Actualités :: Procès : Le général nie en bloc et réclame sa "ration"

9 jours après l’ouverture, au tribunal militaire de Ouagadougou, du procès des 13 personnes accusées d’atteinte à la surêté de l’Etat, la journée d’hier a surtout été marquée par l’audition d’un témoin important que tout le monde attendait.

Appelé sur le coup de 18 heures, le général de brigade Kouamé Lougué, ancien ministre de la Défense qui a fait les frais de cette affaire avec son éviction du gouvernement à la faveur d’un léger réaménagement ministériel, a nié être mêlé de près ou de loin à cette ténébreuse histoire. Avant de réclamer, avec l’accord du tribunal, sa "ration" ainsi qu’on désigne le garde-à-vous dans le jargon militaire, aux 11 militaires du banc des accusés qui ne se firent pas priés pour la lui donner.

Les témoins ont poursuivi hier leur défilé devant le tribunal militaire. Ainsi dès 9 heures, c’est Nombré Dieudonné Wilfried qui viendra s’expliquer sur ses amitiés avec le capitaine Bayoulou et Norbert Tiendrébéogo. Selon le témoin, c’est en 2001, qu’un jour Bayoulou est passé le voir à son domicile. En le raccompagnant, il a vu dehors Naon Babou et l’adjudant Joseph Dioma. Par la suite, il apprendra qu’il y avait un coup d’Etat dans l’air. Il a essayé de dissuader le capitaine Bayoulou de se lancer dans cette aventure.

Pendant près de 50 minutes, les avocats lui demanderont des éclaircissements sur ses rapports avec certains accusés. Me Somé Marcelin, par exemple, lui demandera expressément si avec Norbert Tiendrébéogo, ils ont échangé sur un projet de putsch. Aux nombreuses questions, l’intéressé n’a pas donné des réponses satisfaisantes.

Les révélations des taupes

Le sergent Gomkoudougou Ousmane, lui, sera catégorique : il n’était pas au courant de la préparation d’un putsch. Mais il avoue qu’il est évident "que des militaires de retour de mission s’attendent toujours à recevoir quelque chose... Et si cela n’est pas réalisé, il y a des velléités, et pour le cas présent, ces velléités étaient affichées... Nous qui étions entre la troupe et les supérieurs le savions".

A la suite de ce dernier, le sergent-chef Sanou Din Dramane viendra à la barre, pour confesser que dans cette affaire, il a joué le rôle de "taupe" pour noyauter ledit projet. En rappel, Din Dramane a bénéficié le 12 mars dernier, en même temps que 3 autres personnes, d’un non-lieu ordonné par la Chambre de contrôle.

Il dira au tribunal :"J’ai été contacté courant 2001 par Ouali dans son bureau... Il m’a parlé d’un projet pour changer le pouvoir en place... J’ai rendu compte à un gendarme (Ndlr : l’officier de police judiciaire (OPJ), l’adjudant Joseph Dioma) du service des renseignements, qui m’a dit de jouer le jeu et de lui rendre compte...". Din Dramane affirmera en substance qu’il a suivi des réunions des présumés putschistes et régulièrement, il répercutait ce qui s’y passait aux services de renseignements.

La "taupe" a affirmé également que Ouali lui a remis un portable afin qu’il puisse coordonner le déroulement des opérations. En réalité et toujours selon Din Dramane, il devait mobiliser des militaires du camp Guillaume Ouédraogo pour qu’ils participent à une marche du Collectif, et passent après à l’action. Mais après la manif, les gens se sont dispersés. Ouali a alors retiré son portable.

Le même témoin a soutenu qu’il était question qu’il sorte quelques armes du même camp, mais "Cela allait être difficile, car pour une telle action, il faut l’aval du chef". Le dépôt d’armes et de munitions de Yimdi a été aussi, d’après Din Dramane, évoqué par les accusés. Du reste, il est formel, il a bien assisté à une réunion où étaient présents Ouali, Bassolet, Bayoulou, réunion au cours de laquelle ils ont parlé de putsch.

"N’avez-vous pas pris peur lorsque Ouali vous a parlé de son projet ?". Réponse de Din Dramane : "Ce qui m’a d’abord préoccupé, c’est pourquoi moi pour participer à ça ".

