Actualités :: Ouagadougou : Martyrisée, Fatima abandonne son foyer devenu un enfer et (…)

Martyrisée pendant une décennie, Fatima (nom d’emprunt) a finalement décidé de briser le silence qui entourait son calvaire conjugal. Abandonnant son foyer devenu un véritable enfer, elle sollicite l’aide de bonnes volontés pour prendre soin de ses trois filles dont elle a désormais la lourde charge. Son histoire poignante qu’elle a bien voulu nous confier révèle les conséquences dévastatrices des violences conjugales.

Après dix ans de vie conjugale effroyable, Fatima regrette amèrement d’avoir épousé un homme qui a fait de sa vie un cauchemar constant. Son mari, sans raison valable apparente, la battait régulièrement, en lui infligeant des blessures physiques et émotionnelles. Ces agressions ont atteint un point critique lorsque Fatima a été battue à sang.

Nous sommes le vendredi 1er décembre 2023, dans un des quartiers de Ouagadougou, où Fatima nous accueille dans la cour de ses parents. Elle y a élu domicile depuis quelques mois après avoir quitté son foyer devenu infernal.

Même à huit mois de grossesse, Fatima est violentée

« Je me souviens que mon mari m’avait frappée quand je portais une grossesse de huit mois de ma deuxième fille à cause d’une dame qui tentait de le joindre sur son téléphone, alors qu’il se trouvait dans la chambre. Il m’a demandé pourquoi est-ce que j’ai décroché son téléphone. Et m’a ensuite dit qu’il ne voulait plus me voir une seconde de plus dans la maison. Le temps de m’en rendre compte, j’ai reçu des coups violents qui ont même provoqué une déchirure au niveau de mon tympan », relate Fatima la tête baissée avec des larmes aux yeux, exprimant ses souffrances emmagasinées assez longtemps.

C’est alors que Fatima portait une grossesse, que son mari lui infligeait toutes ces souffrances. Car, il a même déclaré sans remords, selon elle, « qu’il s’en fichait éperdument s’il lui arrivait de perdre l’enfant qu’elle portait dans son ventre ».
Après cet épisode, Fatima est conduite par ses beaux-frères à l’hôpital pour des soins. « Au regard de la gravité des blessures, le médecin traitant m’a demandé ce que je souhaitais qu’il fasse pour m’aider. À cause de nos enfants, j’ai décidé de ne pas réagir et de régler cette affaire à l’amiable avec mon époux », souligne Fatima qui, jusqu’ici, refuse de mener l’affaire en justice.

Ces violences qu’a endurées Fatima ont démarré depuis les premiers instants de son mariage, assure-t-elle. « Nous avions passé à peine 20 jours de mariage. Mon époux était en train de corriger notre première fille jusqu’à ce qu’elle vienne trouver refuge chez moi. Je l’ai donc supplié de ne plus la frapper. Il m’a dit que je ne valais pas mieux que celle qu’il battait. Alors, le fil du chargeur de téléphone dont il se servait contre notre fille a finalement laissé ses marques sur moi », se remémore Fatima, en laissant échapper un soupir.

La lune de miel n’aura donc duré que 20 jours, et Fatima explique avoir rejoint sa cour familiale ce jour-là. Ce, d’autant plus que son agresseur lui avait dit qu’elle pouvait aller se plaindre là où elle le souhaitait. « Il a proféré des injures à l’encontre de mes parents et a déclaré que je pouvais aller le leur dire. Je suis donc rentrée en famille. Et c’est après négociations que j’ai rejoint mon foyer ». Les cas de violences qu’a subies Fatima se sont hélas, ainsi multipliés.

La menace constante

Les tentatives de Fatima pour échapper à cette situation insoutenable étaient vaines. À chaque fois qu’elle envisageait de rejoindre ses parents pour échapper à la violence, une délégation était rapidement envoyée pour la convaincre de retourner dans son foyer. Vivant dans une cour commune avec son mari à l’époque, elle soupçonnait celui-ci de courtiser une étudiante qui venait régulièrement chez eux pour diverses tâches.

« L’étudiante qui était notre voisine, faisait tout chez moi. C’est quelques temps plus tard que j’ai pu constater qu’elle avait une liaison avec mon homme. Je me suis adressée à mon mari en lui disant que je ne lui interdisais pas de courtiser une autre femme s’il le souhaitait. Mais je lui ai au moins demandé de ne pas le faire au sein de la cour commune où nous habitions. Mon époux a totalement nié en bloc qu’il avait des intentions envers notre voisine. Mieux, il m’a rassuré qu’il la considérait comme sa sœur ».

