Actualités :: Transition au Burkina : « Ibrahim Traoré devrait gérer la transition et c’est (...)

Après le coup d’Etat du 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré annonçait que des assises seront organisées en vue de désigner le président de la transition. Comme prévu, les dates de ces assises sont désormais connues. Elles se tiendront les 14 et 15 octobre 2022. Cependant, au regard de la complexité de la question sécuritaire et vu la confiance placée par la jeunesse au MPSR II, certains estiment qu’Ibrahim Traoré serait l’homme idéal pour soulager le calvaire des populations, ne serait-ce que pour la période de la transition. Avec Nelson Congo, professeur permanent de communication à l’université Joseph Ki Zerbo, précédemment directeur général de l’Office national du tourisme burkinabè (ONTB) et du Centre de formation professionnelle de référence de Ziniaré (CFRPZ), nous avons échangé sur les questions chaudes du moment.

Lefaso.net : 30 septembre 2022, le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba a été renversé par un coup d’Etat. Vous attendiez vous à cela ?

Nelson Congo : Avant de répondre à cette question, il faut faire une analyse de la situation du Burkina Faso avant la date du 24 janvier 2022. Nous étions dans un régime démocratique, lequel régime avait pris du plomb dans l’aile quant à la gestion du pays, principalement sur la question sécuritaire. C’était vraiment un problème parce qu’on ne s’attendait pas à gérer une situation qui allait durer aussi longtemps. Depuis l’attaque de Samorogoan en 2015, on pensait à des velléités qu’on pourrait enterrer rapidement, mais hélas ! Jusqu’à la prise du pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, la situation n’était pas rassurante au point qu’il a connu une gouvernance agitée par la menace terroriste.

Tout le monde voyait que les signaux étaient au rouge. Cependant, on restait accroché à la dignité constitutionnelle, au point que personne ne pouvait penser à une rupture de la situation par les armes, jusqu’à ce que ce qui devait arriver le 24 janvier arrive. Est-ce que par là on voyait les choses venir ? Je dirai oui ! Mais en bon citoyen, on ne souhaitait pas en arriver là parce qu’on connaissait les représailles de la communauté internationale. Ce qui est arrivé a été accepté. Je ne dirai pas accueilli ou applaudi, mais accepté au regard du message que le président Damiba a donné dans son premier discours. Il s’engageait à lutter contre le terrorisme. A partir de ce moment, tout le monde s’était préparé à l’accompagner.

Malheureusement, qu’avons-nous constaté par la suite ? On a eu la forte impression qu’il y a eu une déviation d’objectif. La question sécuritaire semblait être reléguée au second plan. Le langage du peuple et les manifestations n’étaient plus en sa faveur. On sentait que quelque chose n’allait pas. Déjà que le régime a mis du temps à être accepté, pour ne pas dire qu’il n’y est même pas parvenu, le problème de l’insécurité est resté en l’état. Malheureusement, quand on fait l’analyse du contenu du discours des autorités de l’époque, il y a une dichotomie entre ce qui est dit et ce qui se passe sur le terrain. Le dernier discours est venu confirmer ce que tout le monde se disait. Il y avait des incompréhensions entre les militaires eux-mêmes. Dans ce genre de situation, on s’attendait à deux choses : soit qu’il y ait un renouveau dans l’armée, soit que les choses se cassent. Le 30 septembre, les choses se sont cassées. Est-ce qu’on le voyait venir ou non ? Il y avait des signes précurseurs qui montraient que si rien n’est fait, on arriverait à la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui.

Ce 14 octobre, des assises sont organisées pour l’adoption d’une charte de la transition et la désignation d’un président. Ce président, le préférez-vous militaire ou civil ?

Il faut qu’on marque un point sur les missions traditionnelles qui ont été confiées à chaque entité. On a toujours dit que les militaires ne sont pas faits pour gouverner. C’est un fait et l’histoire de notre pays est beaucoup jalonnée par moult cas de régimes d’exception. Cependant, dans l’histoire de notre pays on a vu des civils qui se sont bien illustrés, mais aussi des civils qui ont semé la zizanie. On a aussi vu des militaires qui ont mal dirigé, mais aussi des militaires qui ont posé les bases pour un développement durable. Notre génération a, en tout cas, eu la chance d’être les pionniers de la révolution du capitaine Thomas Sankara. Quoiqu’on dise, on ne peut pas lui dénier les acquis de cette révolution de trois à quatre ans.

Nous avons vu la gestion de Blaise Compaoré qui, d’abord, était militaire avant de se muer dans un régime pseudo-civil. Au regard de tout cela, pour contenter certaines personnes, on pourrait dire que ce sont les civils qui doivent diriger le pays. Mais maintenant que nous sommes sortis d’un régime civil avec la gouvernance du président Rock Kaboré qui a fait plus de six ans au pouvoir et qui n’est pas arrivé à gérer la situation, la donne doit changer. Il était en quelque sorte le ventre mou de cette crise et c’est parce que ça n’a pas marché que les militaires ont fait leur coup d’Etat. Pour une question même de logique, on doit les laisser gérer. Ce sont les militaires qui ont fait le coup d’Etat, alors qu’ils l’assument. Pour moi, c’est au militaire de gérer la transition, quitte à ce qu’on travaille à un retour à l’ordre constitutionnel.

