Actualités :: Burkina/Production de riz : « Nous pouvons atteindre l’autosuffisance (...)

Au Burkina Faso de plus en plus, la population consomme le riz local. Aussi, de plus en plus, les agriculteurs s’intéressent à la production de riz. En vue d’améliorer la qualité de la production de cette céréale, le gouvernement apporte un appui technique et financier aux producteurs. A Boulbi, plusieurs ménages vivent de la production de riz.

Le soleil se lève dans le village de Boulbi dans la commune de Komsilga. Sur la plaine, chaque producteur de riz est sur sa superficie en train de travailler. Certains font le repiquage. D’autres font la mise en boue.

Bonnet sur la tête, vêtu d’une chemise pagne et un pantalon marron plié jusqu’aux genoux, Pierre Conombo, producteur de riz fait la mise en boue de son champ. Il est aidé par des femmes qu’il va payer à la fin de la journée. Le quinquagénaire est en retard cette année dans ses travaux parce qu’il a eu un accident de circulation. « Depuis le 19 juin 2023 jusqu’à présent je ne suis pas en bonne santé. Parce que j’ai eu un accident de circulation. C’est aujourd’hui que j’ai fait venir ces femmes pour m’aider à faire la mise en boue de mon champ. Je suis en retard j’espère qu’on aura une bonne pluviométrie cette année sinon ce sera une perte pour moi », a indiqué monsieur Conombo.

Pierre Conombo, producteur de riz

Il est dans la production de riz depuis plus de 30 ans maintenant. Il a précisé qu’il n’utilise pas des produits chimiques pour la culture du riz. « Je cultive de la semence améliorée. Le chef de la plaine passe chaque fois ici pour nous donner des conseils pour que notre production soit bonne. Grâce à la production du riz j’arrive à scolariser mes enfants et à faire face à mes dépenses », a notifié le producteur de riz. Il a invité par ailleurs les jeunes à s’intéresser à l’agriculture, car dit-il, « la terre ne trahit pas. Si tu travailles bien tu auras pour toi ».

A environ 500 mètres de Pierre Conombo, Jean Pierre Nikièma et sa famille sont en plein repiquage de leur champ. Une corde en main, monsieur Nikièma suit la ligne de la corde pour faire le repiquage. « C’est une technique que les agents de l’agriculture nous ont montrée. Grâce à ces techniques, nous avons une bonne production. Sur une superficie de 0,20 ha. Je peux récolter près de 13 sacs de riz », a laissé entendre notre interlocuteur.

Lire aussi : Production agricole au Burkina Faso : La bataille du riz continue

Pour lui, dans leur localité, la production de riz contribue à la création d’emplois tant chez les hommes que chez les femmes. Cependant, il fait cas des difficultés que les producteurs rencontrent. « Le barrage est ensablé actuellement. Ce qui fait que l’eau tarit vite. Si l’eau était disponible à tout moment, on allait produire le riz deux fois dans l’année. Mais avec le manque d’eau on est obligé de produire uniquement pendant la saison des pluies. Les canaux de canalisation ne sont plus en bon état. Donc souvent l’eau envahit nos champs », a-t-il expliqué.

David Thomas Zongo, producteur de riz

A proximité de monsieur Nikièma, David Thomas Zongo et ses deux filles font également le repiquage de leur champ. Ce producteur est dans le domaine de la production de riz depuis 25 ans maintenant. Il travaille avec ses filles parce qu’il veut leur inculquer l’amour pour l’agriculture. Selon le cultivateur de riz, sa famille et lui ne consomment que ce qu’il produit. « Ma famille et moi ne consommons que ce que j’ai produit. Ce qui me permet de réduire mes dépenses concernant la nourriture. La production de riz est l’unique activité que je mène. Je ne fais rien d’autre. Mais j’arrive à scolariser mes enfants et m’occuper de ma famille », a révélé le producteur de riz.

Il poursuit : « Ceux qui disent aujourd’hui qu’il n’y a pas de travail sont des paresseux. La production de riz est bénéfique pour tout le monde. Si nous produisons beaucoup, la population va consommer un riz de bonne qualité. Et même nous pouvons atteindre l’auto-suffisance alimentaire ». Pour lui, ceux qui disent que l’agriculture est fatigante, ne savent pas ce que ce secteur d’activité peut rapporter.