Les soupçons de Fatima se sont finalement avérés fondés. Elle se faisait souvent refaire le portrait par “l’homme fort de la maison’’ à cause de celle qu’elle avait adoptée comme sa sœur. « Depuis que l’étudiante s’est mise à sortir avec mon mari, elle passait son temps à se foutre de moi. Lorsque j’expliquais cela à mon époux, il me traitait de menteuse et prenait sa défense. Il m’a frappé plusieurs fois à cause d’elle ».

Aujourd’hui, celui que Fatima considérait comme l’homme de sa vie nourrit désormais l’ambition de faire de l’étudiante son épouse. Fatima, perçue comme un obstacle à ce projet, était régulièrement menacée de mort. Son époux la mettait constamment en garde qu’il l’égorgerait si elle refusait de quitter le foyer. « Il m’a même battue à la ceinture, jusqu’à ce que je me retrouve avec mes deux doigts, de la main droite, fracturés. Je lui ai fait savoir qu’il m’avait brisé les doigts. Et à ma grande surprise il m’a projeté au sol avant de tenter de m’étrangler », a révélé Fatima, témoignant de la brutalité impitoyable de son conjoint.

Les examens de radiographie ont confirmé les fractures que nous avons pu observer sur les clichés présentés par Fatima. Venue assez tard pour le diagnostic à l’hôpital, les médecins lui avaient recommandé une intervention chirurgicale pour récupérer ce qui pouvait encore l’être des deux doigts. « On a introduit des fers dans mes doigts à l’issue de l’intervention. Après 20 séances de rééducation, je n’arrive toujours pas à retrouver l’usage de mes doigts comme auparavant », témoigne Fatima, le cœur chagriné.

La résistance face à l’adversité

Malgré les menaces et les violences, Fatima a résisté du mieux qu’elle pouvait pour conserver son foyer. Mais son mari, déterminé à concrétiser ses ambitions nuptiales, ne lui a pas laissé d’autres choix que de se raviser pour sauver sa vie et celle de ses enfants. La complexité de sa situation s’est accentuée davantage lorsqu’elle a été contrainte, sur ordre de son époux, à abandonner son activité de vente d’habits pour femmes et enfants, privant ainsi sa famille d’une source de revenus essentielle.
« Lorsqu’on se querelle, il peut faire trois jours sans me donner le nécessaire pour la popote. Je me contente dans ce cas de faire une bouillie avec laquelle mes filles et moi nous nous nourrissons ».

Un appel à l’aide

Désemparée, Fatima lance un appel à toutes les bonnes volontés susceptibles de lui venir en aide. Sa priorité est de protéger ses trois filles innocentes, prises au piège de cette situation tragique. Elle espère que sa voix sera entendue, que sa détresse sera comprise, et que la communauté pourra lui offrir le soutien dont elle a désespérément besoin pour reconstruire sa vie. « Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est d’obtenir un travail qui me permettra de pouvoir prendre soin de mes enfants », lance-t-elle ainsi comme cri du cœur.

Pour rappel, le mardi 2 mars 2021, le ministère en charge de l’action sociale du Burkina Faso, avait officiellement lancé en partenariat avec les nations-unies, le numéro vert 80 00 12 87, pour dénoncer les cas de violences basées sur le genre (VBG).

Plus d’une femme sur trois sont victimes de VBG

Alors que Fatima nous livre son histoire bouleversante, se commémore en ce moment depuis le 25 novembre 2023, les 16 jours d’activisme pour mettre fin aux violences faites aux femmes. Cette initiative soutenue par les agences des nations-unies, est organisée tous les ans et s’achève pour cette année, le 10 décembre 2023.

Selon ONU Femmes, plus d’une femme sur trois subissent des violences basées sur le genre au cours de leur vie. En 2021, près d’une femme sur cinq âgée de 20 à 24 ans a été mariée avant l’âge de 18 ans. Moins de 40 % des femmes survivantes de violence sollicitent une aide sous une forme quelconque.

Pour l’ONU Femmes, la violence à l’égard des femmes et des filles reste la violation des droits humains la plus répandue dans le monde. Déjà accentuée par la pandémie de covid-19, sa prévalence s’est encore accrue par les crises croisées du changement climatique, des conflits mondiaux et de l’instabilité économique.

Lire aussi : Violences basées sur le genre au Burkina : Le 80 00 12 87 pour dénoncer les cas

Hamed Nanéma
Lefaso.net
NB : Numéro utile pour apporter votre soutien à Fatima : 74404034

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