Partagez-vous l’avis de toutes ces nombreuses voix qui s’élèvent pour réclamer que le capitaine Ibrahim Traoré soit le dirigeant de la transition ? Pensez-vous qu’il en a le profil ?

Je ne m’y connais pas en théorie militaire ni en la logique de ces grades, mais si un capitaine a pu renverser un lieutenant-colonel qui était président, c’est qu’il peut gouverner à sa place. Ce que je veux dire par là, c’est qu’un capitaine même est peut-être de trop en grade parlant pour notre problématique actuelle. Loin de moi l’idée de mettre dans la tête des moins gradés la flamme de renverser leur frère d’arme, mais moins qu’un capitaine même pourrait faire l’affaire des Burkinabè. Ce que j’ai aussi remarqué c’est que les gens s’attardent sur le jeune âge d’Ibrahim Traoré. En Sierra Léone, c’est à 29 ans qu’un jeune capitaine Valentine Strasser, en 1992, a redressé les choses à la suite d’un coup d’Etat.

Il a brillamment réussi là où les anciens avaient échoué. En seulement trois ans, l’ordre était rétabli. En France, Louis XIV a été intronisé à l’âge de 4 ans et demi. Ibrahim Traoré est déjà trop vieux et super gradé à mon sens. Qu’est ce qui l’empêche d’assurer cette mission ? Nous sommes à un niveau où nous avons évalué chacun des politiques en présence, qu’on appellerait peut être des hommes pétris d’expérience, mais où sont les résultats. Il faut laisser la jeunesse aller et que ceux qui prétendent avoir de l’expérience se mettent en ordre pour la soutenir. Et vu que c’est Ibrahim Traoré qui a fait le coup d’Etat, soutenu par ses frères d’armes et par la population, ce n’est que lui qui doit gérer la transition. C’est même une responsabilité pour lui.

Au vu de tout ce qui se passe sur le plan politique, peut-on encore être optimiste pour le Burkina ?

Personnellement, je crois qu’il y a encore de l’espoir pour les fils et filles du Burkina. Seulement, certaines conditions devraient être prises en compte par celui qui sera désigné pour gérer la transition étant donné qu’il posera les bases pour un retour à la démocratie. Il faut par exemple un renouvellement total de la classe burkinabè. Je ne parle pas forcement de rajeunissement mais de renouvellement. Il faut que tous ceux qui se reconnaissent ayant été acteurs de la scène politique jusqu’à maintenant se mettent de côté et servent de soutien aux dirigeants. Cela devrait se faire de façon sincère et c’est même une question de décence morale et sociale. Ils connaissent tous leur bilan. Il faut aussi qu’on ait de nouvelles orientations pour toutes les forces vives et travailler à ce que les hommes de mission soient des Burkinabè de qualité. Dit autrement, repenser au statut de l’homme intègre.

Les organisations de la société civile, les autorités coutumières, religieuses, les populations, tout le monde doit être productif. Les forces vives doivent être des forces de production. Les périodes ou les saisons vides doivent être mises à profit pour le travail. Pour ce qui est de la question du terrorisme, le phénomène a beaucoup profité du recul de nos valeurs morales traditionnelles. C’est les notions de responsabilité, d’intégrité, de l’honneur, de tolérance, d’héroïsme, de reconnaissance qui constitue notre patrimoine immatériel commun contre les défis nationaux. Il faut que l’on ressuscite en ce peuple ce qu’il a perdu et qu’il recherche vainement. Cela passe aussi par l’entretien de l’engouement actuel de la jeunesse. En la canalisant, cette jeunesse apportera à cette nation une chance inespérée.

Pendant le coup d’Etat on a vu les populations se mobiliser autour du capitaine Ibrahim Traoré. Il faut orienter toutes ces énergies dans des secteurs qui nous permettrons de tirer le potentiel de cette jeunesse et ne pas seulement avoir recours à elle que quand c’est difficile. La guerre contre le terrorisme peut être popularisée, de sorte à permettre aux jeunes de participer à l’effort de guerre. Je suis sûr qu’ils ne sont pas contre, pour peu qu’on le traduise en politique publique claire et réalisable. Pour tout cela il faut un leader à travers lequel ces jeunes-là se reconnaîtront. C’est par là que l’espoir pourra renaître. Pour finir, il me paraît très important de faire un clin d’œil aux intellectuels pour leur dire qu’il est temps qu’ils s’arment de courage pour aider le pays à retrouver son équilibre. Après quoi, chacun de nous repartira à ses principes.

Erwan Compaoré
Lefaso.net

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