Actualités :: Au palais de justice : Comme dans un jeu vidéo

La scène était pathétique, ce mardi 13 avril 2004 au tribunal militaire, aux environs de 18 heures. Un gendarme, commandant de grade, du nom de Maldia Diakouma vient apporter un témoignage sur le capitaine Ouali.
« J’ai eu à rencontrer le capitaine Ouali par plusieurs fois avec d’autres personnes dans le but de le sensibiliser ».

Qu’est-ce que vous voulez dire par sensibiliser ? Lui demanda le commissaire du gouvernement. « Qu’il revienne à la réalité et qu’il change de vie, car on le trouvait malheureux. C’est quelqu’un qui prenait ses rêves pour de la réalité. C’est vrai que je suis son cadet de 3 ans, mais moi ça m’embêtait. Imaginez-vous qu’au-delà de 40 ans, Ouali n’est pas marié et est sans enfant. Même si c’est un grand frère, c’est un devoir pour moi d’essayer de le faire changer ».

Un avocat de la défense, Me Adrien Nion lui demanda si Ouali distribuait de l’argent aux gens. « Oui, oui.

Il n’est pas un méchant garçon. C’est un garçon que je respecte. Seulement, il est esclave de la religion et n’avait plus les pieds sur terre ». Pendant cette déposition de celui qui semblait très bien le connaître, le capitaine Ouali, contrairement à ses habitudes, sur sa chaise les bras croisés, avait la tête baissée. Dans la salle d’audience, on aurait entendu voler les mouches.

A-t-on besoin d’un tableau plus clair pour cerner la personnalité de celui qui, jusqu’à présent, est considéré par bon nombre comme étant le cerveau d’un coup d’Etat, préparé pendant - excusez du peu - trois ans, une période pendant laquelle il n’a été recruté que... 12 putschistes.

Pour un pays qui, à une certaine époque, raflait la palme de fréquence de coups d’Etat, on pouvait en attendre mieux. Nous avons connu ici des régimes de généraux, de colonels et de capitaines. Dans tous ces cas d’espèce, la réaction rapide et la discrétion dans la réalisation de ces putschs ont été déterminantes. Surtout que dans l’armée, le service de renseignement militaire pudiquement appelé Division d’information veille au grain. Telle n’a pas été la stratégie adoptée par la clique à Ouali.

Mélange de tête brûlée, d’idéaliste, de frustré et d’illuminé, le capitaine s’est fait une idée simpliste et infantile du coup d’Etat, à l’image des vidéos japonaises. En face, le mauvais (Blaise Compaoré), à ses côtés les guerriers à recruter (militaires) et mafieux qui approvisionnent en armes et flèches. Ainsi, Ouali reçoit des millions et en enfant de cœur se met à les ventiler à gauche et à droite, à tenter des recrutements sans même protéger ses arrières.

Pauvre neveu !

De tous les inculpés, seul Naon Babou semble savoir où il mettait les pieds. Certains par contre semblent se demander toujours ce qui les a mis dans ce pétrin. Le commandant Kambou Sié, le commandant Pooda S. Bernardin et le leader du FFS, Norbert Tiendrebeogo qu’un témoin, Kéré Alima, appelle affectueusement « mon prési ». Des témoins semblent même être sortis, traumatisés de cette affaire, à en juger par leur départ précipité du tribunal après leur audition. Font partie de ces personnes malmenées, le trio convoyeur des trois véhicules achetés par Ouali : Camara Kassoum, Zoundi Gobi et le jeune Ouali Frank Armand, dont le malheur est de porter le patronyme du capitaine et d’être son neveu.

Il n’a d’ailleurs pas cessé de l’appeler tonton Ouali durant toute son audition. Un fait surtout a marqué l’auditoire. Après avoir été entendu et, quittant la salle, il s’est ravisé et est revenu sur ses pas. Etonné, le président du Tribunal lui demanda : « Vous avez quelque chose à ajouter ? » Oui ! dira-t-il. « Quand les gendarmes sont venus me prendre, ils m’ont menotté et frappé ». Pauvre neveu !

Pauvre oncle aussi ! Ajouterons-nous. L’évolution des débats ces derniers temps nous ramène à une constance : les bondieuseries dont nous avons parlé dans notre précédente édition ne doivent pas être prises à la légère. A l’audience du mardi 13 avril, c’est de justesse que le palais de justice militaire ne s’est pas transformé en un temple.

Tout tournait autour de prédications et de révélations que les uns et les autres auraient faites ou reçues. Le summum a été atteint quand le témoin Marcelline Kaboré, ménagère au secteur 27, est venue à la barre. Après sa déposition, un long prêche et la révélation qu’elle aurait reçue et qui concerne le président du tribunal, elle lui remet en mains propres un exemplaire du Nouveau testament. Ce dernier en le prenant, dira en plaisantant que c’est un élément de plus dans le dossier. Ces différentes attitudes, en dehors de leurs aspects burlesques, agaçaient à la fin plus d’un.

Sauf le pasteur Israël Paré qui, à chaque référence biblique, ouvrait sa bible comme pour y trouver un refuge. Nous n’irons pas jusqu’à dire que le capitaine Ouali est un peu fêlé de la caboche. Mais c’est tout comme.

Le rôle du pasteur semble avoir été très déterminant dans l’endoctrinement du sieur Ouali qui, selon plusieurs témoignages, n’avait plus les pieds sur terre. Certes, nous reconnaissons qu’un militaire qui n’a plus les pieds sur terre est autrement plus dangereux. Cependant, avouons qu’avec 11 militaires on ne peut effectuer qu’une corvée garba ou à la rigueur constituer une équipe militaire de football. Par ailleurs, dire que le cerveau de l’affaire est le capitaine Ouali serait lui faire trop de compliments.

Nous pensons que le tribunal prendra acte de l’état de possession et d’envoûtement dont semble toujours victimes les uns et les autres. On ne les aurait pas trahis que de toutes les façons, ils n’auraient pas pu réussir un coup d’Etat.

Plus le procès tire vers sa fin, plus on se convainc que ces putschistes du dimanche sont des zozos qui avaient peu de chance d’être des zoros redresseurs de torts dont ils n’ont manifestement pas l’étoffe. Mais comme en matière de sûreté d’Etat, il faut rien négliger...

Issa K. Barry
L’Observateur Paalga

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