Actualités :: Burkina : Le chef de l’Etat vole au secours de la communication (...)

Le jeudi 20 avril 2023, s’est déroulé dans le pays des hommes intègres une horreur, de celles que seule la guerre permet, quand les hommes entrent dans l’engrenage de la violence aveugle. Ce qui dérange et terrifie à la fois, c’est le silence des autorités du pays après le drame. Avons-nous « perdu le réseau » à quelques encablures de Ouahigouya ? Ce n’est que le 23 avril 2023, que l’on sait que le pays est gouverné dans cette partie du pays par le communiqué du procureur du Faso auprès du tribunal de grande instance de Ouahigouya.

Le gouvernement, les autorités militaires sont aux abonnés absents, personne ne pipe mot. Que veut dire ce silence ? Pourquoi on ne communique pas ? L’information est connue au Burkina et à l’extérieur et les condamnations, et les qualifications jusqu’aux plus osées comme celle du président en exercice de la conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO qui parle de génocide. Ce n’est qu’une semaine après les faits que le porte-parole du gouvernement parle enfin, par un communiqué qui se trompe sur la date du drame.

Pourquoi le gouvernement n’a pas été auprès des victimes pour leur apporter réconfort et soutien ? Visiblement il a pris conscience sur le tard de l’ampleur du drame par la série de rencontres avec les forces vives deux semaines après. Cela n’a pas été jugé suffisant puisque le chef de l’Etat est entré en danse en tant que joker pour mieux convaincre la population par un entretien qu’il a accordé à deux chaînes télévisuelles : une publique et une privée.

Un massacre de plus des populations civiles

Dans un village à quelques kilomètres du chef-lieu de la région du Nord, Ouahigouya qui est aussi une place forte militaire, des hommes habillés de tenues militaires burkinabè ont tué 136 personnes, selon le bilan officiel communiqué le 4 mai 2023 par la justice militaire. Pendant six heures, les assassins ont fait leur triste besogne sur la population, qui n’a bénéficié d’aucun secours. Ce drame a bouleversé l’opinion nationale par l’ampleur des morts et par les précédentes tueries de civils non armés restées impunies : Yirgou, Tanwalbougou et même le sort des gendarmes affamés et abandonnés face aux terroristes comme à Inata n’a pas connu de suite judiciaire.

Les protestations sont venues de divers milieux, sur le fait que l’on tue des personnes qui ne peuvent pas se défendre, des vieillards, des femmes, des enfants et des hommes aux mains nues. Le président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré est très à l’aise avec les médias. Il maîtrise parfaitement l’art de l’interview. Calme, posé, il répond aux questions et donne des anecdotes de sa vie à l’appui de son argumentaire. Ce qui dégage la sincérité du discours enraciné dans son vécu.

C’est le cas quand il a multiplié les exemples de perfidie qu’il a connu comme à Toéni et quand il était dans la MINUSMA à Tombouctou pour nous montrer que l’armée burkinabè peut ne pas être l’auteur du massacre. Les terroristes personne n’en doute sont capables de cela, nous savons tous qu’ils sont sans morale et que ce sont des hommes sans foi, ni loi, ni dieu. Voici un extrait de son interview : « On attend que les enquêteurs fassent leur travail, que les gens évitent de tirer des conclusions hâtives. On m’a dit qu’il y a 136 corps qui ont été inhumés, il faut rendre justice. Il faut se préparer à retrouver ceux qui font ça. Il faut éviter d’accuser sans savoir ce qui s’est passé, parce que tout est possible.

Dans l’armée, il y a ce qu’on appelle la perfidie, et je pense que ça fait partie des modes d’action privilégiés de l’ennemi. » Maintenant qu’ils ont créé le doute, il faut laver l’honneur et la vertu de notre armée par une enquête déjà ouverte et par la justice. Déjà, la justice militaire annonce que 28 personnes ont été auditionnées dans ce dossier, dont un chef militaire. L’opinion est d’accord avec lui et l’exigence de vérité et de justice ne fait pas de ceux qui les demandent des opposants à la transition et à notre armée qui a pour mission la défense de la population. Nous devons la vérité et la justice aux victimes et à leurs familles, ainsi qu’au pays blessé par ce crime odieux qui a terni encore une fois de plus l’image du Burkina.

Le président a affirmé, son engagement pour les droits de l’homme. Les droits de l’homme c’est aussi le respect de la vie, et la protection des civils sans armes qui ne peuvent pas être considérés comme des terroristes armés. Nos traditions, même celles guerrières, reprouvent les tueries de femmes, d’enfants et de vieillards.

Le refus du dialogue

Dans sa sincérité, le chef de l’Etat nous a partagé son vécu d’officier lors de la trêve négociée avec les terroristes pour les élections couplées de 2020. Il a affirmé son refus de toute négociation et de tout compromis dans cette lutte. C’est normal, c’est légitime qu’en tant que soldat, il parle ainsi.

C’est le contraire qui nous aurait surpris. Mais en tant que chef de l’Etat, les choses sont à voir sous un autre jour. Si nos services de renseignements montent en puissance, nous devrions avoir une connaissance plus fine des terroristes qui nous attaquent. Quelles sont leurs vraies motivations, les revendications politiques et sociales qu’ils mettent en avant pour recruter nos compatriotes, les leaders nationaux de ces groupes armés, leurs connexions internationales etc.

C’est à partir de cette analyse fine que peut s’entrevoir les possibilités de dialogue ou pas. Là où le président a raison, le dialogue se fait sur la base d’un rapport de force sur le terrain et on peut dialoguer d’autant plus facilement que l’on est maître du territoire. Si on parle de dialogue en position de faiblesse, le vainqueur peut exiger la capitulation. Sans une connaissance de l’adversaire et de ce que l’on peut lui accorder, on ne peut parler de dialogue.

Et quand bien même il y aurait dialogue, il ne peut pas s’annoncer sur les médias d’abord. Si on remonte à 2020, pendant que le président Roch négociait pour la tenue des élections avec les terroristes, sa campagne lors des meetings électoraux disait le contraire. Les contacts et les pourparlers resteront secrets jusqu’à ce que le processus soit fiable et que l’entente entre les parties soit sûre pour un règlement pacifique du conflit.

Il a fallu que le président lui-même monte au créneau pour répondre aux attentes de la population sur le massacre de Karma. Il ne faudrait pas que le gouvernement abuse de la parole présidentielle, dont on doit user avec parcimonie pour qu’elle soit protégée. Si le président parle trop, sa parole est dévalorisée. Or ici, ceux qui devraient parler avant ne l’ont pas fait. Et quand ils s’y sont mis en retard, l’efficacité était absente. Tout ce que nous espérons tous c’est que les enquêtes aboutissent et que les annonces de la justice militaire sur les dossiers pendants débouchent sur des procès.

Sana Guy
Lefaso.net

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