Actualités :: Politiques publiques au Burkina : « Nous avons une forte phobie des grands (...)

Dans le cadre du panel organisé par le Centre d’analyses des politiques économiques et sociales, mardi 27 juin 2023, sur le thème « Politiques publiques de développement au Burkina Faso : Pourquoi ça ne marche pas ? », l’ancien ministre de l’Economie, des Finances et de la Prospective, Dr Seglaro Abel Somé, a exposé sur les leçons à tirer des échecs ou des succès de la mise en œuvre des politiques publiques au cours des dix dernières années au Burkina Faso. Le Pr Idrissa Ouédraogo, lui, a tenté de donner la recette pour combiner réalisme et volontarisme pour des politiques publiques réussies.

Selon Dr Seglaro Abel Somé, l’intitulé de son exposé renvoie globalement à une appréciation de l’exécution de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) et du Plan national de développement économique et social (PNDES).

Faisant un rappel, il a indiqué que la SCADD avait pour objectif global de réaliser une croissance économique forte (10%), mais sa période de mise en œuvre s’est caractérisée par le maintien de la croissance économique à un rythme « appréciable » supérieur à 5% par an. « A la fin de la mise en œuvre de la SCADD, l’incidence de la pauvreté, qui était partie à la hausse durant la période de l’exécution du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), a légèrement reculé pour s’établir à 40% », a rappelé l’ancien ministre.

Vue partielle des participants au panel organisé par le CAPES, premier d’une série d’autres panels

La SCADD et la baisse de la charge de la dette…

Il a également souligné que le financement privé de l’économie a poursuivi son ascension, tout comme les recettes fiscales. « Par ailleurs, précise-t-il, suite à la mise en œuvre réussie par le pays des politiques qui conditionnaient les initiatives d’allègement de la dette publique, l’Etat a réussi à dégonfler la charge de la dette qui fut, à la fin du quinquennat 2011-2015, contenue à 30% du PIB contre 38% auparavant ».

Selon Dr Seglaro Abel Somé, à la fin de la SCADD, l’incidence de la pauvreté a légèrement reculé pour s’établir à 40%

…et le PNDES et l’accroissement de la dette publique à 38,8% du PIB

Pour ce qui concerne le PNDES, l’ancien ministre note qu’en dépit de l’hostilité de l’environnement dans lequel s’est mis en œuvre ce programme (fronde sociale, terrorisme, tensions communautaires), les résultats de son exécution affichaient une croissance économique atteignant en moyenne 5,2% par an. « Sur le plan social, l’espérance de vie à la naissance a été d’environ 62 ans, contre 58 ans au cours du quinquennat écoulé ; et le taux brut de scolarisation au secondaire a atteint 39,3% contre 28,4%, cinq ans plus tôt », présente le panéliste.

« Au plan financier, si le financement privé rapporté au PIB s’est relativement amélioré, atteignant 27,4% entre 2016 et 2020 contre 20,3% en moyenne entre 2011 et 2015, la pression fiscale ne s’est accrue que d’une unité de pourcentage, passant à 14,7% du PIB contre 13,6%. Toutefois, en dépit de cette légère amélioration de mobilisation des recettes fiscales, la dette publique s’est rapidement accrue pour s’établir à 38,8% du PIB contre 30,8% cinq ans auparavant », a détaillé Dr Abel Seglaro Somé.

Le panéliste a donné les leçons à tirer de l’exécution des politiques publiques au Burkina Faso

Leçons à retenir

Plusieurs leçons sont à tirer de l’exécution des politiques publiques, selon l’enseignant en économie. Il énumère l’instabilité des politiques publiques de moyen terme (les référentiels quinquennaux) dont pratiquement aucune n’a pu être menée à terme entre 1960 et 1990, la faible cohérence de ces politiques publiques due aux changements institutionnels, la confusion et la divergence des dénominations, etc.

Pour le Dr Somé, le recul de l’implication des populations dans la construction du développement au tournant des années 1990 doit être corrigé. D’ailleurs, ce recul « interpelle quant aux compétences et responsabilité réellement transférées aux collectivités territoriales ».

« Aussi, ajoute-t-il, la forte dépendance du financement de la politique à l’apport des partenaires institutionnels et privés réduit la rapidité d’exécution des projets, mais également le choix des priorités par l’État. »

Même s’il existe l’Étude nationale prospective Burkina 2025 depuis 2004, Dr Seglaro Somé note une faible prise en compte du long terme dans la planification et l’absence d’une vision ou d’orientations en vue de la construction d’institutions fortes.

Pour un savant dosage de réalisme et de volontarisme

Selon le Pr Idrissa Ouédraogo, enseignant-chercheur en économie, tout bon leader politique doit savoir proposer des projets qui vont au-delà des propositions pour trouver des solutions aux problèmes les plus pressants des populations.
« Tout décideur public qui veut une mise en œuvre adéquate des politiques publiques doit assurer un savant dosage de réalisme et de volontarisme. Il faut qu’il se projette dans le futur. La projection vers le futur est un choix souvent difficile dans nos pays, tant la préférence pour le présent est forte », souligne le panéliste.

Le panel a été modéré par le Dr. Larba Issa Kobyagda, directeur général de l’économie et de la planification

« On ne rêve pas chez nous et c’est dommage »

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Il a fait remarquer que tout leader qui s’autorise à rêver et à avoir de grandes ambitions pour son pays est voué aux gémonies. « On a vu en 2020 comment on a diabolisé et couvert de moqueries un candidat à la présidentielle qui a proposé un canal [rires dans la salle]. Il a parlé de tunnel, mais c’est un lapsus. Est-ce que vous savez que le Ghana est actuellement en train de réaliser ce projet ? Ils sont en train de creuser un canal pour venir vers la Volta River, la zone proche de chez nous », révèle le Pr Ouédraogo.

Le Pr. Idrissa Ouédraogo a appelé les décideurs publics à un savant dosage de réalisme et de volontarisme

Et de regretter : « Malheureusement, on ne rêve pas chez nous et c’est dommage. Nous avons une forte phobie des grands projets. C’est comme si nous n’avions pas d’ambition pour notre pays. C’est vrai qu’il faut résoudre les problèmes de l’immédiat, mais il faut aller au-delà de cet immédiat et rêver pour nos enfants et petits-enfants. Les grands peuples sont ceux qui ont nourri et entretenu de grands rêves pour lesquels ils se sont battus. »

’’Les grands peuples sont ceux qui ont nourri et entretenu de grands rêves pour lesquels ils se sont battus’’, a rappelé le panéliste

A titre illustratif, le professeur Ouédraogo a indiqué que le canal de Suez en Egypte, long de 193 kilomètres, le lac artificiel de la Libye construit par Mouammar Kadhafi, le canal de Chine qui fait 1 794 kilomètres, les pyramides d’Égypte, la grande muraille de Chine sont autant de projets qualifiés de fous à leur époque, mais qui font aujourd’hui la fierté des peuples.

HFB
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