L’accusé Naon Babou prendra la parole pour demander au témoin pourquoi, au lieu d’en référer à son supérieur hiérarchique, il rendait compte à l’OPJ Joseph Dioma. Pas de réponse satisfaisante à cette question. Me Nion s’étonnera de la présence de l’OPJ Dioma (il assistait aux réunions "sédicieuses") sans que cela ne mette la puce à l’oreille des apprentis-putschistes.

Norbert Tiendrébéogo questionnera également Din Dramane : "Savez-vous comment se sont toujours déroulées les marches du Collectif ?". Puis le président du FFS lui dira que lors de toutes leurs marches, les ouailles du Collectif n’ont jamais pu aller au-delà de la Direction de la police nationale.

"Comment alors aurions-nous pu atteindre la présidence alors que nous sommes restés presque toujours au rond-point des Nations unies ?" fit remarquer le leader sankariste..

Un « Tremplin » pour la présidence

L’un des témoins dont l’audition a été la plus longue est sans conteste l’adjudant Joseph Dioma. Membre du service des renseignements, c’est à lui que le sergent-chef Dramane Sanou, comme indiqué plus haut, a vendu la mèche d’une éventuelle préparation du coup de force sous la direction du capitaine Ouali. Mais comment a-t-il pu infiltrer la bande à Ouali et participer ainsi aux réunions ? A cette question, il dira que « Le capitaine Bayoulou était le maillon faible du groupe. Il était mon ami. Je l’ai mis en confiance et c’est ainsi que j’ai pu réussir ma mission d’infiltration ».

Dioma a déclaré que lors des rencontres, il était question d’infiltrer la marche du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques du 30 juin 2001. L’opération était simple : il fallait canaliser la foule vers la présidence et pendant que les militaires remettraient leurs cahiers de doléances au président du Faso, un autre groupe de militaires passerait à l’assaut.

Question : comment l’assaut aurait été possible vu que le groupe n’avait pas d’armes ?« On devait, a répondu Dioma, dépouiller les faisceaux de sécurité de leurs armes ». Les faisceaux sont en fait les groupes des forces de l’ordre stationnés à des points précis de l’itinéraire du cortège des manifestants.

L’adjudant a affirmé que le jour de la marche, le Poste de commandement (PC) était installé au bar « Le Tremplin », d’où les capitaines Ouali et Bayoulou étaient censés coordonner les opérations de leurs hommes à l’aide des téléphones portables. Ce jour-là, Dioma y était.

Heureusement ou malheureusement, c’est selon, il ne s’est rien passé ce jour-là. La raison en est que Dioma avait intimé l’ordre au sergent-chef Sanou Dramane de ne recruter aucun militaire pour la basse besogne, dont il était en effet chargé, ainsi que de réunir les armes. Juste après ce coup foireux, les comploteurs s’étaient retrouvés dans un maquis vers l’hôpital pédiatrique, pour faire « le constat de l’échec de la marche du 30 juin 2001 et dégager des perspectives ».

Mais cette réunion, selon Dioma, n’a pas pu vider son ordre du jour, car Ouali l’a levée entre-temps. Et Me Adrien Nion de faire remarquer que par conséquent il n’a jamais été question de perspectives. L’avocat de Ouali poursuivra en disant que c’est ce même adjudant qui a « incité les Ouali à réveiller ce projet ». Dioma, selon Me Nion, ne faisait plus du renseignement, mais plutôt de la participation à la tentative de déstabilisation.

L’accusé Naon Babou affirmera qu’il a connu l’adjudant Dioma en 1988 à Pô. Dioma était venu leur donner des cours de filature et de contrôle de filature : « Donc quand j’ai vu Dioma, je savais qui il était et je ne pouvais donc pas collaborer avec lui, parler de ces choses avec lui ».

Sur ces entrefaites, Me Farama a demandé à Dioma qui, soit dit en passant a quitté le service des renseignements en 2001, si quelqu’un l’avait remplacé dans l’infiltration du groupe. Dioma y a répondu par l’affirmative. C’est alors que Farama a démontré qu’en fait, il n’y a pas eu de relais, de remplaçant, sinon la nouvelle taupe serait là au tribunal avec des renseignements récents, alors que les informations qu’on a, provenant de ce service, sur cette affaire datent de 2001. De plus, Dioma a affirmé que Naon et Bayoulou savaient bien qu’il était du service des renseignements. Dans ces conditions, Farama a dit son étonnement au tribunal, car comment comprendre que ces gens, qui savaient qu’il était du service des renseignements, aient accepté malgré tout de travailler avec lui ? Tout simplement kafkaïen.