La présidente des étuveuses de riz, Adjarata Ouédraogo

Les producteurs de riz après la récolte vendent leur production à l’Association Relwende des étuveuses de riz de Boulbi. Elles sont chargées de vanner le riz puis faire la transformation jusqu’à l’emballage dans des sacs ou des sachets. Selon la présidente des étuveuses de riz, Adjarata Ouédraogo, elles ont commencé en 2016. Et grâce à une ONG qui a renforcé leurs capacités et connaissances, la transformation se fait de telle sorte qu’il n’y ait pas de cailloux dans le riz local. « Il faut que les Burkinabè consomment notre riz local. Parce que notre riz est naturel. C’est produit ici et ce n’est pas conservé avec des produits chimiques. Et c’est bien doux par rapport au riz importé », a dit la présidente des étuveuses de riz.

Selon le responsable technique de la plaine de Boulbi, Dramane Yiogo, dans la plaine, il est fait la promotion du Système de riziculture intensive (SRI). « Pour la pratique du SRI, il faut une bonne variété de semence. Il faut passer par une pépinière pour avoir de jeunes plants qu’on peut repiquer après huit à douze jours. Plus les plants repiqués sont jeunes, plus la plante talle beaucoup. Le repiquage du SRI se fait par brin dans chaque poquet. Le sol doit être vraiment bien préparé et il doit contenir tous les éléments nutritifs. Il faut donc un apport d’engrais, de compost et d’eau à bonne date. On n’apporte pas de l’eau de façon désordonnée. On apporte l’eau à la demande, a expliqué le responsable technique de la plaine.

Dans la plaine de Boulbi, avec une superficie de 0,20 ha un producteur peut se retrouver avec une tonne de riz voir plus, a fait savoir monsieur Yiogo. D’après lui, la production de riz dans la zone de Boulbi, peut s’élever à environ 800 tonnes de riz par an.

Il a également indiqué qu’en vue d’améliorer la productivité du riz au Burkina Faso, des tests de plusieurs variétés de riz sont faits pour trouver des remèdes à certaines maladies et comment faire pour augmenter la productivité.

Le responsable technique de la plaine de Boulbi, Dramane Yiogo

De son côté, la directrice régionale en charge de l’agriculture dans la région du Centre, Servienne Ouédraogo, estime que le gouvernement et ses partenaires font d’énormes efforts pour aménager des bas-fonds et des périmètres irrigués pour la production de riz. « En termes de bas-fonds, nous avons dans la région du Centre, un potentiel de 1904 hectares qui sont exploités chaque année », a laissé entendre la directrice régionale.

Lire aussi : Accroissement de la production rizicole : Le « miracle » du riz pluvial strict

Et d’ajouter : « Depuis un certain temps, l’Etat accompagne les producteurs dans leur activité en prenant en charge les labours de périmètres irrigués et des bas-fonds en vue de booster la production de riz ». Pour cette année, les labours ont été faits gratuitement au profit des producteurs, a signalé madame Ouédraogo.

La directrice régionale en charge de l’agriculture dans la région du Centre, Servienne Ouédraogo

Des efforts ont été consentis dans l’acquisition des intrants pour le bonheur des producteurs. « L’Etat a mis à la disposition des producteurs de riz, des semences améliorées résistantes et performantes qui ont un rendement élevé. C’est essentiellement les variétés orylux, TS2 et FKR 19. L’Etat a également apporté de l’engrais à des prix subventionnés. En plus des intrants, nous apportons un appui technique aux producteurs. Et chaque bas-fond est encadré par un agent du ministère de l’Agriculture », a-t-elle signifié.

Consommateur de riz local, Moussa Guigma dit aimer la variété Orylux. « Je préfère consommer ce qui est produit chez nous. Il y a moins de produits toxiques et c’est de bonne qualité. L’orylux que je consomme est très bon. Il n’y a pas de cailloux et la cuisson est facile. Le riz local de maintenant n’est pas comme celui d’avant. Il y a une nette amélioration de la qualité. J’invite les Burkinabè à consommer notre riz. Car les riz importés contiennent beaucoup de produits chimiques. Ce qui est à l’origine de plusieurs maladies de nos jours », a recommandé notre interlocuteur.

A Boulbi, nous avons constaté que plusieurs femmes et jeunes travaillent dans les champs des producteurs et à la fin de la journée, et sont payés à la tâche.

Rama Diallo
Lefaso.net

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