, un avant-projet, faut-il le rappeler, qui a été cogité par Hermann himself.

Une liste non exhaustive de ce qu’il demandait fit grincer des dents du côté du pouvoir et même chez certains "hiérarques" de l’opposition : des bureaux avec un personnel, une voiture de fonction avec escorte, des moyens conséquents, la possibilité de suivre le chef de l’Etat dans ses déplacements à l’extérieur, et d’y prendre la parole... des exigences, avait précisé le père du "tékré" , qui sont des réalités dans les vieilles démocraties anglo-saxones.

Est-ce cette panoplie d’égards protocolaires exigés alors par l’actuel patron de l’UNDD, qui lui avait fait perdre l’applicabilité de la loi ? En tout cas on l’aura constaté, un long temps s’est écoulé, jusqu’en juin 2003 où le même Hermann sera débarqué de la tête de l’ADF/RDA, sans avoir pu un instant se prévaloir officiellement d’être ce chef de l’opposition. En désignant Gilbert Ouédraogo deux ans jour pour jour après les législatives de mai 2002, le président de l’Assemblée nationale comble certes ce qu’on peut appeler un vide politico-juridique, mais soulève aussi d’autres problèmes ou plus exactement corse davantage des difficultés perceptibles dans le landernau politique du Faso.

En effet, les guéguerres à fleurets mouchetés voire souvent ouvertes entre d’une part le pouvoir et l’opposition et d’autre part entre l’opposition et... l’opposition trouvent dans cette désignation un terreau favorable pour prospérer, en sus de celles déjà liées à l’article 37, à la révision du code électoral, à la candidature unique... Mais passons !

A présent que les dés sont jetés, que va faire Gilbert de ses habits neufs enfilés officiellement le 21 mai dernier ? Va-t-il prendre à son compte certaines exigences de Hermann ? A l’évidence, sa désignation a au moins l’avantage de la clarté. Désormais, il porte les insignes de la tête de ponte de l’opposition. Mais, est-on tenté de demander, laquelle ? "L’opposition vraie" ? En tout cas l’ADF/RDA n’était pas présente au meeting de cette dernière, tenue le 15 mai à la maison du Peuple. De "l’opposition informelle" ? ou tout simplement de l’opposition tout court ?

Gilbert Ouédraogo a dit ce qu’il va faire en substance après qu’il eut enfilé ses nouveaux habits (cf. interview du "Pays" du 28 mai 2004), mais nul doute que les gens et surtout les électeurs l’attendent au tournant, d’autant plus qu’il faut l’avouer, certains ne manquent pas de dire en aparté qu’il est grand temps que "l’éléphant" se "détermine clairement". Traduction : l’ADF/RDA est-elle de l’opposition ou "mouvancière" ? Pour y répondre, les occasions ne manqueront pas au fils du duc du Yatenga à l’Assemblée, mais aussi sur d’autres fronts.

Ce qui pourra décanter une situation rendue plus confuse, depuis le schisme de juin 2003. Du reste, dans les mois prochains ou plutôt à la veille de certains scrutins, les différentes chapelles politiques sont obligées de sortir du bois, car il s’agira de se prononcer pour engranger des voix. En tout cas, il est normal et impératif que les partis politiques disent à leurs électeurs qui ils sont, chair ou poisson, non pas à la veille du scrutin, mais même en période non électorale. N’est-ce pas là un gage de maturité politique et de respect de son électorat ?

Observateur Paalga

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