Le général réclame un garde-à-vous

Depuis longtemps, on se demandait quand est-ce que le général Kwamé Lougué, dont le nom a été plusieurs fois cité depuis le début de l’audience, comparaitrait.

A 18 heures pile, l’homme aux deux étoiles, habillé d’un uniforme kaki, et coiffé d’un béret rouge fait son entrée dans la salle d’audiences. On sentait par les murmures de l’assistance, que tout le monde s’apprêtait à boire les paroles de l’illustre témoin. Après un garde-vous impeccable, et à la demande du président du tribunal, il se présente : "Général Kwamé Lougué, militaire, 53 ans, résidant au camp Guillaume".

A la question de savoir s’il connaissait les inculpés, il répondra que pour des militaires qui ont été ses subordonnés, il les connaît. "Vous n’êtes pas à leur service, ça c’est certain" , dira le président, comme pour répondre à une question habituellement posée aux témoins. A la question de savoir si le capitaine Ouali était venu lui parler d’une revendication de militaires, il répondra : "A aucun moment".

Devant le juge d’instruction, le capitaine Ouali avait déclaré que, pour décagnoter Blaise Compaoré, il avait suggéré à Kwamé Lougué la prière, renforcée par la magie africaine, et que pour ce faire, il avait demandé les moyens nécessaires au général. Ce dernier, selon les déclarations de Ouali, aurait refusé pour des "raisons familiales". Le général Kwamé Lougué reconnaît-il cette version des faits ? demandera le juge. A cette question"Je réponds par la négative" ,dira-t-il sans autre commentaire.

Par ailleurs, selon l’arrêt de renvoi, Bayoulou affirme avoir contacté le général pour lui proposer le pouvoir, et que ce dernier aurait refusé.

Tel un refrain, la phrase "Je répond par la négative" revint dans la bouche du témoin. Appelé à la barre, l’accusé Ouali a déclaré qu’il y avait une nuance à faire dans les propos qu’il a tenus chez le juge d’instruction. Et de préciser cette nuance : "Je suis allé le voir. Je lui ai dit que, compte tenu de l’évolution de la situation nationale, il y a manifestement une volonté du peuple et de la troupe, qui éprouve de la sympathie à son égard, que les choses changent... C’est à défaut de son engagement que nous autres avons décidé de faire quelque chose à notre niveau". Le commissaire du gouvernement demandera alors à l’accusé s’il s’agit là d’une confirmation du complot, et qui sont les "nous autres".

L’avocat du commandant Ouali bondit de son fauteuil et répliqua : "Je ne trouve pas cette question pertinente. C’est sans ambages que mon client a reconnu dès le début de l’audience, qu’il a décidé de mettre fin à la compaorose". C’est alors que l’inénarable Naon, de sa puissante voix, ajoutera :"Rien ne m’étonne de ce que le parquet dit. C’est pas étonnant non plus que le nom du général se trouve dans vos papiers. Moi personnellement, j’ai entendu le nom du général à la gendarmerie. D’ailleurs, je l’ai vu depuis 99".

Le clou de la soirée est venu du militaire étoilé. A la fin de son audition, et avant de quitter la salle d’audiences, le général Kwamé Lougué réclama un garde-à-vous aux inculpés militaires. "Levez-vous et saluez là !" ordonna-t-il. Sans broncher, ceux qui étaient décoiffés portèrent leurs bérets, et se mirent au garde-à-vous. "Merci mon commandant", concluera-t-il avant de quitter la salle sous les applaudissements du public.

Aussitôt après son départ, la salle commença à se vider. Peut-être, cela a-t-il poussé le président du tribunal à suspendre la séance, qui reprend ce matin à 8 heures. Avec le passage du témoin que tout le monde attendait, on avait l’impression que l’essentiel avait été fait au tribunal militaire ce mercredi soir.

Z. Dieudonné Zoungrana
San Evariste Barro
H. Marie Ouédraogo
Issa K. Barry
L’Observateur

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